Beetlejuice

Beetlejuice: l’autre Burton, l’autre Keaton

Si les vivants vous font croquer les nougats de l’énervement, n’espérez pas trouver une consolation dans la mort: le trépas est aussi enquiquinant que le métro à l’heure de pointe et on y retrouve les mêmes empoisonneurs. Amère constatation sur laquelle le film Beetlejuice (Jus de cafard) met un doigt décharné. On se fait suer ici-bas, on se fera suer «ailleurs».

Bravo Dieu, réussie la plaisanterie. Je ne félicite pas tes parents… Et on voudrait que je sois gentil, que je me modère, que je ne regarde pas les filles et que j’écrive en français. Là, tiens, comme disait Zatopek en montrant un durillon sur son gros orteil.

Beetlejuice est une comédie inclassable. A la fois amère, grinçante, étrange et décousue, elle est bien dans la manière de ce Tim Burton qui, après avoir travaillé sur un des plus morbides dessins animés de Disney, Le Chaudron noir, réalisa La Grande Aventure de Pee Wee dont l’étrangeté fut attribuée au comique Pee Wee mais dont on comprend, maintenant, qu’elle fait aussi partie de l’univers de Burton (d’où l’expression hollywoodienne «J’ai un Burton sur le nez»).

Le film commence en présentant un adorable petit couple d’Américains moyens tout bravinous. Ils se tuent en voiture – et on soupire: les supporter plus longtemps, ces mignons, auraient été impossible…

…Paf! Ils se retrouvent fantômes enfermés dans leur coquette villa rapidement envahie par une famille d’excentriques chics qu’ils ne supportent pas. Ils essaient bien le coup du drap de lit et des chaînes qu’on traîne dans les couloirs mais les défunts ne réussissent pas à faire peur. C’est alors qu’ils lisent une petite annonce dans laquelle Beetlejuice, un exorciste de vivants, offre ses services.

Beetlejuice, c’est Michael Keaton, un comédien formé par Roger Corman et révélé par Mr. Mom, qui pousse son côté fou jusque dans les derniers retranchements. Aidé d’effets spéciaux assez extraordinaires, Keaton compose un personnage de spectre tricheur, escroc, menteur, jureur, immonde et flanque un grand coup de pieds dans les susucres roses des féeries de Lucas et de Spielberg. Speedé comme une souris blanche qui a mangé son poids en amphétamines, il crève l’écran.

On sent qu’il marche main dans la main avec son réalisateur qui nous offre une vision de l’après-mort pas piquée des hannetons avec assistante sociale qui donnerait des vapeurs à une fiche d’identité et salle d’attente aussi exaltante que celle d’un dentiste qui ne se laverait pas les canines.

Ce film, on l’aime ou on ne l’aime pas. Cela dépend des moments. Mais son ironie irritante fait du bien. Et puis, il comporte une séquence qui m’a fait rire comme je ne l’avais plus fait depuis 324 ans: celle où les nouveaux locataires, réunis pour un repas snob, se mettent soudain à parler et à s’agiter au son de Day O, la chanson d’Harry Belafonte. J’en suis encore malade! Mais pas question de mourir. Maintenant que je sais comment c’est, je resigne pour 324 autres années.

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