Enlève ton masque, Tim, on t’a reconnu

Très attendu, à la fois par les inconditionnels de Tim Burton et par les fans du premier film de la série, LA PLANETE DES SINGES ne déçoit pas. Ouf ! Le réalisateur a su imposer sa touche très personnelle à ce film commandé par la Fox. Il faut avouer que c’est un réel plaisir de s’offrir un blockbuster d’une telle originalité, une production ambitieuse, efficace et qui devrait ravir à la fois les cinéphiles et le grand public. Tout est réuni pour le plaisir du spectateur : un scénario aux nombreux rebondissements (avec une pirouette finale assez remarquable !), de belles touches d’humour (notamment la scène d’évasion) et de subtiles performances d’acteurs pourtant planqués, pour la plupart, sous un masque de latex, avec une mention spéciale à l’excellente Helena Bonham Carter dans le rôle d’Ari.

DU PLAISIR, RIEN QUE DU PLAISIR

Pour donner vie à ses singes, Tim Burton s’est offert la star des maquilleurs « made in Hollywood », Ric Baker. Le spécialiste du genre signe avec ce film sans aucun doute son plus beau travail. Une véritable composition d’orfèvre. On est totalement bluffé par la perfection des traits et l’incroyable variété des maquillages. Contrairement au film de 1968, Baker ne s’est pas contenté d’un masque décliné en trois versions (une par race de singe), il s’est ici offert une incroyable palette de faciès, accordant à chaque singe et chaque acteur une véritable personnalité (avec une légère réserve, peut-être, pour celui incarné par Tim Roth, le méchant du film qui manque un peu de nuance). Ajoutons également que le déplacement des singes dans l’espace est tout simplement stupéfiant de réalisme et que le film est d’une formidable facture plastique grâce à Philippe Rousselot, son directeur de la photographie hors pair (le campement de tentes rouges de l’une des tribus de singes est somptueux).

POUR UN PETIT SUPPLEMENT D’ÂME

Même s’il n’est pas le plus personnel de ses films, Tim Burton a su trouver le juste équilibre et insuffler à sa PLANETE DES SINGES (comme il l’avait déjà fait pour BATMAN) ce petit supplément d’âme et de poésie qui font la différence entre un simple et efficace film d’action et une production plus personnelle.
On imagine aisément que quelques bons faiseurs hollywoodiens auraient réussi un film d’action aussi efficace (voire plus) mais il n’est pas certain qu’un autre que Tim Burton aurait su, aussi habilement, jouer des rapports dominants-dominés entre l’homme et le singe.
Une relation qui s’inverse peu à peu et met en exergue le mal-être qui traverse chacun des films du réalisateur.
A ce titre, le personnage incarné par Helena Bonham Carter n’est pas sans rappeler celui de Wynona Ryder (et de sa romance avec Edward/ Johnny Depp) dans EDWARD AUX MAINS D’ARGENT, le chef-d’œuvre de Burton.
Aucun doute là-dessus, LA PLANETE DES SINGES est bel et bien un blockbuster de l’été que l’on peut déguster avec gourmandise mais aussi un film sous-tendu par la personnalité de son iconoclaste réalisateur. Sa réussite et son formidable succès devraient laisser une totale liberté artistique à Tim Burton au cours des prochaines années. Et ça, c’est une réjouissante nouvelle !

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