Conférence “La géographie imaginaire des films de Tim Burton : de Burbank à New-Holland” par Matthieu Orléan à la Cinémathèque – lundi 26 mars 2012 : compte-rendu

Voici le compte-rendu de la dernière conférence du cycle de la Cinémathèque en lien avec la venue de l’exposition du MoMA à Paris : “La géographie imaginaire des films de Tim Burton : de Burbank à New-Holland” qui s’est déroulée le lundi 26 mars 2012 à 19h dans la salle Henri Langlois suivie de la projection de Beetlejuice (1988). Elle fut animée par le commissaire des expositions temporaires de la Cinémathèque : Matthieu Orléan qui a également animé la Master-Class de Tim Burton le 5 mars dernier à Paris.

Bonne lecture !

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À l’occasion de l’exposition Tim Burton, Matthieu Orléan s’est rendu à Londres sur le tournage du film d’animation Frankenweenie, adaptation en long-métrage du premier court-métrage live de Tim Burton tourné en 1984. C’est là-bas qu’est née l’idée de cette conférence car la nouveauté du film est que l’histoire ne se situe plus dans une banlieue Américaine mais dans un pays fictif et imaginaire : New Holland (la nouvelle Hollande).

Matthieu Orléan a appris dans les studios d’animation que Tim Burton s’était énormément renseigné sur la Hollande : la culture du pays, les costumes, les moulins etc… éléments enracinés dans la culture Européenne.

L’enjeux de cette conférence est d’analyser chronologiquement le monde de Tim Burton entre 1984 et 2012, monde qui est passé des banlieues Américaines, notamment Burbank, aux pays Européens ou fictifs à travers les films.

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La banlieue originelle :

Ce n’est un secret pour personne, Tim Burton est né à Burbank en 1958, dans la banlieue de Los Angeles. Banlieue où tout est similaire, des maisons aux voitures en passant par l’organisation générale des quartiers où les voisins se surveillent entre eux. Tout y est extrêmement cadré, uniforme et policé. La fenêtre a donc un double rôle, celui de protection vis-à-vis de l’extérieur mais aussi de surveillance et de visibilité pour les passants, ce qu’on appelle aux États-Unis : “Neighborhood watch”. C’est donc une banlieue renfermée sur elle-même où tout le monde se connait et s’épie. Pour Tim Burton, c’est un lieu extrêmement ennuyeux, lisse, sans communication avec les autres et complètement déceptif. C’est un “lieu du désastre”.

Burbank a cette typologie là mais ce n’est pas n’importe quelle banlieue pour autant puisqu’elle a accueillie dès les années 20, les studios Américains tel Warner Bros et Walt Disney qui ont quitté massivement le centre de Los Angeles et Hollywood même. Hollywood était devenu à l’époque une sorte de mythologie exacerbée qui faisait toujours rêver les gens mais qui était pourtant un lieu mal fréquenté et avait subit de nombreuses attaques en centre-ville. Burbank était alors le lieu idéalement paisible pour y travailler et va devenir la nouvelle vitrine des studios en étant le symbole de l’artifice et de la fiction. C’est ce qui a poussé Burton à rester dans ce rêve d’imaginaire, lui qui avait depuis tout petit, cette capacité à s’inventer des mondes fictionnels.

Même si Burton ne filme pas Burbank même, elle sera l’espace commun de ses premiers films : Pee-Wee’s Big Adventure, Beetlejuice et Edward Scissorhands. De par sa localisation et sa paisibilité, Burbank est l’anti-Hollywood, l’envers du décors, entièrement dédiée au cinéma dans laquelle les fictions vont jaillir pour le jeune réalisateur.

Il y a donc une ambiguïté dans cette banlieue paradoxalement uniforme et fictionnelle. Burton va s’en inspirer et montrer que derrière ces maisons uniformes se cache un tout autre monde. Quand il y habitait, il allait souvent au cinéma et dans les cimetières, lieux habités par des différentes catégories de fantômes. C’est ce qu’il y voyait à l’époque qu’il montrera plus tard dans ses films à travers des lieux délaissés : le sous-sols, le grenier, les cimetières etc… Victor Frankenstein fait ses expériences dans le grenier de ses parents, Edward vit dans le grenier du château de son créateur, les Maitlands se cachent dans le grenier de leur maison, le petit Charlie dors sous les toits de la maison familiale etc… Tous ces lieux sont cachés dans la banlieue qui devient alors, une zone de passage entre deux mondes, entre la réalité et l’imaginaire.

Bien plus tard, Burton fera une distinction dans Alice In Wonderland entre Wonderland et Underland qui est un pays particulièrement anxiogène et angoissant. Matthieu Orléan cite la scénariste du film, Linda Woolverton :

Underland est le pays fantastique qu’Alice a visité enfant mais elle avait mal entendu son nom et avait comprit Wonderland, le pays des Merveilles. Revenue là 13 ans plus tard au seuil du monde adulte, Alice comprend sa méprise, c’est bien d’un Underland qu’il s’agit et non d’un Wonderland.”

Burbank aurait cette même ambiguïté inversée, qui ne serait pas ce pays des Merveilles extrêmement bienfaisant et coloré vanté par les studios de cinéma mais comme Burton le voit, une ville qui cache un monde beaucoup plus souterrain.

Matthieu nous montre alors un extrait d’Edward Scissorhands où la banlieue est introduite : 

(extrait 1 à partir de 04:45)

Dans la banlieue de Tim Burton, deux mondes co-existent : celui des morts et des vivants, un monde sombre et un monde coloré, un Wonderland et un Underland. L’extrait montre très bien cette dualité. Ce qui est intéressant, c’est de voir aussi comment apparaît le château pour la première : à travers le rétro-viseur de la voiture de Peg. Elle regarde derrière elle, en arrière comme si c’était un lieu du passé qui rappellerait des lieux gothiques et expressionnistes du cinéma de Robert Wiene et Murnau. C’est une excroissance de la banlieue qui met en péril son harmonie mais que pourtant personne ne semble voir mis à part Peggy. C’est un lieu géographiquement détaché mais aussi au niveau de sa temporalité car il évoque un autre temps et l’existence de plusieurs mondes en parallèle, élément que l’on retrouve dans Beetlejuice où deux mondes co-existent sous un seul toit.

L’architecture du château est inspirée du style Européen du XIIème siècle : le gothique, la verticalité, les vides et les pleins, la lumière très travaillée, les gargouilles, le rapport aux fenêtres etc… Il ne se réfère en rien à l’architecture de Burbank ni à l’Amérique en général. C’est un nouvel espace temps qui est en parallèle.

Dans la banlieue telle que filmée par Tim Burton, il a une absence de nature comme si la banlieue lui tournait le dos en quelque sorte. C’est un lieu renfermé sur lui-même. La seule nature présente dans le film Edward Scissorhands est extrêmement taillée, retravaillée, humanisée voir hissée au rang d’œuvre d’Art. D’ailleurs le daim que l’on retrouve dans les jardins du château a été entièrement refait par les artisans de l’époque pour être exposé au MoMA et à la Cinémathèque Française.

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Citées futuristes, villes modernes et cauchemars urbains :

Une nouvelle topographie est abordée, celle de la ville dans toute sa verticalité et son aliénation, notamment avec les deux films de Batman. Burton va se plonger dans l’univers de la mégalopole et de la ville Américaine sous amphétamine, surdimensionnée et titanesque. Gotham City fait alors office de Metropolis Américain :

Dans ses premiers films, Burton montre deux univers qui co-existent mais qui restent séparés au sein d’une banlieue alors que dans Batman, il a une sorte de fusion entre les morts et les vivants. Dans Gotham City, on retrouve ainsi le côté sombre et gothique du château d’Edward Scissorhands mais aussi la surveillance, l’opulence et l’enfermement des banlieues Américaines claustrophobiques. Ici tout est réuni et se croise dans un Gotham City monstrueux et sous tension qui va affecter les personnages du film. Les êtres humains de Gotham City ne sortent pas indemne de cette fusion contre-nature. Ils sont eux même en dualité et en mutation à l’image de Batman et Catwoman qui ont un côté justicier et sombre, emprunts de vérité et de folie en même temps, généreux et névrosés. Dans Edward Scissorhands, chaque personnage appartient à un monde bien séparé alors que dans les Batman, tout est mélangé et ambigu.

L’exemple paroxystique est Mars Attacks ! de 1987 où l’Amérique est sur-urbaine, titanesque, géante notamment dans Las Vegas qui reprend les attributs de Gotham City mais cette fois-ci dans une ville réelle. Les 3 films sont adaptés de comics et donc ont une esthétique particulière. Las Vegas est l’emblème de la ville géante, luxueuse, kitch, tournant à vide dédiée à l’entertainment. Burton va filmer le stade terminal de cette ville, elle-même tellement gonflée et artificielle qu’elle ne peut plus qu’exploser. Une explosion qui sera à l’échelle de la caricature de la ville : massive, jouissive et drôle. Les Martiens vont attaquer la planète Terre et provoquer l’incendie de Las Vegas qui fait échos à des émeutes survenues quelques années plus tôt en Californie ou à des scènes d’incendies dans Autant en Emporte le Vent et La Tour Infernale. Matthieu Orléan nous passe l’extrait de l’explosion de Las Vegas qui fait autant référence à la télévision et à la réalité qu’au cinéma classique Hollywoodien : 

(une partie de l’extrait 2)

Las Vegas, qui représente l’utopie humaine construite en plein désert, est vue par Burton comme un cauchemar vivant de l’humanité, une dystopie. Comme dans Ed Wood, Burton a un certain plaisir coupable à faire voler en éclats un système voué à l’échec basé sur un totalitarisme culturel. L’humour y est alors un peu plus subtil et dévié. Dans Mars Attacks !, Tim Burton montre une Amérique attaquée par ses propres codes dans une sorte d’auto-consumation. Ce n’est pas une Amérique héroïque se défendant face à une attaque extérieur qui est montrée, mais plutôt une Amérique qui est condamnée par elle-même. Las Vegas est d’ailleurs l’une des seules villes de la filmographie de Tim Burton, a être filmée de façon contemporaine. Les lumières de cette ville sont si fortes que la nuit n’existe jamais, c’est une ville extrêmement artificielle. Matthieu Orléan fait un parallèle entre les lumières de la ville et les faisceaux lumineux tueurs qui sortent des armes Martiennes, comme si la ville s’attaquait elle-même. Elle explose comme elle a été créée elle-même. Mars Attacks ! est d’avantage tourné comme un jeu-vidéo qu’un film de guerre.

Le décors même de Las Vegas est constitué de planètes et d’étoiles comme si l’imaginaire même des Américains les attaquait. Les soucoupes viennent moins finalement de Mars que des murs de la salle de réunion d’un promoteur véreux joué par Jack Nicholson. Les Martiens sont générés par une culture populaire, ce sont des personnages inventés se rebellant contre leurs inventeurs. L’imaginaire attaque la réalité, thème politique et humoristique que l’ont retrouve dans Vincent.

Après cette destruction urbaine et comme on le voit à la fin du film, les personnages ainsi que Burton, ont besoin d’un retour aux sources et à la nature intacte, signe d’une révolution et d’une coupure chez le cinéaste.

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La forêt :

Virement topographique dans la filmographie de Tim Burton : la nature refait surface dans son aspect le plus pure, le plus profond et le plus originel.

Comme on peut le voir sur les affiches de Big Fish et Sleepy Hollow, l’arbre devient alors un symbole important :

À ce moment de sa carrière, Burton va retourner à la terre et se confronter au grand mythe Américain originel. Sa nouvelle frontière étant celle de la forêt, il va chercher à retrouver, à travers son excursion dans les bois, la valeur essentielle de son pays et de sa civilisation. Les deux films sont centrés sur l’arbre de façon métaphorique et dans sa force symbolique de création et de mort.

Dans Big Fish, Tim Burton montre une volonté de s’intéresser à l’histoire des États-Unis à travers le récit, la narration, qui est récepteur, qui est narrateur. Burton ne veut pas filmer un conte comme Le Magicien d’Oz mais réellement remonter aux origines de l’Amérique. L’histoire va suivre toute la vie d’un personnage, de sa naissance à sa mort et en même temps celle de toute une nation à travers des évènements nationaux en flash-back.

(extrait 3 part 1 à partir de 07:26 et part 2 jusqu’à 01:30 en espagnol malheureusement)

Matthieu Orléan nous passe l’extrait où Edward Bloom traverse seul une forêt hantée pour découvrir la ville de Spectre. Cette séquence est narrée par Edward Bloom jeune à son fils comme un père raconterait l’histoire d’un pays à son enfant. De manière plus générale, le film est raconté du point de vu du fils qui lui, habite à Paris, comme si Burton avait besoin de ce recul pour raconter l’histoire du pays et ses mythes fondateurs. Le chef opérateur du film, Philippe Rousselot, est d’ailleurs lui-aussi français.

Pour en revenir à l’histoire, le flash-back montre la première fois où le personnage quitte sa ville natale d’Ashton. L’action se situe dans le Sud des États-Unis, bien connu pour ses mythes et légendes. C’est donc une Amérique ancestrale et originelle que Burton va choisir pour y raconter son histoire. Au milieu de cette forêt profane et après avoir endurer les épreuves de la peur, Edward se retrouve dans un village idéal. Ce mélange entre la sauvagerie de la forêt et l’idéal de cette communauté des hommes est un des motifs importants de la mythologie Américaine. C’est comme si Burton revivait la naissance de la société Américaine, comme si il rejouait la scène originale de l’américanisme, l’Amérique vu comme une promesse d’une terre où il est possible de fonder un nouveau mode de vie, un nouvel habitat sur la Terre.

Les premiers immigrants qui fuyaient l’Europe ont découvert une Amérique recouverte de forêts. Ils ont ensuite construit des villages puis des villes dans un univers d’abord hostile et sauvage représenté dans Big Fish par la forêt. Toutes les institutions importantes réelles et mentales de l’Amérique (la famille, la cité, la religion, la justice) furent fondées à l’origine contre les forêts et contre le danger qu’elles représentaient. Cette séquence montre alors la naissance d’un personnage (du moins son arrivée à l’âge adulte) et d’une nation. Les deux se mélangent donc dans une Amérique utopique qui n’aurait pas changée depuis la découverte du continent; une société d’égalité où ne se serait pas encore propagé la notion d’économie et de propriété. Tim Burton va même montrer le bouleversement du pays à travers la ville de Spectre qui sera ruinée et dévastée par des promoteurs. Pour accentuer cette mythologie, Burton va mettre aux côtés du héros, un personnage issu des contes : Karl le géant. Il ramène directement le spectateur aux légendes occidentales.

Tim Burton filme le bois comme un repère sacré de divinités menaçantes et malfamées. C’est un lieu inquiétant qui entoure un village retiré qui lui, est très calme et en dehors des turpitudes du monde. Ce trou de lumière est la métaphore d’une Amérique originelle que l’on retrouve après la destruction de Las Vegas. La forêt bouche la vue et fait obstacle à la science et à la connaissance alors que la clairière métaphorise le lieu du savoir, de la civilité, de la contemplation et de la métaphysique, point de départ important d’une possible civilisation vue à la fois comme un refuge, un abris et comme un triomphe sur les ténèbres que représente la forêt.

Le film est emprunt d’un style poétique et épique, qui est aussi l’un des plus émouvants de Burton. Malgré tout, le village reclus fait penser à une ville fantôme ne serait-ce que par son nom Spectre mais aussi par sa localisation et son aspect idyllique, presque irréel gardant ainsi cet aspect du dualité propre à Tim Burton.

Sleepy Hollow est une réponse à Big Fish sur la question de la narration et sur l’histoire des origines de l’Amérique. Le film prend pour cadre la question de l’indépendance des États-Unis puisque le Cavalier Sans Tête est né au moment de l’indépendance lorsqu’il se bâtait contre les anglais. C’est un homme qui vient du passé et des origines de l’Amérique. Même si les deux films sont très différents visuellement, ils partagent les mêmes problématiques sur l’histoire du pays. Matthieu Orléan passe l’extrait où Ichabod Crane et le jeune Masbath, accompagnés de Katrina, vont découvrir l’arbre des morts dans la forêt du Ponant :

(extrait 4)

Sleepy Hollow est une ville qui existe vraiment dans l’état de New York. Les deux extraits comportent des ressemblances même si la finalité est tout autre. Dans le premier, la forêt cachait un village idyllique alors qu’ici, elle renferme l’horreur, la mort et le personnage même du Cavalier Sans Tête.
La forêt a été extrêmement travaillée, tant sa couleur que son ambiance par la brume et le brouillard qui tendent à rendre opaque tout ce que l’on voit. C’est une forêt fabriquée de toute pièce en studio qui créait une hypnose et une perdition incontrôlable des personnages et du spectateur. Elle renvoie à quelque chose d’ancien telle une conscience ou une civilisation cachée.

Même si l’action se passe aux États-Unis, Tim Burton a tourné dans un studio Européen pour y recréer la nature à son image. C’est donc une forêt mentale de projection que Burton filme pour les besoins de l’histoire. Cette forêt se retrouve dans d’autres films de l’époque comme Corpse Bride, Planet of the Apes et Charlie & The Chocolate Factory (Loompaland). La forêt est alors un réservoir pour l’imaginaire, un lieu de vérité qui permet de créer un passage entre deux mondes : présent/passé, morts/vivants.

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Petite digression sur le thème de la décapitation très présent dans les films de Tim Burton. On retrouve ces têtes coupées dans ses dessins mais aussi dans Mars Attacks ! :

Dans le premier film, c’est le côté cartoon qui est mis en avant alors que dans Sleepy Hollow, ça renvoi inconsciemment à l’histoire des États-Unis telle une peur du silence et de l’oublie. D’ailleurs dans ses films, il y a rarement du silence, l’espace étant toujours occupé par des dialogues ou de la musique.

C’est aussi une représentation de la peur de la castration liée à une filiation père/fils souvent problématique et névrotique dans ses films. Peur que l’on retrouve également dans Sleepy Hollow puisqu’Ichabod Crane est traumatisé du meurtre de sa mère par son beau-père. Même si le village de Sleepy Hollow est au cœur de la forêt, c’est bien Ichabod Crane et ses traumas qui sont au centre du film. Il va enquêter sur les meurtres du Cavalier Sans Tête mais il va avant tout, partir à la recherche de sa propre vérité en s’engouffrant dans cette forêt. Plus il utilisera des techniques scientifiques pour élucider le mystère, moins il arrivera à regarder en lui-même. Il a moins peur du Cavalier Sans Tête au final que de sa propre ombre qu’il projette dans la forêt. Le Cavalier est d’ailleurs son double, arpentant la forêt à la recherche de sa propre tête et de son histoire. La forêt fait donc office d’esprit lorsque les deux personnages s’affrontent à la fin du film, d’où l’utilisation de studios pour ce décors métaphorique et freudien. Le nom même de Sleepy Hollow renvoi à une cavité endormie, comme la partie inconsciente de notre cerveau.

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Matthieu Orléan va nous présenter les œuvres d’un artiste qui a travaillé sur le traumatisme de la guerre de récession : Henry Darger. Il a lui aussi dessiné toute sa vie et s’est intéressé au côté épique de l’Amérique à travers des personnages qu’il découpait dans des cartoons et des publicités sans pour autant se revendiquer artiste.  

Henry Darger avait des troubles psychiatriques graves et tout au long de sa vie, a dessiné des forêts épaisses, morbides et angoissantes mais aussi des fleurs très colorées que l’on peut retrouver dans la scène de Big Fish où Edward Bloom déclare sa flamme :

Henry Darger a dessiné 15 145 pages pour son œuvre Dans le Royaume de l’Irréel qui raconte la naissance d’une civilisation après un conflit entre le bien et le mal où des enfants font face à des militaires.

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L’Europe :

L’arrivée d’Ichabod Crane dans la ville à la fin de Sleepy Hollow représente le dernier topos de la conférence qui est l’arrivée de Burton en Europe. Ses films suivants se situeront loin de l’Amérique puisque il va lui-même s’installer à Londres à partir de 2005, le moment de Charlie & The Chocolate Factory. À partir de ce moment là, il s’est mit à étudier les romans Anglais de Roald Dahl et Lewis Carroll qu’il adaptera ensuite et une légende Européenne qui deviendra Corpse Bride.

Matthieu Orléan passe alors la première scène de Sweeney Todd où le personnage arrive à Londres en bateau comme Burton lui-même :

(extrait 5 à partir de 02:15 en accéléré malheureusement)

Burton a découvert la pièce de Sweeney Todd pour la première fois lors d’une de ses visites à Londres quand il était jeune. Il ne filme toujours pas l’Europe contemporaine mais l’Angleterre du XIXème siècle comme dans Corpse Bride ou Alice In Wonderland, comme s’il ne voulait pas se confronter au monde actuel mais plutôt l’appréhender depuis son passé. Il va quand même montrer l’énergie qui émane de la ville en générale par un mouvement de caméra accéléré lorsque le personnage traverse Londres, telle une ville en constant mouvement.

Dans ce film nous retrouvons également la décapitation puisque le barbier tranche la gorge de ses clients par vengeance pour en faire des tourtes avec l’aide de Mrs Lovett. Contrairement à Sleepy Hollow, ici le spectateur s’identifie au bourreau et non aux victimes. Les rapports de sensibilité et d’empathie sont inversés, prouvant ainsi que l’Europe et l’Amérique sont filmées de manière complètement différente.

Avec cette inversion, Tim Burton montre encore une fois son ambiguïté à travers son cinéma. La forêt du Ponant rappel l’obscurité de la ville de Londres, de la même manière que le château dans Edward Scissorhands faisait directement référence à l’architecture gothique Européenne.

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Dernière image de référence : un croquis préparatoire du Frankenweenie de 1984 dans lequel ont peut distinguer un mélange des cultures par la présence du moulin et du château miniature typiquement Européens.

L’Europe est donc présente dans l’inconscient de Burton dès le début, ce qui ne permet donc pas de séparer distinctement tous les topos abordés dans la conférence mais au contraire les lier de façon homogène et cohérente dans une sorte d’hybridation créatrice.

Par contre, plus on avance dans la filmographie de Burton et plus il regarde en arrière à travers le passé, contrairement à ses premiers films qui étaient contemporain de son époque : Pee-Wee’s Big Adventure, Beetlejuice et Edward Scissorhands.

Tim Burton n’hésite pas à fouiller dans son passé et dans ses entrailles même pour révéler sa vraie nature. Il fait même référence à des temps très anciens notamment avec la naissance du Pinguin dans Batman Returns qui est comme le Moïse de Gotham City ou celle de la préhistoire à travers son hommage à 2001: A Space Odyssey dans Charlie & The Chocolate Factory.

Matthieu Orléan nous invite à valider toutes ces hypothèses d’hybridation de géographies imaginaires dans le prochain film d’animation de Tim Burton : Frankenweenie qui sortira en octobre prochain.

Photos et compte-rendu par Loïc.