Decès de Sir Christopher Lee à l’âge de 93 ans : disparition d’une légende du cinéma et de l’un des plus fidèles collaborateurs et ami de Tim Burton

Il y a des nouvelles que l’on souhaiterait ne jamais avoir à reléguer. La date du 10 Juin 2015 fait partie de celles-ci. Ce jour marque l’annonce publique de la disparition du grand comédien Sir Christopher Lee à l’âge de 93 ans, suite à des complications respiratoires. Le comédien s’est éteint le 7 Juin.

Ce grand monsieur – il mesurait d’1m96 – toisait de par sa taille et son talent les distributions de nombre de films auxquels il participait. Acteur de théâtre né le 27 Mai 1922 à Londres, Frank Cardini Lee de son vrai nom était reconnu du milieu artistique pour sa polyvalence exemplaire. Chant, théâtre, musique, dessin, linguiste, (il parlait plus de six langues dont un impeccable français) écrivain et orateur éloquent, il était l’un des descendants de la famille de Charlemagne et affilié à la famille du romancier Ian Flemming, le papa de James Bond. Un héritage artistique et historique qui ne lui servit pourtant pas à exploser immédiatement au box-office. Après avoir participé à l’effort de guerre, Christopher Lee se reconvertit dans la comédie. Son physique filiforme et les traits particuliers de son visage ne le prédestinent pas aux rôles de jeunes premiers et c’est dans de petits rôles qu’il débute jusqu’à la consécration que lui accorde Terrence Fischer en 1957, année où il tournera coup sur coup Frankenstein S’est Échappé et Le Cauchemar de Dracula, première adaptation du classique de Bram Stoker réalisée pour le compte de la Hammer. Lee devient indissociable du célèbre comte vampire et la suite fait partie de l’histoire…

Est-il nécessaire de revenir sur la filmographie dantesque de Sir Lee ? Certes, non. Christopher Lee a toujours été un acteur professionnel et son crédo personnel était qu’un acteur se doit de tourner et dans son cas, il a souvent été question de produits parfois douteux – mercantiles, même – qui ont octroyé à l’acteur une filmographie plutôt bancale malgré un soutien inconditionnel de ses quelques admirateurs.
C’est à l’aube des années 2000, alors que son nom est tombé dans l’oubli pour le star system, que Tim Burton fait appel à ses services. Grand fan de l’acteur auquel il a souvent rendu hommage, le réalisateur de Burbank engage Christopher Lee dans le rôle très bref d’un juge effrayant dans l’introduction de son Sleepy Hollow (1999). Lorsque Tim Burton susurre son nom à la production, il se heurte à la perplexité des équipes qui le pensent tous mort depuis longtemps. Une anecdote d’autant plus amusante que les années 2000 verront l’acteur envahir toutes les plus grandes épopées du cinéma hollywoodien, de Star Wars ( où il incarne le Jedi renégat Dooku), à la trilogie du Seigneur des Anneaux (l’acteur , qui y incarne le magicien Saroumane, est d’ailleurs le seul membre de l’équipe à avoir rencontré J.R.R Tolkien à Oxford dans sa jeunesse) en passant par des collaborations avec Martin Scorcese (Hugo Cabret) et John Landis (Cadavres à la Pelle). Ce qui, on l’avouera, est plutôt respectable pour un mort !

Malgré de nombreuses et prestigieuses collaborations avec des réalisateurs tels que Mario Bava ou Steven Spielberg – ainsi que de beaux rôles offerts par toute une génération de cinéastes rêvant de travailler avec leur idole – Christopher Lee semble avoir développé un attachement tout particulier à Tim Burton, dont il a souvent vanté l’imagination, allant jusqu’à dire de lui lors de la remise de son BAFTA d’honneur en 2011, qu’il est « l’un des plus grand réalisateurs de notre temps (…) et je suis doublement honoré de recevoir ce trophée, car c’est Tim qui me le remet. ». Le respect et l’amitié qui liait les deux hommes a conduit à quatre autres collaborations : le rôle de Wilbur Wonka, père de Johnny Depp dans Charlie et la Chocolaterie (2005), Les Noces Funèbres (2005) où il prête sa voix au rigide Pasteur Galswell, Alice au Pays des Merveilles (2010) dans lequel Lee prête fugacement sa voix au Jabberwocky et enfin Dark Shadows (2012) où il incarne un vieux pêcheur hypnotisé par Johnny Depp –encore ! Un rôle de narrateur fantôme devait lui être confié dans la comédie musicale et horrifique Sweeney Todd (2008) mais la production du film en décida autrement et la scène ne fut jamais tournée.

Très engagé, Christopher Lee a souvent milité pour de nombreuses causes – dont le soutien contre le conflit Syrien et un engagement auprès de l’Unicef- et s’est même essayé au Heavy Metal dans les dernières années de sa vie (deux albums concepts sont sortis sous son nom qui rendent hommage à son aïeul l’Empereur Charlemagne). Volontiers drôle mais souvent cynique, il n’avait pas la réputation d’être très abordable ni très engagé auprès de ses fans. Toutefois, telle une horloge, l’acteur enregistrait chaque année depuis chez lui un podcast de vœux sincères pour la Nouvelle Année qui leur était dédié, avec sourire, bonhomie et humanité.

Un jour, un journaliste français a dit de lui qu’il était un « héros maléfique ». Un paradoxe merveilleux qui lui allait aussi bien que celui de Prince des Ténèbres dont on l’avait affublé dans les années 60 et 70. Pourtant, les écrans de cinéma brilleront moins en l’absence de cette éternelle – mais chaleureuse – noirceur qui lui était propre et qui fascinait toutes les générations.

À vous Sir Lee, l’association Tim-Burton dit : Merci.

Voici l’hommage de Tim Burton à l’annonce de la disparition de Christopher Lee  :

“Christopher has been an enormous inspiration to me my entire life. I had the honor and pleasure to work with him on 5 films (Sleepy Hollow, Charlie and the Chocolate Factory, Corpse Bride, Alice in Wonderland & Dark Shadows). He was the last of his kind – a true legend – who I’m fortunate to have called a friend. He will continue to inspire me and I’m sure countless others for generations to come.” Tim Burton

“Christopher Lee a été une énorme inspiration pendant toute ma vie. J’ai eu l’honneur et le plaisir de travailler avec lui sur 5 films (Sleepy Hollow, Charlie et la chocolaterie, Les Noces funèbres, Alice au pays des merveilles et Dark Shadows). Il était le dernier de son espèce – une véritable légende – que j’ai eu la chance d’avoir pu considérer comme un ami. Il continuera à m’inspirer moi et, j’en suis sûr, d’autres générations à venir” Tim Burton

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