Dumbo, par Tim Burton : Michael Keaton en lice pour jouer le méchant. Le réalisateur est-il vraiment aux commandes du film?

Cette semaine a été annoncée l’une des dernières nouvelles en date autour du projet Dumbo, adaptation en live du classique de Disney. En effet, Michael Keaton (grand collaborateur de Tim Burton avec le diptyque Batman et Beetlejuice) serait envisagé pour incarner Monsieur Vandemere, le propriétaire du cirque où se produit le jeune éléphant du titre, rôle jusque là courtisé par Tom Hanks (source : Heroic Hollywood).

Cette nouvelle vient étoffer des ajouts de casting très “burtonniens” puis ce que Danny De Vito et Eva Green seraient, selon plusieurs sources, eux aussi de la partie. Une distribution “all-stars” qui, si elle est aussi réjouissante sur papier que peu originale dans le grand ordre des choses, nous fait nous poser cette question qui nous taraude depuis un moment déjà : Burton est-il bel et bien aux commandes du film Dumbo?

Sur la toile et dans la presse, si les rumeurs et spéculations de casting vont bon train, il n’en reste pas moins qu’aucune date de sortie n’a jusque là été réellement annoncée et Burton n’a, jusqu’ici, pas ou extrêmement peu communiqué à ce sujet.

Lors de la promotion de son dernier film, Miss Peregrine et les Enfants Particuliers (296 millions de dollars de recette en 2016, ce qui est plutôt moindre au regard d’autres productions), Tim Burton s’était exprimé quant à ses futurs projets… qu’il n’a pas, selon ses termes. En effet, pour la première fois depuis bien des années, Tim Burton ne s’est engagé sur aucun projet à venir, évoquant même (avec une touche d’humour, il est vrai ) sa possible retraite du métier.

Ce boulimique du travail, allant parfois jusqu’à mener deux projets de front, semble aujourd’hui assez indécis quant à la direction à donner à sa carrière. Son nom seul, suffisant à rentabiliser le succès d’un film, ne semble pourtant plus justifier l’intérêt de ses fans les plus acharnés – du moins, si l’on en juge par les résultats décevants de ses cinq derniers métrages.

L’éventuel retour de Keaton, son premier grand collaborateur avant l’avènement de Johnny Depp, serait-il le déclencheur de son retour à un cinéma plus efficace, mais de moins en moins espéré ?

Si l’on en juge par la côte de popularité grimpante de Michael Keaton (qui figurera bientôt dans le rôle du méchant de l’attendu Spiderman : Homecoming ), il ne pourrait s’agir que d’un heureux hasard et la seule présence au casting de l’acteur ne garantira pas que Dumbo sera un projet apte à réconcilier le réalisateur avec ses fans – si tant est qu’il y participe.

Car jusqu’ici, les seules déclarations d’une nouvelle collaboration Burton / Disney ( la dernière remontant à 2012 avec l’adorable mais nostalgique Frankenweenie) n’émanent que de la presse et des dirigeants des studios aux grandes oreilles qui, ont le sait, sont plus soucieux d’obéir à un calendrier de sorties régulières qu’à une véritable nécessité artistique. Un système dans lequel Burton ne se reconnait pas, lui aussi très nostalgique d’une certaine manière de faire à Hollywood qui aujourd’hui n’a plus cours.

De plus, comment ne pas mentionner Alice au Pays des Merveilles (2010), plus gros succès financier de Tim Burton – pour le compte de Disney – mais film le plus mal reçu par ses admirateurs et la critique (trop consensuel et visuellement artificiel, dit-on) ? Un film qui, paradoxalement, donna naissance à la tendance actuelle des studios Disney à adapter leurs plus gros succès d’animation en film live, parfois au détriment de l’originalité – le récent La Belle et la Bête de Bill Condon constituant, par exemple, un quasi copier-coller du dessin animé original, film symptomatique d’un système de production Hollywoodien moins nostalgique qu’horriblement frileux à véritablement innover.

Pourtant, force est de constater que l’innovation pourrait être de mise sur un projet tel que Dumbo, dessin-animé principalement porté par des animaux parlant (à l’exception de son mutique héros pachyderme ) mais qui, ici, donnerait la part belle à des personnages humains interagissants contre ou pour les intérêts du petit éléphant. De quoi conter une histoire originale et nouvelle avec en son centre, un anti-héros typique du cinéma Burtonnien – Dumbo est, à l’image d’Edward et ses ciseaux ou de Sparky et sa non-mort canine, mis à l’écart de ses contemporains à cause de ses trop grandes oreilles qui, à terme, lui permettront de s’évader du cirque qui le maltraite – un sujet d’actualité, s’il en est. Toujours est-il, qu’à rejoindre à nouveau Disney sur un tel projet et au cœur d’une telle tendance, il est possible de se demander si l’échevelé de Burbank ne se serait pas mis à plus mettre en images des films pour ses propres enfants que pour exorciser et flatter celui qui vit – toujours? – quelque part au fond de lui ?

Si casting et réalisateur sont une chose, c’est probablement le scénario qui tranchera. Tout comme pour Beetlejuice 2 – lui aussi sur toutes les lèvres mais qui, on le rappelle, n’est absolument pas confirmé par le principal intéressé – la réunion Burton / Keaton fait espérer de grandes choses que l’on attend plus de la part d’un réalisateur tellement en perte de vitesse qu’il semble s’être mis en pilotage automatique au service d’un système dans lequel il refuse de rentrer.

Et quelque part, n’est-ce pas là toute la beauté de la marginalité?

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