Edito Octobre 2013 – Faut-il vraiment une suite à Beetlejuice ?

Faut-il une suite à Beetlejuice ? Avec la confirmation (non-officielle cependant) de la mise en chantier de la suite des aventures du bio-exorciste sous la direction de Burton, la question est dans toutes les têtes burtoniennes. Ce film culte, qui pour beaucoup fait partie intégrante du patrimoine du réalisateur doit-il vraiment se voir affubler d’une suite ? Petite interrogation argumentée !

L’idée de faire une suite au second long-métrage de Burton n’est pas nouvelle. Après le succès de Batman, Burton se voit offrir la possibilité de réaliser un second opus de Beetlejuice. Il planche quelques temps sur le sujet avec son compère du moment, Jonathan Gems, aboutissant à un projet voyant le bio-exorciste le plus moisi de la planète débarquer avec les Deetz à Hawaï. Beetlejuice goes Hawaiian (c’est le nom du projet) est finalement abandonné au profit de ce qui est amené à devenir Batman le Défi (Batman Returns).

Quel scénario pour le projet ?

Aujourd’hui, le projet semble tout autre. Nulle trace de Jonathan Gems, qui, à vrai dire, n’a guère signé de scénario notable après son superbe Mars Attacks ! Nulle trace non plus du véritable papa de Beetlejuice, Michael Mc Dowell, qui a par ailleurs participé dans la mise en scénario du poème de Burton, L’Étrange Noël de M. Jack. En revanche, à l’écriture, nous aurions l’honneur d’accueillir Seth Grahame-Smith. Qu’en penser ?

Seth Grahame-Smith a déjà travaillé avec Burton : il est l’auteur du scénario dAbraham Lincoln : Vampire Hunter et de Dark Shadows. Le premier film est seulement produit par Burton, mais le moins que l’on puisse dire est qu’il est loin d’être un chef d’oeuvre cinématographique et que son scénario n’élève guère le niveau. Le cas Dark Shadows est sans doute plus intéressant en guise de comparaison à plusieurs titres. Tout d’abord, il s’agit d’un film réalisé par Burton. Puis, il s’agit d’une comédie, à l’instar de ce que serait Beetlejuice 2. Enfin, il s’agit d’un scénario écrit à partir d’un matériau préexistant.

Victoria Winters, personnage sacrifié symbole d'une narration explosée

Victoria Winters, personnage sacrifié symbole d’une narration explosée

Que dire alors du scénario de Dark Shadows ? Eh bien, c’est là que le bât blesse : il est le principal défaut du film. Ce que Dark Shadows révèle, c’est qu’il semblerait que Grahame-Smith n’ait aucun sens de la construction scénaristique, rien de moins. Un exemple parmi tant d’autres : la manière dont les personnages sont introduits puis abandonnés en cours de narration montre un gros souci dans la construction de ceux-ci. Le cas le plus emblématique étant le personnage de Victoria Winters, véritable personnage référent pour le spectateur qui découvre Collinsport à ses côtés… Le personnage est, dès le retour de Barnabas, abandonné et laissé au second plan. Que ce qui était présenté comme le personnage principal du film, celui grâce auquel l’univers était exploré soit ainsi complètement laissé pour compte dénote non seulement un vrai problème scénaristique dans l’écriture des personnage mais également, et de manière plus inquiétante, une méconnaissance totale des règles élémentaires de narration. Ceci n’est qu’un exemple marquant parmi tant d’autres !

Selon une source anonyme, le scénario de Beetlejuice 2 serait excellent. C’est là une bonne nouvelle, laissons le bénéfice du doute à Seth Grahame-Smith et gageons qu’il ait pu s’améliorer grandement.

Un casting de rêve ?

A vrai dire, sur ce sujet, nous n’avons pas vraiment d’information. La seule (quasi-) certitude étant le retour de Michael Keaton dans le rôle-titre. C’était là une condition sine qua non pour que Burton accepte la réalisation du projet. De plus, on sait Keatton très emballé par l’idée de retrouver le costume du bio-exorciste. Un bon point donc, il était difficile d’imaginer Beetlejuice incarné par un autre.

Quelqu'un compte me voler le rôle de Beetlejuice ? Je prends la Batmobile et j'arrive lui botter le derrière !

Quelqu’un compte me voler le rôle de Beetlejuice ? Je prends la Batmobile et j’arrive lui botter le derrière !

Pour le reste, il n’y a aucune information. Seulement sait-on que le film se déroulera de nos jours, soit un peu moins d’une trentaine d’années après les évènements du premier film. Si Geena Davis n’a jamais caché son envie de retrouver le rôle de Barbara Maitland, il ne faudrait pas compter sur Alec Baldwin qui n’a guère apprécié l’expérience du premier film. Quant à la famille Deetz, si un retour de Catherine O’Hara et de Winona Ryder ne seraient pas impossible du fait de leur proximité avec Burton, celui de Jeffrey Jones, blacklisté à Hollywood suite à une affaire de mœurs est compromis et celui de Glenn Shadix est plus qu’improbable, l’acteur ayant reçu son exemplaire personnel du Handbook for the Recently Deceased en 2010.

Bref, rien de précis concernant le futur casting et nous pouvons de ce côté là n’être ni pessimistes, ni optimistes.

Une réalisation impossible ?

Venons-en enfin au point principal de l’actualité : l’arrivée de Burton à la réalisation de cette suite. Beetlejuice marquait véritablement l’entrée de l’imaginaire burtonien dans l’Histoire du cinéma. Visuellement, la marque imprimée par le réalisateur était forte. L’utilisation de la stop-motion dans la création des effets spéciaux, la mise en place de décors expressionnistes créées de manière réelle et faits de bric et de broc, autant d’éléments distinctifs qui sont l’empreinte visuelle de Burton. Autant le dire tout de suite : sans cette esthétique si particulière, Beetlejuice ne serait plus Beetlejuice. Le film, avant d’être une intrigue, des dialogues ou même un personnage culte est une esthétique. Seulement, est-il possible, dans ces années 2010, près de trente ans après la réalisation du film original, de recréer une esthétique propre à Beetlejuice ? Deux options s’offrent à Burton :

La première serait de faire une suite respectant esthétiquement l’original, une suite digne de ce nom. Seulement, il y a là un écueil immense : le film sombrerait quasi-inévitablement dans le kitsch. Admettons-le, et c’est aussi là ce qui fait tout son charme, Beetlejuice est visuellement très ancré dans les années 1980. Les fulgurances burtoniennes semblent elles plus intemporelles pourrait-on se rassurer. Néanmoins, c’est sans compter sur le fait que Burton lui-même a fortement évolué. Si son style visuel connaît des constantes, ce qui constitue l’essence même de Beetlejuice semble bien mort chez Burton. Il s’agit de cette folie visuelle, cette image un peu cradingue, ces décors presque carton-pâte ! Après Ed Wood, Burton a délaissé cette manière de bâtir ses images pour s’orienter vers un travail plus léché, esthétiquement plus lisse et plus maîtrisé. Ceci n’est pas nécessairement un reproche envers l’esthétique de Burton actuelle, il s’agit simplement de reconnaître que celle-ci ne semble pas compatible avec l’esprit visuel de Beetlejuice.

Une esthétique comme cela dans les années 2010 ? Vraiment ?

Car c’est là la seconde solution : réaliser Beetlejuice 2 avec les moyens et l’esthétique burtonienne des années 2010. Un serpent de sable, sinon en CGI, tout au moins dans une stop-motion parfaitement maîtrisée et fluide (et ce serait déjà là espérer beaucoup) ? Des décors qui ne partiraient pas dans tous les sens à la manière de la maquette d’Adam Maitland ? Une image numérique bien lisse et sans aspérité ? Allons, soyons sérieux un instant. Beetlejuice est un dégueulasse, une espèce d’ordure puante et, visuellement, le film doit en avoir certains attributs. Non, une suite à Beetlejuice, si elle veut avoir une continuité visuelle avec son prédécesseur, ne peut qu’être anachronique, et donc fondamentalement kitsch.

Espérons que je me trompe et que Burton détiendrait le talent nécessaire pour mettre en place une identité visuelle à la fois respectueuse de celle de son aîné et ancrée dans son temps et sa manière actuelle de réaliser. Le pari semble toutefois difficile !

Où en est-on dès lors ? Un scénariste dont on peut craindre le pire. Une identité visuelle difficile à retrouver. Sans compter que nous sommes face à la suite d’un grand film, qui suscitera des attentes et une exigence exagérée de la part des spectateurs, et moi en premier. Vraiment, est-il sérieux de faire aujourd’hui une suite à Beetlejuice ?

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One Response to Edito Octobre 2013 – Faut-il vraiment une suite à Beetlejuice ?

  1. yalrok dit :

    Oui, on peut, mais entièrement en stop-motion.

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