Edward Scissorhands

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1. Synopsis

Dans une banlieue colorée et routinière, Peggy Boggs vit avec ennui de son métier de représentante en cosmétique. Un jour, par curiosité, elle va frapper à la porte d’un vieux château abandonné, situé au sommet d’une colline surplombant la ville. Cet endroit merveilleux et inquiétant est habité depuis des lustres par un étrange jeune homme nommé Edward, crée artificielement, dont les mains sont composées de ciseaux tranchants. Prise d’affection pour ce garçon doux, solitaire et « inachevé », Peggy emmène Edward vivre chez elle et sa famille, en ville. Dans ce nouveau monde qui lui est inconnu, il fera l’objet de toutes les curiosités, convoitises mais aussi de l’hostilité de certains de ses habitants. Toutefois, au milieu de cette agitation peu commune, Edward tombe sous le charme de Kim, la fille de Peggy.

Bande annonce :

2. Fiche Technique

  • Titre original : Edward Scissorhands
  • Titre français : Edward Aux Mains d’Argent
  • Année : 1990
  • Date de sortie : 14 décembre 1990 (USA), 10 avril 1991 (France)
  • Durée : 105 minutes
  • Genre : Fantastique, comédie, romance
  • Réalisation : Tim Burton
  • Scénario : Caroline Thompson basé sur une histoire de Tim Burton et Caroline Thompson
  • Musique : Danny Elfman
  • Producteurs : Tim Burton, Denise Di Novi
  • Société de production : 20th Century Fox
  • Société de distribution : 20th Century Fox
    • Directeur de la photographie : Stefan Czapsky
    • Direction artistique : Tom Duffield
    • Création des décors : Bo Welch
    • Décorateur de plateau : Cheryl Carasik
    • Costumes : Colleen Atwood
    • Maquillage et effets spéciaux : Stan Winston
    • Montage : Colleen Halsey, Richard Halsey
    • Casting : Victoria Thomas
    • Productrice associée : Caroline Thompson
    • Producteur exécutif : Richard Hashimoto
    • Lieux de tournage : Floride : Dade City, Land O’Lakes, Lutz, Lakeland, Wesley Chapel
    • Pays d’origine : États-Unis
    • Langue : Anglais
    • Format : couleur (DeLuxe) – Dolby SR – 35 mm
    • Public : PG-13
    • Budget : 20 000 000 $
    • Recettes : USA – 56 300 000 $ / France – 777 967 entrées

3. Casting

    • Edward : Johnny Depp
    • Kim Boggs : Winona Ryder
    • Peg Boggs : Dianne Wiest
    • Jim : Anthony Michael Hall
    • Bill Boggs : Alan Arkin
    • Joyce Monroe : Kathy Baker
    • L’inventeur d’Edward : Vincent Price
    • Kevin Boggs : Robert Oliveri
    • Esmeralda : O-Lan Jones
    • Officier Allen : Dick Anthony Williams
    • Helen : Conchata Ferrell
    • Marge : Caroline Aaron

4. Analyse

Générique

Le film démarre sur un générique “noir et bleu” époustouflant; où la caméra caresse des images esthétiquement parfaites. Comme à l’habitude pour Tim Burton; il “adapte” également le logo du studio (20th Century Fox) au ton de son film :

il est ici enneigé, de nuit… Burton nous introduit déjà un peu son histoire en proposant dans ce générique des éléments clés du film : escaliers, inventions étranges, mains; porte de château… Le travail sur la typographie est également important : le titre “Edward Scissorhands”, par exemple; est utilisé comme un ciseau (chaque mot étant une lame) qui bouge doucement. Le générique se termine sur un plan du château d’Edward vu au travers d’une fenêtre. Celui-ci possède un look purement fantastique; siégeant sur une petite colline rocailleuse. Il neige; des flocons épais et légers saupoudrent l’image…

Dans le générique, j’aime bien donner des indices sur ce à quoi le film va ressembler. Surtout lorsqu’il s’agit d’un film qui est un conte de fées, ou un film qui n’est pas tout à fait vrai. Il faut donner le ton visuellement. Le générique permet de faire ce genre de choses.

Un film construit comme un conte de fées

Comme tout bon conte de fées, nous nous retrouvons dans une chambre; à l’atmosphère et aux couleurs chaudes, devant un feu de bois, en compagnie d’un enfant emmitouflé dans les couvertures d’un lit immense (on se croirait presque dans le petit chaperon rouge) et qui demande à sa grand-mère “Pourquoi est-ce qu’il neige, Grand-Mère ? Et d’où elle vient, la neige ?” Et celle-ci, au coin du feu, commence son histoire…

Tant de choses on déjà été dites en à peine 4 minutes 10 (avec le générique)! Tim Burton ne traîne pas; on sent que tout cela a été bien réfléchi. Chaque élément est à sa place et cette introduction en mise en abîme nous apporte déjà une quantité d’informations, tant sur l’histoire que nous allons découvrir que sur son aspect esthétique, et bien sûr musical puisque la musique de Danny Elfman est présente depuis le début.

La caméra sort doucement de la pièce pour laisser la grand-mère commencer son histoire, survole Suburbia enneigée. Tout comme le premier plan du château vu par la fenêtre de la grand-mère, c’est ici Suburbia, à l’opposé, qui est regardée par Edward par une fenêtre de son château. Tout cela dans un plan séquence (pas de montage).

Deux univers opposés

Suburbia est maintenant dépeinte : petite bourgade paisible (Suburb = banlieue, en anglais); la lumière est matinale. On entend des chiens, des oiseaux qui gazouillent… Les maisons sont toutes du même type, style préfabriqué bien net bien propre aux couleurs pastel… Le voisinage arrose son jardin, retape son toit ou tond la pelouse… Burton accentuera tout au long du film l’aspect “carré” (au propre et au figuré) de toutes ces maisons et de ses habitants : on verra plus tard les maris qui sortent leur voiture du garage, tous ensemble dans un même mouvement, pour aller au boulot, etc.

Les rôles du château hanté et de la banlieue harmonieuse sont inversés pour devenir un château harmonieux et une banlieue hantée. Toutes les riunes au château font ressortir la beauté de ce genre de ruines. C’est du vrai bonbon! Quand on retourne dans les quartiers résidentiels, c’est l’opposé. On nous offre des plans fixes sur des murs de maisons. On ne perçoit en fait que des cubes de bétons.

Il semble que tout cela soit une critique directe de Burbank, lieu où a grandi Tim Burton; situé non loin de nombreux studios de cinéma mais où tout était calme et sans intérêt. Il présente une ville du même type dans Nightmare Before Christmas.

J’ai grandi à Burbank, banlieue proprette de Los Angeles où les gens n’aiment que la norme: toute marque d’individualité les effrayait. A l’école, il y avait une classe pour les cas “spéciaux”; je n’en faisais pas partie, mais ça m’a marqué qu’on puisse pointer des gosses pas spécialement attardés, juste différents. Je suppose que de là me vient cette profonde colère envers les étiquettes qu’on colle sur les gens. Dès l’enfance, on vous marque, on vous parque: celui-ci est un “physique”, celui-là un “intello”. Moi j’étais calme, solitaire, et j’aimais les films fantastiques. On m’a classé dans les “bizarres”.

Cette courte introduction nous amène directement à Peg (Dianne Wiest), maquillée à la truelle, qui frappe à toutes les portes pour vendre ses cosmétiques Avon. Et partout, on la remballe. C’est après cela, dans sa voiture que germe l’idée d’aller démarcher au château; où personne ne semble avoir jamais été depuis de nombreuses années, ignorant qui y réside encore. On voit la voiture s’éloigner vers le château qui surplombe les lieux, gris et “sec”, dans un contraste total avec le ciel bleu et cotonneux qui l’entoure. Tout en écarquillant les yeux, elle franchit le portail défoncé et observe l’étrangeté du lieu.

Premiers contacts avec Edward

Presque “caché” à l’intérieur, elle trouve au pied du château un superbe jardin où toute la végétation est taillée, sculptée avec soin; représentant Nessie, des cerfs, un ptérodactyle (il y en avait déjà un dans Frankenweenie !), d’autres animaux et surtout; au milieu, une grande main ouverte.

Elle pénètre dans le château, désert excepté tout un tas de machines poussiéreuses aux rouages démesurés.

Elle monte un grand escalier et arrive dans une pièce au toit troué; toujours aussi vide exceptée une petite “couche” aménagée dans la cheminée : un peu de paille, et photos et articles collés sur le mur… “Boy born without eyes reads with his hands”, etc. Caché dans l’ombre, Edward est assis. Elle se dirige vers lui et le rassure; toujours aussi curieuse. Il finit par s’avancer hors de l’obscurité. On distingue ses mains-ciseaux qui effraient Peg… Elle s’excuse et s’apprête à quitter les lieux quand Edward lui lance :

– “Non, restez!”

-“Qu’est-ce qui vous est arrivé ?”

-“Je suis pas fini !”

…s’exclame-t-il maladroitement en lui montrant ses mains métalliques.

L’homme; créé par l’Inventeur donc; possède des mains-ciseaux. Son visage est marqué par des cicatrices de coupures et il a la même tignasse ébouriffée que Tim Burton, inspiré par le chanteur de Cure, groupe que le réalisateur apprécie. (sans trop se soucier de ce détail, il va de soi que ce film, comme beaucoup de ceux qu’il a faits jusqu’à la Planète des Singes, possèdent une forte dimension autobiographique.)

Tout le monde pense que je fais référence à Frankenstein dès qu’un personnage est couturé (les cicatrices du chien dans Frankenweenie, celles de Sally dans L’Étrange Noël de Mr Jack, la greffe d’une tête humaine sur un corps de chien dans Mars Attacks! …) Pour moi, ça a plus à voir avec une trace physique, visible, de leur psychologie. Ils sont comme cassés et doivent réunir tous les petits morceaux.

À propos de Johnny Depp

Edward est joué par Johnny Depp, acteur à l’époque dans une série télé. Il rencontre Tim Burton pour le rôle d’Edward qu’il veut absolument décrocher, se sentant proche du personnage. Une “compréhension” très forte s’installe entre les deux hommes, ainsi que la naissance d’une forte amitié : Johnny Depp signera une touchante préface dans son bouquin Tim Burton par Tim Burton; et Tim lui confiera encore d’autres rôles plus tard (formidable en Ed dans Ed Wood, puis le très cartésien Ichabod Crane dans Sleepy Hollow).

Lorsque je l’ai rencontré, il tournait dans une série pour ados (21 Jump Street). Il était considéré comme un jeune crétin superficiel. Une fois de plus, on confondait l’apparence avec la réalité. J’ai pensé qu’il y avait bien des choses au-delà et qu’il comprendrait intimement le personnage d’Edward aux mains d’argent. De fait, il a des regards, dans ce film, qui m’épatent encore.

C’est donc Tim Burton qui donnera à Johnny Depp la vraie opportunité de faire ses preuves; qui plus est dans ce qui est sans doute le plus beau rôle qu’il ait eu jusqu’à présent dans sa carrière.

La découverte d’un nouveau monde

Peg propose à Edward de revenir chez elle, pour qu’elle s’occupe un peu de lui. Edward, émerveillé; ouvre des yeux énormes en découvrant ce nouveau monde. Ce moment intense est contrecarré par l’aspect négatif mis en avant dans le film : le commérage. Dès que la voiture passe, les “amies” de Peg se téléphonent entre elles pour parler de l’homme qu’elles ont entrevu dans la voiture de la représentatrice Avon.

Après l’avoir fait rentrer rapidement dans sa maison (Peg connaît trop bien ses voisines); elle lui montre des photos de sa famille. Edward est immédiatement confronté à la beauté de la fille de Peg sur papier glacé. Elle l’installe dans la chambre de cette dernière. Tout pour lui est à découvrir : miroirs, téléphones, raisins, lits, habits…

Edward, toiletteur pour chiens

Un autre “mécanisme” du film est amorcé à ce moment; lorsque Peg ne trouve plus ses ciseaux et qu’elle demande ingénieusement à Edward de couper son fil à coudre… C’est entre autres cette notion “d’utilité” qui conduira Edward à repartir dans sa solitude à la fin du film. Ensuite, Edward se mettra à tailler lui-même un arbuste en dinosaure en regardant Bill (le mari de Peg) utiliser son taille-haies. La scène est réhaussée par le match de baseball qu’écoute Bill. Les commentaires du commentateur sont parallèles à “l’action” de Edward : “c’est pas croyable”, etc etc en terminant par des applaudissements de la foule à la fin de la scène.

Ennuyée sans arrêt par ses voisines, Peg est “forcée” de préparer un barbecue pour leur présenter Edward. Alors que celui-ci hache la salade avec ses ciseaux, elle ouvre une boîte de conserve avec un ouvre-boîte électrique. Cet élément provoque une transition avec un flash-back nous présentant l’inventeur (magistral Vincent Price) déambulant entre ses machines et vérifiant le bon fonctionnement de celles-ci.

Lorsqu’il attrape un biscuit en forme de cœur (sortant du four de sa chaîne robotisée) et qu’il le place sur la “poitrine” d’une machine ayant une forme presque humaine (comme toutes les machines qu’il a créées); on comprend, sans qu’un mot ait été prononcé; qu’il vient d’avoir l’idée de créer Edward. Cette scène est remarquable de poésie, Price a des expressions tout à fait étonnantes, et la musique de Elfman réhausse le tout efficacement.

Vincent Price, Michael Gough ou Christopher Lee sont des mythes de mon enfance. Devenu réalisateur, j’ai eu l’immense privilège de les rencontrer et de les faire tourner. J’aime, bien sûr, les écouter parler de la grande époque des films fantastiques. Mais souvent, il me suffit d’être à leurs côtés.

“Magistral”… “Remarquable”… “Étonnantes”…. “efficacement”… 😀 décidément, c’est dur de parler de ce film sans s’emballer !

Retour au barbecue. Edward, bien qu’un peu perdu au milieu de tous ces gens, semble aimer sa nouvelle compagnie et essaie de comprendre un peu tout ce qui se passe autour de lui. Il est évidemment l’objet de toutes les attentions; en particulier de celles de la voisine Joyce “chaude-du-cul” (Kathy Baker) qui essaie un peu de se l’approprier. Elle est évidemment un peu plus entreprenante que les autres… On l’avait vue précédemment essayer de “séduire” le plombier qu’elle avait appelé pour… déboucher un filtre; avec un dialogue plus qu’évocateur sur la mécanique du lave-vaisselle.

Il y avait déjà ce genre d’allusions sexuelles dans Batman Returns, avec la sex-appealesque Catwoman.

Nous retrouvons maintenant Edward couché sur le lit de Kim, pendant la nuit. Un deuxième flash-back est amené, tout d’abord on entend seulement la voix de l’inventeur puis l’image est également présentée.

“Doit-on complètement déplier sa serviette de table ou doit-elle rester à moitié dépliée ?”

On nous présente l’inventeur en train d'”éduquer” Edward de manière très formelle. C’est grâce à cette éducation qu’il ne sera pas perdu à 100% hors de son château; bien que seul depuis plusieurs années. Dans cette scène, Edward est plus jeune; sans cicatrices, bien peigné, au teint tout rose… Il n’est construit qu’à partir de la taille; ne possède pas encore de jambes…

L’inventeur propose à Edward de faire un peu de poésie; voyant bien que celui-ci s’ennuie un peu. Après la lecture d’un poème (qui en est l’auteur ? Peut-être Edgar Allan Poe; une autre forte influence de Burton ?), Edward esquisse ce qui semble être son premier sourire, tout “ridé”, à la manière de celui de Haley Joel Osment en enfant-robot dans Artificial Intelligence de Spielberg.

Kim

Kim (Winona Ryder, waw !) rentre dans sa chambre (où dort Edward donc), revenue prématurément de sa petite randonnée dans la montagne avec ses amis (et son petit ami). C’est la première fois qu’on la voit; en dehors de la photo présentée au début. Edward, réveillé, n’ose rien dire devant la belle jeune fille qui commence à se déshabiller en vue d’aller dormir. Ce plan assez sensuel de Kim est contrecarré avec humour par Tim Burton qui lui fait… péter ses boutons devant le miroir dans le plan suivant.

C’est dans ce même miroir qu’elle aperçoit, paniquée, Edward couché dans son propre lit. Alors qu’elle crie et appelle ses parents, Edward est encore plus effrayé qu’elle et agite partout ses mains aiguisées; trouant du même coup à de multiples endroits le lit à eau qui se met à fuir de partout.

La scène de présentation entre les deux ados (si on considère qu’Edward a un âge) est très marrante; puisqu’il s’effondre aux pieds de Kim à cause du verre de whisky (“c’est de la limonade”) que lui a servi Bill, agacé par l’adolescence de sa fille qui change.

À propos de Kim; on remarquera que l’aspect “princesse” (puisque nous sommes, rappelons-le, dans un conte de fées) a été fort mis en avant : tout d’abord par la coiffure (cheveux longs, teints en blond) mais aussi, à certains passages, d’après ses habits, puisqu’elle mettra trois robes type “princesses” (épaule dénudées, manches pseudo-bouffantes), en terminant par une robe blanche en satin (le soir de Noël) qu’on pourrait comparer à celle de Cendrillon.

Leur relation ne démarre pas très bien, Edward voulant l’approcher mais Kim semblant ne pas l’apprécier; et ne parlons pas du petit ami de celle-ci, espèce de caricature de la brute épaisse américaine style capitaine-de-son-équipe-de-baseball-à-l’école (remarquons que Kim est pom pom girl). Il semble que cette appréhension ne soit due qu’à une timidité réciproque et un mauvais départ, puisque petit à petit Kim commence à lui sourire.

Un des moments intenses du film se produit quand, questionné à propos d’une éventuelle petite amie, d’un “beau rêve secret”, sur un plateau de télé style “C’est mon Choix” (puisqu’il a doucement acquis une petite notoriété… toilettage pour chiens, coiffure…), Edward fixe, muet, la caméra. Tim Burton filme à la fois Kim regardant l’émission sur la télé et en même temps la télé en question dans un montage parallèle sur un travelling avant filmant les yeux de Kim et ceux d’Edward; pendant plus de 20 secondes. Le tout est ponctué par quelques notes de musiques (violon et co) qui font monter l’émotion. Celle-ci est tellement forte que la jeune fille finira par détourner le regard; alors que Edward ne la regardait pas vraiment puisque c’était à travers le poste de télévision. On sort de cela quand, sans doute tout aussi ému, Edward court-circuite les fils de son micro et tombe à la renverse.

Edward déchante

Le rythme du film va basculer dans la scène suivante : Joyce présente à Edward un vieux salon de coiffure qu’elle semble avoir racheté pour y employer Edward. Elle prétexte qu’elle voudrait lui montrer le débarras et commence à se déshabiller langoureusement devant Edward, sur fond de Tom Jones qu’elle diffuse grâce à un petit transistor qu’elle avait emporté (elle écoutait déjà Tom Jones plus tôt dans le film, et Tim Burton a par la suite dirigé le chanteur dans Mars Attacks!).

Visiblement déstabilisé; il s’enfuit dans une démarche un peu similaire à celle de Charlie Chaplin… Qui lui ressemble étrangement; habillé avec ce pantalon gris trop large et cette chemise blanche.

-Tu savais que c’était chez les parents de Jim ?
-Oui.
-Mais alors pourquoi tu l’as fait ?
-Parce que tu me l’as demandé.

La descente aux enfers commence pour Edward. Par amour (?) pour Kim; il aide le petit ami de cette dernière à “cambrioler” son propre père quand celle-ci le lui demande; en ouvrant la porte avec ses ciseaux. Edward est arrêté par la police; les voisins se posent des questions, il commence à perdre la confiance de Peg et surtout de Bill (le mari) car il a rayé les murs et déchiré les rideaux par colère…

Ice Dance

Suite à cet épisode, Kim remballe Jim (le petit ami) et commence à comprendre l’intérêt que Edward lui porte, et elle-même en semble troublée.

Peg organise une petite réception de Noël pour essayer d’apaiser les rancoeurs de tout le monde…

Et voilà. L’une des plus belles scènes du film; et sans doute l’une des plus belles scènes tout court dans l’histoire du cinéma (bon ok je m’emballe un peu; mais on peut au moins dire que c’est d’une beauté pas banale) : alors que Kim aidait sa mère a décorer le sapin, on la voit, intriguée, s’avancer vers la sortie de la maison. Elle marche vers la caméra, regarde derrière celle-ci (donc face à nous); on ne sait pas très bien ce qui l’intrigue. Elfman lance sa magnifique “Ice Dance”; et on y va : Kim passe à l’extérieur, il neige sur elle. On découvre très lentement l’origine des flocons : Edward, en haut d’une échelle, sculpte un ange de glace. Les poussières de glace s’envolent et retombent… en neige.

Au ralenti, presque sans aucun autre son que celui des notes gracieuses d’Elfman, elle danse gracieusement sous la neige. La caméra tourne autour d’elle, filme son visage rayonnant en gros plan, et finit sur un gros plan de la main de Kim sur laquelle tombent et se brisent des flocons.

C’est à tomber raide mort. Moment de grâce, donc, coupé brutalement par l’intervention de Jim qui lance un “hé !” agressif à Edward alors que Kim s’approche de ce dernier. La musique se coupe quasi net, la vitesse de l’image redevient normale; et Edward sursaute en entaillant superficiellement la main de Kim qu’il n’avait pas vue. Jaloux, Bill lance des menaces à Edward et l’accuse d’avoir volontairement blessé la jeune fille :

Tout ce que tu touches, tu le détruis ! Fous le camp ! Tire-toi ! Monstre !

Pris de panique et de colère; Edward s’enfuit, semblant décidé à retourner chez lui. Il découpe sa chemise tout en marchant, tranche les arbustes qu’il avait taillé, crève les pneus de voiture…

La situation vécue par Edward est résumée peu après, simplement : alors qu’il est assis sur le pavé, un chien arrive et s’assied à côté de lui. Edward lui coupe la mèche de poils qui le gênait dans le visage, et sourit au chien. Celui-ci s’en va directement… Comme si de rien n’était.

Il décampe lorsqu’il aperçoit une voiture de police à sa recherche; et revient chez la famille Boggs. Il n’y a que Kim à la maison, les parents sont à sa recherche et Kevin (le fils) est chez un ami. À nouveau, moment fort où Kim demande à Edward de la serrer.

-“Je ne peux pas”.

C’est vrai au sens figuré, l’est-ce au sens propre? Sûrement pas, elle vient se blottir dans les bras d’Edward. Celui-ci regarde dans le vague.

Le pourquoi du comment

Troisième et dernier flash-back avec l’inventeur dans le château, bercé par la voix de Vincent Price légèrement réverbérée, comme sortie d’un rêve.

Je sais que c’est un peu tôt pour fêter Noël, Edward, mais j’ai… J’ai un petit cadeau pour toi.

Élucidation du “pourquoi” des ciseaux : l’Inventeur s’avance avec deux mains toutes neuves en cadeau pour Edward. La musique est légère, Edward regarde avec envie et touche délicatement du bout de ses lames les deux mains qu’il pourra bientôt “porter”. Tout à coup le sourire de l’Inventeur se fige; puis se rétracte. Dans un superbe ralenti; il s’effondre alors que la musique change complètement de ton… Elle devient dramatique, limite horrifique, sans que l’on ne l’ait “vue” arriver.

Il a une crise cardiaque. Edward essaie de “retenir” ses mains; mais il les transperce de part en part. L’inventeur tombe a terre et les mains cassent en morceaux. Edward, qui n’a jamais affronté la mort; dira plus tard à Peg qui lui demande où sont ses parents, qu’il “dort toujours”.

Fin du flash-back, qui est complètement en phase avec la scène d’Edward serrant Kim; autant émotionnellement que “temporellement” puisque les deux se situent à Noël dans l’histoire.

Cette scène est interrompue par Edward qui se précipite dehors sur Kevin pour le sauver alors que la voiture de Jim fonçait, zigzagante, sur lui; Jim et son ami ayant un peu trop bu.

Il le projette hors de la trajectoire de la voiture; mais dans la précipitation lui taillade le visage en lui demandant si il n’a rien. Tous les voisins arrivent et découvre la scène, pensant que Edward agresse Kevin. Edward, apeuré comme une bête, s’enfuit vers le château sous les conseils de Kim, talonné par un véhicule de police et par les villageois en colère, tout comme dans Frankenweenie, tout comme dans Frankenstein.

Retour au château

Quatre coups de feux retentissent en provenance du château; Kim sursaute : on voit l’agent qui, a l’abri des regards, a tiré en l’air. “vas-y, cours ! ”

Comme Sally dans Nightmare Before Christmas, l’agent semble avoir été, depuis le début, l’un des seuls personnages vraiment lucide de l’histoire. Il rentre dans sa voiture et s’exclame pour toute réponse aux villageois : “Rentrez chez vous, c’est fini!”, comme s’il avait abattu la créature.

Seule Kim se précipite à l’intérieur du château. Elle monte le grand escalier, qui nous rappelle les vieux films de série B. Tout en haut, on retrouve Edward, très calme, assis sur sa couche. Il discutent quelques secondes puis sont interrompus par Jim, armé, qui les avait suivis. Une bagarre éclate, il frappe Edward (assomé par une partie du plafond qui vient de s’écrouler) avec une barre en fer; avant d’être à son tour mis à terre par Kim.

Si t’arrêtes pas, je te tue de mes mains !

Drôle d’image, alors qu’elle le menace avec les ciseaux de Edward dont elle s’est “emparée” et qu’elle pointe sur la gorge de son ex-petit ami, celui-ci retourne la situation et la gifle. Edward se retourne, et dans un regard qui résume assez bien la situation, plante un ciseau dans le ventre de Jim et le pousse jusqu’à la fenêtre de laquelle ce dernier tombe. Point de vue musical, juste des voix. L’instant semble complètement suspendu dans le temps.

Kim et Edward regardent du haut de la fenêtre, ils sont filmés en une contre-plongée vertigineuse. Ensuite ils se regardent longuement, Edward s’exclamant : Adieu. Et Kim l’embrasse brièvement, avant de répondre : Je t’aime.

Edward la regarde, puis lève légèrement les yeux. Il semble avoir trouvé ce qu’il ne recevait pas jusqu’alors : une véritable affection (de l’amour, ici); “gratuite”, sans service demandé en retour, et sans arrière-pensée. Il inspire, semble submergé par ce sentiment.

Raconté comme ça, sans les images, certaines parties du film peuvent sembler un peu mièvres / à l’eau de rose… C’est peut-être vrai. Mais n’oublions pas que ce film constitue réellement un conte de fées, avec les règles du genre. De plus; le film dans son unité arrive naturellement à ces scènes (celle de la danse et celle-ci), lorsqu’on le regarde depuis le début on est tellement immergé dedans que les larmes montent aux yeux. C’est lorsqu’on les place hors contexte qu’on peut les trouver un peu trop sentimentales.

Elle s’enfuit alors que les villageois s’apprêtent à franchir la porte du château; attrape une main-ciseaux similaire à celles d’Edward sur une étagère poussiéreuse de l’Inventeur, et la brandit face aux villageois interrogateurs, peu après avoir annoncé la mort de Edward.

Ceux-ci, probablement à la fois déçus et rassurés, se retirent sans prendre la peine de vérifier.

Épilogue

La mise en abîme prend fin ici. On retrouve la grand-mère, visiblement assez émue, la main sur la poitrine, qui clôt : “elle ne l’a jamais revu depuis. Jamais depuis cette nuit-là”.
Et après les questions de la fillette, on comprend que c’est Kim elle-même qui conte cette histoire à sa petite fille.

On voit une alternance de plan de la grand-mère qui termine son histoire, et de Edward, dans son jardin, qui coupe quelques feuilles sur ses arbustes-sculptures, monte l’escalier, et scuplte de la glace, dont une sculpture qui rappelle étrangement Kim lorsqu’elle dansait dans la neige. Il n’a pas vieilli. Il n’a pas changé. Un nuage de neige s’échappe de sa fenêtre, un fondu nous remontre brièvement Kim dansant dans la neige, se clôt; et le générique débute sur les images de la neige s’envolant du château.

5. Critique

Burton aux mains d’enfant

LE conte de fée signé Tim Burton. Une étape dans sa carrière, son premier long-métrage bien à lui. Et dans ce projet, il a mis le paquet. Un personnage à la Frankenstein, un château à l’allure gothique, une banlieue morne, un voisinage superficiel, l’ensemble sur fond de conte de fées… tout pour épater… Tim Burton. Par chance, son projet plaît aussi au grand public et surtout, aux producteurs qui ont accepté de le tourner. C’est du Burton tout craché; différent des autres productions de l’époque.

De la critique sociale

Tout d’abord, il faut mettre quelque chose au clair. Ce film est une féerie. La définition dit : Un monde fantastique où interviennent des êtres surnaturels.

Les critiques sont partagées. Soit on l’a adoré, soit on l’a trouvé inintéressant. C’est le cas avec la plupart des films de Burton et cette fois-ci, ce qui faisait défaut au yeux des détracteurs du film, c’était le manque de profondeur des personnages autres qu’Edward et Kim. C’est probablement qu’ils n’ont pas compris l’intention profonde de Burton et leur argument principal est sans fondements.

L’arrivée d’Edward, l’homme aux ciseaux en guise de mains, à Suburbia, le quartier plus normal que normal, nous amène l’interrogation qui suit si on s’y intéresse plus en profondeur : Qu’est-ce qui est le plus effrayant? Un homme qui peut en tuer un autre d’un seul mouvement de bras (via ses ciseaux) ou un quartier où la différence n’a pas sa place? Bien sûr, Burton ne touche pas à ce sujet directement puisque ce n’est pas son principal intérêt.

La critique se cache aussi dans quelques scènes du film. Certaines scènes, bien qu’elles ne soient pas les points forts du film, expliquent bien les thèmes sociaux présents dans le film. Il y a la scène de la leçon d’éthique du père où il corrige Edward qui donnerait l’argent qu’il trouverait dans la rue aux personnes qu’il aime au lieu de le rendre à la police. Il y a aussi celle où un chien vient auprès d’Edward pour une coupe avant de repartir aussitôt. Les thèmes cachés dans ces scènes pourraient être résumés par la déshumanisation. Edward, le seul être qui n’est pas un vrai homme, est l’être le plus humain du film.

Le plus important : la féerie

Mais avant tout, Edward Scissorhands est un conte de fées comme Burton les aime tant et c’est son principal intérêt. L’histoire d’un homme à part qui essaie tant bien que mal de se faire accepter parmi les autres en les aimant sans être capable de le faire correctement.
Il ne peut le faire correctement puisque tout ce qu’il touche, il le détruit.
Burton met en scène une belle histoire, c’est son but premier. Tous les moments forts du film se trouvent durant les scènes où Edward essaie du mieux qu’il peut d’aimer sans blesser, ce qui prouve que l’histoire elle-même est ce que Burton veut faire ressortir le plus. Et il a réussi, c’est assuré. Il a réussi en y ajoutant sa touche. Premièrement, il y a le personnage à la Frankenstein. Edward et Frankenstein ont été créés par des scientifiques et éprouvent de la difficulté à vivre leurs émotions. Il y a aussi le sombre château d’Edward, au bout de la rue. La scène fait penser à du David Lynch mais c’est certainement une burtonnerie typique. La machine à fabriquer les biscuits et le quartier décoré de tout ces arbustes en forme de ballerine et de dauphins sont certainement des traces du passage de Burton (le genre de scènes qu’on peut voir dans Pee Wee’s Big Adventure). Il y a mis beaucoup de sa part, mais le film garde toujours la structure typique d’un conte de fées avec une situation initiale, un élément déclencheur, des péripéties, un dénouement et une grande finale.

Inspiration sur son enfance

Dans ce film, Burton s’est aussi inspiré de son enfance. Je parle bien d'”inspiration” puisque je ne crois pas qu’Edward Scissorhands ne soit basé que sur Burton lui-même; je dirais plutôt que lors de la création du personnage, Burton s’est inspiré de ce qu’il a lui-même vécu et ressenti alors qu’il habitait à Burbank, la ville de son enfance. Burbank qu’il trouvait si ennuyante que la meilleure façon de la fuir était de regarder des films à la télé ou au ciné du coin, peindre ou lire. Il s’imaginait peut-être vivant dans un château au beau milieu de la banlieue, se sentant différent des autres (voir à ce sujet son court-métrage Vincent…). C’est ainsi qu’Edward s’est vu habiter le château du bout de la rue, étranger à la vie de banlieue et ayant eu pour seule famille et contact social son inventeur (génialement interprété par Vincent Price, l’acteur même qui faisait rêver Burton lorsqu’il regardait les films de série B de son enfance…).

Une brochette d’acteurs épatante

Vincent Price n’est pas le seul qui nous épate par sa prestation. Kathy Baker tient parfaitement le rôle de la femme à la recherche constante d’hommes à amener dans son lit. Alan Arkin est un vrai plaisir à voir aller sous la peau du père de famille typique. Winona Ryder et Dianne Wiest sont aussi très convaincantes. Et que dire de Johnny Depp, sinon qu’il entre parfaitement dans le rôle d’Edward. Lui qui, à cette époque, était réduit à son rôle dans la série pour ados 21 Jump Street, en a surpris plus d’un avec les ciseaux que Burton a bien voulu lui confier. Bref, un panel d’acteurs épatant, il va sans dire.

La musique : l’âme du film

On ne peut passer sans remarquer la trame sonore envoûtante et féerique composée par Danny Elfman. La musique ne fait pas partie du film mais en est plutôt une partie entière du film. Et une importante. On dit ” Une image vaut mille mots ” et dans le cas d’Edward Scissorhands, on peut dire ” Une note de musique vaut mille images “. (voir la critique détaillée de la trame sonore plus bas).

En conclusion

Je dirais qu’Edward Scissorhands est un film qu’il faut voir souvent et qui doit être exploré dans les moindres recoins pour être bien apprécié. Le fil conducteur, c’est le conte de fées mais il y a toutes sortes de routes secondaires qui peuvent nous mener très loin. Burton a réussi à toucher à plusieurs sujets en même temps sans pourtant s’avancer trop profondément et s’éloigner de sa trame principale. Sans s’éloigner hors de ce qu’il aime vraiment dans un film. Une mine d’ingéniosités et d’originalités cachée sous une histoire qui semble si banale, et pourtant… si touchante si on n’est pas de mauvaise foi.

6. Anecdotes

Michael Jackson a auditionné pour le rôle d’Edward auquel il se sentait très proche mais n’a pas eu le rôle. Quelques années plus tard, il a fait l’acquisition des prothèses que portait Johnny Depp à la place de ses mains lors du tournage. Celles-ci sont désormais exposées dans sa propriété de Neverland.
Edward Scissorhands est la dernière apparition au cinéma de Vincent Price, acteur fétiche de Tim Burton pour lequel il avait également commencé à tourner  un documentaire : Conversations with Vincent. Malheureusement le projet n’a jamais été terminé et reste toujours dans les cartons.

Les costumières du film avaient oublié de créer des aérations sur le costume d’Edward, ce qui a valu à Johnny Depp plusieurs évanouissements pendant le début du tournage.

Danny Elfman s’est inspiré de Tchaïkovski et notamment de Casse-Noisette, le ballet de 1892 pour composer la musique du film.

Le film est la première collaboration entre Tim Burton et Johnny Depp, collaboration qui est toujours d’actualité avec 8 films en commun.

Edward Scissorhands a été adapté en ballet en 2005 sous la direction de Terry Davies.

7. Citations

Vincent Price, Michael Gough ou Christopher Lee sont des mythes de mon enfance. Devenu réalisateur, j’ai eu l’immense privilège de les rencontrer et de les faire tourner. J’aime, bien sûr, les écouter parler de la grande époque des films fantastiques. Mais souvent, il me suffit d’être à leurs côtés.

— Tim Burton, L’Événement du Jeudi, 10 au 16 février 2000

J’avais déjà transformé Winona Ryder en blonde dans Edward aux mains d’argent et je viens de recommencer avec Christina Ricci dans Sleepy Hollow. Ces deux films sont des contes de fées : les princesses sont plutôt blondes, non ? Plus sérieusement, Christina a cette image sombre, mystérieuse, un peu tourmentée, que je voulais éclaircir un peu par une lumière douce autour de son visage incroyablement beau, tout rond, comme une lune !

— Tim Burton, L’Événement du Jeudi, 10 au 16 février 2000

Lorsque je l’ai rencontré, il tournait dans une série pour ados (21 Jump Street). Il était considéré comme un jeune crétin superficiel. Une fois de plus, on confondait l’apparence avec la réalité. J’ai pensé qu’il y avait bien des choses au-delà et qu’il comprendrait intimement le personnage d’Edward aux mains d’argent. De fait, il a des regards, dans ce film, qui m’épatent encore. Pour Ed Wood, il a trouvé l’exacte mesure d’émerveillement béat correspondant à l’incurable optimisme du personnage. Dans Sleepy Hollow, il est Ichabod Crane, avec toutes les contradictions internes qui l’agitent.

— Tim Burton, L’Événement du Jeudi, 10 au 16 février 2000

Très tôt, je me suis identifié à Vincent Price, génial acteur de séries B fantastiques : L’Homme au masque de cire, la Chambre des tortures, le Corbeau… Cet homme qui, dans les films, traversait de grands tourments m’aidait à vivre, tout simplement. (en 1982, Tim Burton réalisa un court métrage, image par image : Vincent, l’histoire d’un petit garçon de 7 ans qui se prend pour Vincent Price). J’ai envoyé mon scénario à Vincent, je rêvais de sa voix pour le narrateur. Et le plus incroyable, c’est qu’il a répondu ! On s’est rencontré, ça a été formidable. J’ai eu l’impression, pour la première fois de ma vie, que quelqu’un me voyait tel que j’étais. Et m’acceptait… C’était un homme extrêmement gentil: à croire qu’il avait jeté tous ses démons sur l’écran. (l’acteur est mort en 1993, après avoir interprété le rôle de l’inventeur qui s’éteint avant de terminer sa créature, dans Edward aux mains d’argent.) Une des choses qui me touchaient dans l’histoire d’Ed Wood, c’était bien sûr sa relation avec Bela Lugosi. Ca m’a rappelé Vincent et moi. A la différence que Vincent était beaucoup moins autodestructeur que ne l’était Bela.

— Tim Burton, L’Événement du Jeudi, 10 au 16 février 2000

En face de moi, j’avais un homme pâlot, apparemment fragile, l’œil triste et les cheveux encore plus hirsutes que si on les avait filmés au réveil. Au vu de la tignasse de ce type – une touffe à l’est, quatre brins d’herbe à l’ouest, une minivague, et le reste éparpillé du nord au sud -, même Jesse Owens n’aurait pas pu battre un peigne avec des jambes. Je me rappelle avoir pensé instantanément : “T’as besoin de sommeil, mec !”

— Johnny Depp, Préface du livre “Tim Burton par Tim Burton” (Mark Salisbury)

Adolescent, j’ai toujours pensé que le seul moment où je verrais tous nos voisins ensemble dans la rue, ce serait en cas de catastrophe ou de vengeance collective, ces circonstances exceptionnelles qui réveillent une dynamique de foule, par la solidarité ou par la peur et le désir de punir. J’ai toujours été fasciné par le parallèle entre la vie en banlieue et les films d’horreur.

— Tim Burton, Cahiers du Cinéma n°462 (décembre 1992)

Edward aux mains d’argent est né en juin 1986, au Bombay Bicycle Club, un restaurant de l’ouest de Los Angeles. Tim Burton et moi prenions un verre au bar. Nous avions déjà commencé à nous échanger quelques idées, mais ce soir-là, il m’a parlé d’un dessin qu’il avait fait à l’école. Il représentait un petit garçon qui avait des ciseaux en guise de doigts. Il arrive qu’une histoire soit une évidence. Edward aux mains d’argentest de celles-ci. Elle est arrivée en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire! En fait, juste après que Tim m’a parlé de son dessin. Puis l’excitation est montée en flèche.

— Caroline Thompson, Edward Scissorhands (la pièce de théâtre), dossier de presse

8. Nominations & Récompenses

    • Oscars 1991 : Meilleur maquillage (Ve Neill, Stan Winston)
    • Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films 1991
      • Meilleur film de fiction
      • Meilleure actrice (Winona Ryder)
      • Meilleurs costumes (Colleen Atwood)
      • Meilleure musique (Danny Elfman)
      • Meilleur acteur secondaire (Alan Arkin)
      • Meilleure actrice secondaire (Dianne Wiest)
    • Golden Globes 1991 : Meilleure performance d’acteur dans une comédie ou une comédie musicale (Johnny Depp)
    • Grammy Awards 1992 : Meilleure composition instrumentale écrite pour le cinéma ou la télévision (Danny Elfman)
    • BAFTA Awards 1992 : Meilleure direction artistique (Bo Welch)
    • Hugo Awards 1991: Meilleure présentation dramatique

9. Liens Externes

  • Edward Scissorhands sur IMDB (En)
  • Edward Scissorhands sur Wikipedia (En|Fr)
  • Edward Scissorhands sur Allociné (Fr)
  • Une analyse du film sur Cadrage.net (Fr)
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