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“Il vole”! Dumbo par Tim Burton confirmé pour le 29 mars 2019

C’est désormais officiel: le Dumbo de Tim Burton est confirmé par les studios Disney!

Biographie

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I. L’enfance à Burbank

Tim Burton est né le 25 août 1958 et grandit dans la maison familiale de Burbank, une petite ville Californienne située aux alentours de Los Angeles qui avait pour particularité d’accueillir bon nombre de studios de cinéma très renommés tels Columbia, Warner Bros. et surtout Disney.
Bien que Burbank puisse sembler être un endroit particulièrement excitant pour le futur réalisateur que sera Tim Burton, il n’en garde que le souvenir d’une ville plutôt paisible mais sans âme, peuplée de gens à la normalité déconcertante et à l’ouverture d’esprit toute relative, figure d’une certaine Amérique qu’il s’essaiera plusieurs fois à dénoncer dans son travail ultérieur.

Le père de Burton travaille au centre sportif de la ville en tant qu’entraineur de Base-Ball tandis que sa mère tient une boutique de cadeaux orientée vers les décors félins.

Introverti et éprouvant des difficultés autant à la maison qu’à l’école, il passe le plus clair de ses temps libres à regarder des films de monstres et d’horreur, à la télé ou au cinéma. Il y découvre donc un certain cinéma qui aura une influence cruciale sur sa carrière à venir, au travers des films de la Hammer (un studio anglais qui produisit des films d’horreurs “gothiques” depuis la fin des années 50 aux années 70), l’emblématique acteur Vincent Price (auquel il rendra plus tard hommage et qui deviendra son ami) ou l’excentricité du réalisateur Ed Wood (au sujet duquel il fera également un film).

Quand tu es plus jeune, tu crées ta propre mythologie et tu détermines ce qui te touche. Et ces films, leur poésie, ces personnages plus grands que nature qui traversaient tant de tourments – la plupart imaginaires – m’interpelaient comme d’autres enfants ont pu être interpelés par les films de Gary Cooper ou John Wayne1

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Hormis ce goût pour le cinéma de série B voire Z, il est un enfant comme les autres, qui aime dessiner, jouer ou regarder passer les avions décollant et atterrissant de l’aéroport tout proche.
Quelques faits anecdotiques marquent tout de même son enfance, comme le fait de terroriser son petit voisin en lui faisant croire à l’invasion imminente des martiens, ou encore le fait que ses parents aient muré, pour une raison inconnue, la fenêtre de sa chambre donnant vue sur le jardin. Il se voyait alors obligé d’escalader son bureau pour pouvoir apercevoir l’extérieur, événement qu’il associa “à la nouvelle d’Edgar Allan Poe où un homme est emmuré vivant et brûlé vif. Voilà le genre de sentiments que j’éprouvais à l’égard de mon monde. Burbank, cet endroit mystérieux! ((SALISBURY Mark, op. cit., p. 4)) “.

Son goût pour la production artistique se développe également très tôt. Goût pour le dessin en premier lieu. Le jeune Burton aime par dessus tout griffonner, habitude qui ne le quitte plus par la suite. Il développe d’ailleurs dans cet art un talent certain, vite remarqué par les autorités locales qui lui confient en 1972 la responsabilité de décorer l’ensemble des véhicules des services d’entretien de Burbank. Le dessin est pour lui autant un moyen de s’évader du monde réel qu’un langage à part entière qu’il utilise volontiers pour s’exprimer.

Son goût pour le dessin se double d’un goût prononcé pour la réalisation cinématographique. Ainsi, influencé par les films vus au cinéma et à la télévision et armé d’une caméra Super 8, il dirige avec quelques amis de petits court métrages, mêlant souvent animation en stop-motion et prises de vues réelles. Burton le dit lui-même, ces films ne sont pas d’une grande qualité, loin s’en faut, mais ils constituent néanmoins pour lui une première approche pratique au monde du cinéma et révèlent déjà les goût qui sont à la base de l’ensemble de sa carrière.

S’entendant apparemment peu avec sa famille, il quitte la maison familiale à 12 ans, et s’en va vivre chez sa grand-mère, qui lui loue un petit studio indépendant dès ses 16 ans.

II. Tim Burton au pays enchanté de Disney

A) Calarts

En 1976, alors âgé de 18 ans, Tim et son talent très précoce sont repérés par des chasseurs de têtes travaillant pour Disney et il obtient une bourse pour intégrer CalArts (California Institute for the Arts), une école fondée par le studio pour constituer un “réservoir” de talents dont beaucoup travailleront ensuite au sein de la célèbre entreprise.

Il y rencontre certaines pointures actuelles (John “Pixar” Lasseter, Brad Bird, John Musker, Glen Keane…) et quelques uns de ses futurs collaborateurs, dont Rick Heinrichs ou encore Henry Selick (réalisateur de l’Étrange Noël de Mr Jack) qu’il côtoie au cours d’animation expérimentale enseigné par Jules Engel.
S’il supporte mal l’enseignement “militaire” de l’établissement, il y réalise Stalk of The Celery Monster par lequel il se fait remarquer avant d’être embauché comme animateur dans le studio.

B) Tim Burton employé chez Disney

Il passe à Calarts trois années difficiles, incapable d’intégrer les “codes” formatés du studio et faisant preuve d’une ténacité à toute épreuve en refusant de faire des concessions sur ses opinions artistiques, et comprenant mal qu’on exige de lui et de ses collègues d’être “à la fois un artiste et un zombie oeuvrant sans personnalité. Il faut être quelqu’un d’unique pour pouvoir faire coexister ces deux états dans un même cerveau2.”

a. Animateur

Embauché par Disney, il travaille entre autres sur Tron (non crédité, en tant qu’animateur), The Lords of The Rings (non crédité, en tant qu’intervalliste), ainsi que sur Rox et Rouky (en tant qu’animateur) :

Je n’arrivais même pas à imiter le style Disney. Les miens [renards] ressemblaient à une route défoncée.(…) J’avais l’impression de subir le supplice de la goutte d’eau. (…) Je n’avais pas la force d’endurer cela, c’était au-dessus de mes forces3.

Il adapte son comportement en conséquence, dormant souvent entre 8 et 10 heures par jour, auxquelles il faut ajouter jusqu’à parfois 4 heures de sommeil supplémentaires pendant ses heures de travail, les yeux clos mais bien assis derrière sa planche à dessin, le crayon à la main, prêt à gribouiller à la moindre entrée inattendue dans son bureau…

Je me comportais de manière étrange (…). Je m’installais fréquemment au fond d’une armoire dont je ne sortais pas, ou je m’asseyais sur mon bureau – ou en-dessous –, ou je faisais des trucs bizarres comme me faire arracher une dent de sagesse et inonder de sang les couloirs. Mais je suis arrivé à dépasser ce stade. Je ne m’enferme plus dans une armoire ! J’étais gardé à distance respectable, mais j’avais la paix4.

b. Art Conceptor

Concept-art pour Taram par Burton

Il accède par la suite avec un bonheur relatif à un poste d’artiste-concepteur sur Taram et le Chaudron Magique, ce qui lui permet de jeter librement sur papier ses idées fantasques, indépendamment du fait qu’aucune ne sera retenue pour le film. Burton démarre une petite dépression.

J’ai épuisé, pendant cette période, mon réservoir d’idées pour 10 ans. Lorsqu’au bout de toutes ces années, je me suis rendu compte qu’ils n’avaient rien utilisé, ça m’a fait tout bizarre. Je me sentais comme une princesse prisonnière. Je pouvais dessiner tout ce que je voulais, mais j’avais l’impression d’être dans une cellule que la lumière du jour n’éclairait jamais5.

c. Vincent, Frankenweenie et Hansel & Gretel

Après cette période difficile, il finit pourtant par obtenir le soutien de Julie Hickson et Tom Wilhite, respectivement productrice exécutive et responsable du développement créatif chez Disney.
Ils réussissent à débloquer eux-même, de manière plus ou moins subversive, les fonds (60 000 $) qui permettent à Tim Burton de réaliser un petit bijou d’animation basé sur un poème qu’il voulait à la base éditer en livre : Vincent.

Ce film en stop-motion met en scène un enfant, Vincent Malloy, partagé entre sa vraie vie de petit garçon (à laquelle lui rappelle à plusieurs reprises sa mère) et son identification à Vincent Price, le héros de Tim Burton.

Une voix off, celle de l’acteur lui-même que Burton arrivera à associer au projet, récite sur les images le poème écrit par Tim sur un ton proche des textes d’Edgar Allan Poe, dont il emprunte une citation, en clôture le court-métrage.
Tim Burton devient un ami de Vincent Price et lui confiera plusieurs rôles, de même qu’il commença un documentaire -jamais terminé- sur lui, Conversations with Vincent.

J’ai toujours gardé contact avec lui [Vincent Price], même de façon relâchée (…) Il faisait partie de cette génération de gens avec qui on reste toujours connecté même s’il arrive qu’on ne se voit pas régulièrement. (…) Il était très encourageant. J’avais toujours l’impression qu’il comprenait exactement le propos du film, peut-être même plus que moi (…). Il en comprenait la psychologie sous-jacente6.

Parmi les 3 collaborateurs à la réalisation du film, notons la présence de Rick Heinrich qui reste l’un des “fidèles” de Tim Burton tout au long de sa carrière et qui participe de manière très importante dans la définition de son style visuel.

Toujours pour le compte de Disney, en 1984, il tourne son premier film “live”, Frankenweenie, toujours produit par Julie Hickson.
Ce moyen-métrage est une variation du film Frankenstein où un enfant joue les apprentis sorciers en faisant ressusciter son chien après que celui-ci se soit fait renversé par une voiture.
Il dirige Shelley Duvall (Shining) et la toute jeune Sofia Coppola (dans un rôle secondaire).

Néanmoins, ces deux essais -réussis-, trop atypiques par rapport à la ligne rigide du studio qui se cherche encore peu de temps après la mort de Walt, sont relégués au fond des tiroirs de Disney et ne connaîssent qu’une diffusion marginale (Vincent devait initialement être projeté en première partie de Pinocchio, projet vite abandonné par les grands pontes Disney), entre autres dans des festivals d’animation dont celui de Bruxelles en 1984.
Burton y reçoit un très bon accueil et se dira plus tard redevable à la Belgique à ce titre.
Frankenweenie lui aussi récompensé, se voit également condamné après avoir été classé “PG” (interdit aux moins de 12 ans) par la censure.
Burton, pour qui le film est précisément une histoire adaptée aux enfants ne digère pas le choc.

Dans la foulée de Vincent et Frankenweenie, il réalise également avec 166 000$ Hansel & Gretel, adaptation “kung fu” (où les héros sont joués par deux asiatiques) du conte des frères Grimm qui est diffusé une nuit d’Halloween sur Disney Channel, remportant un succès public mitigé malgré une véritable inventivité graphique dans laquelle il est possible de retrouver tout le goût sucré qui fera la caractéristique de Charlie et la Chocolaterie.

C’est également chez Disney que Tim Burton jette les premières bases d’une histoire se déroulant à “Halloweenland” et mettant en scène un certain Jack Skellington… Mais ceci est pour plus tard !

Malgré le peu de diffusion de ses productions, la période Disney est donc pour Burton une époque d’ébullition créative. Son style se définit de manière et forte et de nombreux projets naissent dans son esprit, dont certains sont abandonnés comme Trick or Treat ou Romeo & Juliet pour lesquels nous ne conservons aujourd’hui que quelques dessins préparatoires.

C) Bye Bye Mickey !

Las qu’on lui reconnaisse ouvertement son talent mais qu’on se refuse à l’exploiter en raison d’une ligne politique et artistique “trop sage”, il claque la porte des studios en 1984 et en garde depuis un souvenir amer.
Ce qui ne l’empêche pas d’entretenir avec eux une relation étroite et ambigüe, sorte de “je t’aime – moi non plus” : comme l’explique très bien Mathieu-Alexandre Jacques dans “L’énonciation de l’interdit – ou comment Tim Burton a dynamité de l’intérieur les formations imaginaires proposées par Disney“, le réalisateur intègre en effet très bien le “monde de Disney”, qui figure chez lui une présence spectrale, sorte d’ombre dont le créateur de Batman ne semble pouvoir s’émanciper totalement.
Il connaît parfaitement la “grammaire” du studio, et partage certaines de ses thématiques (le merveilleux, par exemple), mais qu’il aborde sous un tout autre angle.
Le manichéisme Disneyien n’existe par contre pas chez Tim Burton, qui préfère mettre en scène des personnages à la psychologie plus complexe, qui ne sont ni tout à fait bons, ni tout à fait méchants (sa Catwoman est une incarnation parfaite de cette affirmation).

III. Premières réalisations

Vincent et Frankenweenie attirent l’attention de l’industrie du cinéma, et Tim Burton est approché par Griffin Dunne pour réaliser After Hours.
Martin Scorsese, qui est à l’époque en stand-by alors qu’il essaie de réunir les fonds pour sa Dernière Tentation du Christ, se montre également intéressé par le projet.
Burton, fair-play, et ne faisant pas le poids dans les studios face à un réalisateur confirmé, lui cède le passage.

A) Pee Wee’s Big Adventure, The Jar & Aladdin

Il dirige par la suite un petit téléfilm, Aladdin and his Wonderful Lamp, adaptation du célèbre conte des 1001 nuits pour le Faerie Tale Theatre.
L’hôtesse de ce show n’est autre que Shelley Duvall, qui fut précédemment dirigée par Burton dans Frankenweenie.
Cette réalisation est mineure dans sa filmographie, disposant de faibles budgets et de délais assez courts. Tim Burton comprends, en le réalisant, qu’il a du mal à s’approprier un matériau duquel il ne se sent pas proche, et cela sera désormais un critère primordial dans ses choix de réalisateur.
Cependant, Aladdin… comporte quelques séquences où l’empreinte de Tim Burton est clairement visible, notamment celle, magnifique, de la caverne aux merveilles, expressionniste à souhait !

Aladdin and his Wonderful Lamp

Peu de temps après, c’est Paul Reubens, animateur d’une émission télé pour enfants, qui vient trouver Burton pour réaliser une adaptation de son Pee Wee Herman Show.
Tim Burton accepte le pari et s’entoure d’une bonne équipe technique : Pee Wee’s Big Adventure est sur les rails.
C’est la première fois qu’il a affaire avec un gros studio hollywoodien, en l’occurrence la Warner Bros.

Pour la musique du film, il fait appel au chanteur du groupe Oingo Boingo, Danny Elfman, qu’il avait déjà vu en concert alors qu’il était étudiant.
Bien que peu sûr de lui du fait de son absence de formation musicale “traditionnelle”, Elfman se révélera être un compositeur de bandes originales particulièrement prolifique, autant pour Tim Burton que sur d’autres films ou séries télé.

Warner Bros. était prêt à prendre des risques sur Pee Wee’s Big Adventure, parce que le budget du film était minuscule. Ils ont parié sur moi. Ils ont parié sur Danny. (…) Quand je l’ai entendue jouée [la musique] par un orchestre, ça a été un choc. Ça a été une des expériences les plus mémorables de mon existence. C’était la première fois que la musique était un personnage à part entière d’un de mes films7.

Il débute ainsi avec Elfman l’un de ces grands couples réalisateur/compositeur tels que Hitchcock/Herrmann, Fellini/Rota ou Spielberg/Williams et dévoile au grand public et au monde du cinéma celui qui est amené à devenir l’un des grands compositeurs des années 1990-2000.

Burton déclare avoir été très en phase avec Pee Wee’s Big Adventure, affectionnant l’univers de Pee Wee l’homme-enfant, son imagerie… et le fait que sa préoccupation majeure ne soit pas de sauver le monde, mais de… retrouver sa bicyclette.
Bien que le film soit une commande, il arrive à insuffler dedans sa touche personnelle et à relever des thématiques qui lui sont chères.
Sa complicité avec Paul Reubens fut très importante pour le bon déroulement du projet :

Si Paul et moi n’avions pas eu les mêmes goûts, ou n’avions pas été en osmose, ça aurait été un véritable cauchemar, d’autant plus qu’à cette époque de ma vie j’avais du mal à communiquer. J’aurais même été viré, car la star c’était lui8.

Le film n’est certes pas pas un chef-d’œuvre, même s’il reste très plaisant, et est un succès au box-office (rapportant 40 000 000 $ soit 7 fois son investissement de départ) accréditant ainsi Tim Burton en tant que réalisateur de long-métrages, malgré une critique partagée et même parfois méchante.

Il y a [dans l’industrie du cinéma] tellement de forces qui peuvent te démolir – les critiques, le box-office et le film lui-même – que ça t’oblige à garder une certaine humilité, à garder les pieds sur terre9.

Il fait enfin un dernier retour vers le monde de la télévision en réalisant un épisode pour la série Alfred Hitchcock Presents. Il s’agit de The Jar, un remake d’un épisode de la série des années 1960 Alfred Hitchcock Hour. Dernier petit projet avant la véritable entrée dans la cour des grands… Car Beetlejuice s’annonce…

IV. Tim Burton fait une entrée fracassante dans la cour des grands

Les deux projets suivant de Tim Burton vont assoir le réalisateur à Hollywood, le montrant capable de transformer les projets difficiles en succès mondiaux.

Côté vie privée, sa relation avec Julie Hickson, de qui il était très proche chez Disney avant que leur relation n’évolue en idylle, prend fin peu après la sortie de Pee Wee. Cela aurait marqué un tournant important dans sa vie (d’après Vanity Fair).

A) Beetlejuice

Après avoir refusé une série de mauvais scripts, Burton tombe sur celui de Beetlejuice, une comédie macabre d’après une histoire de Michael McDowell et Larry Wilson.
Tim Burton le remanie de manière à y exploiter fortement le potentiel comique ainsi que les personnages de Betelgeuse et de Lydia, qui devaient originellement occuper une moindre place.
En effet, le film d’origine devait à la base s’appeler The Maitlands et être réalisé par le maître du film d’horreur, Wes Craven (Nightmare on Elm Street, Scream).
Beetlejuice marque également la rencontre de Tim Burton avec Michael Keaton (Betelgeuse) et Winona Ryder (Lydia), à qui il confiera par la suite d’autres rôles en or.
Il y dirige également Catherine O’Hara, Jeffrey Jones et Glenn Shadix, acteurs récurrents de sa filmographie.

Beetlejuice est aussi l’occasion pour Burton, pour la première fois, de diriger de manière quasi complète un projet sans être sous surveillance permanente des studios. Le ton jubilatoire du film s’en ressent de même que la force graphique très marquée qui s’en dégage, définissant de manière forte une identité visuelle burtonienne.

B) Batman

En 1979, la Warner avait acquis les droits d’adaptation du comics de Bob Kane, Batman.
Tim Burton, toujours sous contrat dans le studio, incarne à leurs yeux la personne qui saura sublimer ce personnage mythique de la culture américaine, passant devant Joe Dante (Gremlins) et d’autres réalisateurs approchés dans un premier temps.
Il avait en effet été décidé que le projet lui serait cédé s’il répétait un deuxième succès au box-office après Pee Wee, condition remplie avec la réussite de Beetlejuice.
Si Batman est une réussite aussi bien sur le plan artistique que commercial, c’est également le premier film d’une longue série dans laquelle Tim Burton est confronté à des problèmes de divergences d’opinions face aux studios.
Ici, la Warner, appuyée par des milliers de lettres de fans mécontents, remet en cause le choix de faire endosser le costume de la chauve-souris à Michael Keaton.
L’acteur est en effet à l’époque fiché “comique” et dispose en outre d’un physique assez standard.
Ce dernier aspect est, selon Burton, primordial : pour lui, Batman n’est pas un super-héros au sens propre du terme (c’est-à-dire possédant des super-pouvoirs), mais un homme ordinaire (avec un physique ordinaire, donc) qui endosse un costume de justicier.
En outre, Tim Burton s’éloigne fortement du Batman kitsch et lisse des adaptations existantes (la célèbre série télé des années 60 avec Adam West) et propose un personnage très sombre et tourmenté, en cela beaucoup plus proche du comics original et surtout des travaux de Frank Miller et Alan Moore des années 80.
Il fallut même, pour calmer les ardeurs des fans, diffuser une première bande-annonce montée à partir des rushes et prouvant la qualité du travail accompli.
En dépit de tout cela, le film fut le seul de toutes les adaptations de Batman, exception faite de The Dark Knight de Christopher Nolan, à gagner un Oscar, remis à Anton Furst pour les décors.

Les campagnes de marketing et de merchandising associées à la sortie du film furent également d’une ampleur encore inédite à l’époque, et le film rapporta plus de 10 fois son investissement initial de 40 millions de dollars, devenant l’un des plus gros hits de tous les temps au box-office.
Batman eut également une influence importante sur les autres films de super-héros à venir, inaugurant une mode des héros tourmentés, sombres, évoluant dans un environnement expressionniste, qui dure encore aujourd’hui.

V. Les débuts des années 90 : 3 films, 3 succès

Fort de ces énormes succès, Burton entre dans les années 90 fraîchement marié (le 24 février 1989) avec l’artiste allemande Lena Gieseke et en ayant gagné la confiance du public et des studios. Il se tourne dès lors vers des films plus personnels et aux budgets moindres, considérés par beaucoup comme ses meilleurs.

A) Edward Scissorhands

A commencer par Edward Aux Mains D’Argent, un conte merveilleux co-écrit avec Caroline Thompson d’après une idée originale de Tim Burton.
L’histoire, comme beaucoup d’autres parmi ses films, comporte une dimension fortement autobiographique.

Les influences principales du scénario proviennent de Frankenstein, La Belle Et La Bête, Le Fantôme De L’Opéra et enfin de Der Struwwelpeter, un conte allemand du 19ème siècle traitant du fait de bien se comporter et où un enfant refuse, par exemple, de se laver ou… de se couper les ongles.

La Warner, qui avait produit les 3 films précédents de Burton, se montre peu intéressée et c’est donc vers la Fox que Burton se tourne, sous condition d’avoir le champ entièrement libre pour son film.
Pour l’acteur principal, le studio propose un acteur très en vogue à l’époque, Tom Cruise.
Burton, peu emballé, accepte de le rencontrer mais jettera finalement son dévolu sur celui qui, à l’époque, était surtout connu pour son rôle de playboy dans la série teenage 21 Jump Street : Johnny Depp.
Leur rencontre, racontée par Depp dans la préface du livre Burton on Burton de Mark Salisbury, provoque des étincelles.
Le beau gosse de la télé incarne un Edward tout en finesse, et devient l’ami de Burton, son complice et son alter ego à l’écran ; par la même occasion Edward aux Mains d’Argent propulse Depp au cinéma vers la carrière qu’on lui connaît.

C’est également l’occasion pour Burton de faire tourner pour son dernier rôle aboutit au cinéma Vincent Price à qui, dans un élan d’admiration personnelle, il confie le personnage de l’inventeur.

Les costumes, qui ont dans ce film une importance toute particulière, sont réalisés par Colleen Atwood qui devient également une « régulière » de Tim Burton.

Le film frappe les esprits de par sa poésie, sa musique et sa beauté visuelle; et est considéré par beaucoup comme le chef-d’oeuvre de Tim Burton.

B) Batman Returns

En 1991, la Warner rappelle Burton pour réaliser la suite de Batman.
Après d’âpres discussions, Tim Burton accepte, en échange d’une lourde contrepartie financière et à la condition qu’il ait un contrôle total (ce qui est bien sûr relatif) sur le film, ceci afin d’éviter que le studio ne se mêle de son travail comme il l’avait fait sur le premier Batman, que Burton considère avec du recul comme son film le moins personnel et dont l’expérience de tournage l’avait conduit au bord de la dépression.

Bien que la Warner ait accepté la condition de Burton, ils ne cessent de lui tirer dans les pattes : son intérêt pour Batman Returns va en effet de pair avec l’introduction de nouveaux « méchants » : Selina Kyle alias Catwoman (Michelle Pfeiffer), et Oswald Cobblepot, le formidable pingouin incarné par Danny DeVito.
Ces deux personnages sont mis, à titre d’importance, sur le même pied que Batman, voire même en avant par rapport au héros du film, ce qui ne va pas sans chambouler la conception héroïque du film envisagée par les studios. L’opposition bien/mal est encore moins perceptible, et la moralité des personnages est toute relative.
En outre, le film est bien plus personnel et encore plus sombre que le premier opus.
Catwoman est affublée d’un caractère très « sexuel », ce qui dérangera bon nombre de personnes, qui arguent que le film ne convient pas à un public d’enfants.
La chaîne McDonalds, poussé dans le dos par des associations de parents, va même jusqu’à annuler son partenariat marketing avec la Warner pour ce film.

Véritable explosion visuelle, lectures à plusieurs niveaux, c’est une réussite totale. Certaines scènes sont tout bonnement époustouflantes, comme la scène de défenestration de Catwoman par Max Shreck, sa transformation, ou encore la scène du bal où Batman et Catwoman, les ennemis masqués, se rendent compte de leur identité respective alors qu’ils sont en train de danser.
La partition d’Elfman, elle aussi, est un petit bijou.

Batman Returns fut cependant le film le plus dur à tourner pour Burton : 24 semaines éprouvantes que Tim Burton qualifiera plus tard de « cauchemar ».
Période qui plus est assombrie par le suicide de son ami Anton Furst (décorateur sur Batman – le premier opus), dont le magazine people Vanity Fair le rend responsable dans un article outrageux.
Le réalisateur traverse une phase de dépression, dans laquelle sa remise en cause est totale puisqu’il songe à arrêter la réalisation pour ne plus se consacrer qu’à la peinture.

Le film, plus critiqué que le premier, n’est pas un aussi gros succès au box-office mais s’en sort tout de même très bien. Ces deux éléments verront la Warner s’interroger sur la suite de l’histoire à l’écran de l’homme chauve-souris.
Ils décideront d’engager Joel Schumacher pour deux suites, Batman Forever (1995) puis Batman & Robin (1997).
Tim Burton garde un oeil sur Batman Forever (un titre qu’il qualifie de « tatouage que l’on se serait fait sous l’usage de drogues10 ») puisqu’il reste au générique en tant que producteur exécutif mais se désintéresse totalement de Batman & Robin qu’il affirme même n’avoir jamais eu le courage de voir11.

C) Lisa Marie

Peu après Batman Returns, Lena Gieseke et Tim Burton divorcent.
À partir de la Saint-Valentin 1992, Il sort avec Lisa Marie, une ancienne mannequin avec qui il a eu un coup de foudre dans un night-club la nuit de nouvel an 1991.
Elle apporte beaucoup de choses à Tim Burton, et Henry Selick aurait même déclaré qu’elle lui sauva en quelque sorte la vie alors qu’il s’apprêtait à « suivre Anton Furst » (son ami et décorateur sur Batman qui s’était suicidé en novembre 1991).
Tim Burton reste 9 ans avec sa nouvelle compagne. Elle fut pour lui une source d’inspiration, en particulier pour The Melancholy Death of Oyster Boy and Other Stories, qui lui est dédicacé.

Il y a beaucoup de Lisa Marie dans ces nouvelles. Elle m’apporte beaucoup12.

Véritable muse du réalisateur, Lisa Marie eut des secondes rôles dans 4 longs-métrages de Tim Burton. Le plus mémorable restant sans doute celui de la femme martienne dans Mars Attacks!. Elle fut également l’objet d’une inspiration artistique soutenue, étant le modèle de nombre de ses photos ou peintures.

D) Tim Burton’s Nightmare Before Christmas

En 1982, alors qu’il était chez Disney, Tim Burton avait écrit un poème narrant les (més)aventures de Jack Skellington, roi du pays d’Halloween.
Las de semer la terreur, il découvrait au hasard d’une promenade le pays merveilleux de Noël et tentait par la suite de le fêter à sa façon…
Inspiré par le style du Dr. Seuss et en particulier de son How the Grinch stole Christmas, le projet est -à nouveau- jugé trop noir par Disney, et Tim Burton manque de moyens pour le lancer. Il restera donc dans dans les cartons.

1990. Maintenant que la donne a changé pour Tim Burton, il décide de monter le projet.
Bien que les droits appartiennent à Disney, il arrive à les convaincre de financer son film. Son film ? Pas entièrement, puisque c’est Henry Selick qui le réalisera.
Tim Burton est en effet trop occupé à s’emmêler les pinceaux sur Batman Returns et considère qu’il n’a pas l’expérience technique en stop-motion pour assurer la supervision de l’ensemble du projet ; mais L’Etrange Noël de Mr Jack reste son projet, avec son histoire, ses personnages et son univers visuel.
Surtout, il rappelle à nouveau Danny Elfman pour s’occuper de la musique, qui a ici une importance toute particulière puisque Nightmare Before Christmas prend la tournure d’un film musical. L’élaboration du long métrage se fait donc dès l’écriture en étroite collaboration avec le compositeur.

Le film est donc bien le produit de trois hommes : Burton, Elfman et Selick qui se partagent à part égale les mérites du rendu final.
Caroline Thompson rejoint également le projet, avec qui Burton monte Skellington Prod (renommé en Twitching Images dès 1994) pour s’occuper de la production du film.

Véritable défi technique, 14 animateurs y travaillent simultanément 12 heures par jour et 6 jours semaine pendant plus de 2 ans.
Ils ne produisent « que » (dans le domaine de l’animation, c’est relatif) 60 secondes d’animation par semaine, jonglant avec plusieurs dizaines de poupées ayant chacune de nombreuses têtes interchangeables (180 pour Jack) à animer dans des décors somptueux traversés, qui plus est, par des mouvements de caméra compliqués calculés par ordinateur.

Le film n’a coûté que 50 millions de dollars et remporte un grand succès, qui sera plus tardif en Belgique et en France.
Il est encore aujourd’hui objet d’un véritable culte, et un tas de produits dérivés on fait leur apparition.

En 2006, Disney travaille en collaboration avec ILM pour remasteriser le film en relief. Pour l’occasion, la bande originale est rééditée, accompagnée d’un 2ème CD sur lesquel des artistes connus (dont Marilyn Manson) reprennent certains titres d’Elfman.

VI. Tim Burton inquiète Hollywood

A) Cabin Boy et Mary Reilly

Dans la foulée de L’Étrange Noël, Tim Burton et Denise Di Novi produisent pour Disney le Cabin Boy de Adam Resnick, un hommage bizarre à la série des Simbad.

Le film est un échec critique et public, bien qu’il retrouva un succès modeste lors de sa sortie en VHS, avec lequel il devint l’objet d’un certain culte.

Il enchaîne sur Mary Reilly, une adaptation de Dr Jekyll et Mr Hyde pour laquelle Winona Ryder est pressentie comme actrice principale.
La Columbia met directement la pression sur Tim Burton en essayant de troquer Winona contre Julia Roberts et en le menaçant de ne pas travailler assez vite : « il y a cinq autres réalisateurs qui veulent faire ce film ».
Tim Burton comprend vite que l’entente sera à nouveau difficile entre lui et les studios, et abandonne le projet. Ce dernier sera finalement repris par Stephen Frears, avec… Julia Roberts.

B) Ed Wood

Durablement marqué par les films de son enfance, Tim Burton décide, en parallèle avec Mary Reilly, de développer un film moins « lourd » que ce qu’il avait fait pour l’instant à Hollywood: Ed Wood.
Le film est un biopic, hommage à Edward Davis Wood Jr., souvent qualifié de « pire réalisateur de tous les temps ».
Burton devait dans un premier temps seulement le produire, mais, séduit, décide rapidement d’en assumer la réalisation d’après un script de Scott Alexander et Larry Karaszewski.
Il exige un contrôle artistique complet sur le film, et plusieurs studios se succèdent pour produire le projet, avant que Disney, au travers de leur filiale Touchstone, lui garantisse cet aspect.
Disney ? Le studio essaie en effet de s’impliquer à l’époque dans des projets qui pourraient aider à retrouver sa gloire perdue.
Le budget est peu élevé, les acteurs sont payés très modestement, et Tim Burton décide de le tourner en noir et blanc.

Bien que le film soit d’origine biographique, quelques éléments inventés y sont glissés, comme par exemple la rencontre de Wood avec Orson Welles (réalisateur de Citizen Kane), surnommé quant à lui « le meilleur réalisateur de tous les temps ».

Ed Wood est incarné par Johnny Depp, et c’est Martin Landau qui se glisse dans la peau de Bela Lugosi, l’acteur fétiche/héroïnomane de l’excentrique réalisateur. Il remporte un Oscar du meilleur second rôle pour cette prestation.
Il est très probable que l’intérêt de Burton pour ce film et sa mise en avant de la relation Wood/Lugosi ait un rapport avec son histoire personnelle avec Vincent Price, mort peu auparavant.
Une fois n’est pas coutume, c’est non pas Danny Elfman (ils s’étaient querellés sur l’Étrange Noël) qui compose la musique mais Howard Shore, écrivant une musique assez proche de ce que le compositeur attitré de Burton aurait pu faire.
Le film offre un aperçu de la polyvalence de Tim Burton que l’on croit souvent -à tort- incapable de faire autre chose que des films « gothiques ».
Ce est un succès critique mais un échec commercial, seul film de Tim Burton à avoir fait un chiffre d’affaire inférieur à son budget de départ.

C) James and the Giant Peach

Toujours avec Denise Di Novi, Burton produisent à nouveau un film ensemble : James and the Giant Peach, sorti en 1996.
Le film est un mélange de live et d’animation, réalisé par Henry Selick (l’Étrange Noël de Mr Jack).
La production de ce film témoigne de l’intérêt qu’a Burton pour Roald Dahl (et son illustrateur fétiche Quentin Blake), intérêt qui sera renouvelé plus tard avec la réalisation de Charlie et la Chocolaterie.

D) Mars Attacks!

Jonathan Gems, qui est un collaborateur régulier de Burton depuis Batman, tomba un jour sur un jeu de cartes collector Mars Attacks! (série de cartes à collectionner que la société Bubbles Inc. avait lancée en 1962 – vous pouvez les voir dans la section dédiée au film) et les présente à Tim Burton.
Séduit par la trouvaille alors qu’il travaille à l’époque sur un film dédié à Catwoman, il le rappelle quelques mois plus tard pour lui demander d’écrire un scénario basé sur l’univers du jeu de cartes.
Burton se pose à l’époque beaucoup de questions sur l’évolution politique du monde et en particulier de l’Amérique, et aime la dimension critique que le film peut apporter à cet égard.
Ils décident de s’inspirer en grande partie de tous les films d’invasions des années 50.

Le budget de Gems et de Burton doit être revu plusieurs fois à la baisse (280 millions de dollars au départ, réduits à environ 75), et les martiens sont animés en image de synthèse par ILM en utilisant la technique de la motion capture alors qu’il avait un temps été envisagé d’utiliser le stop-motion, trop long à mettre en oeuvre et moins indispensable sur ce film.
Le casting comporte une série impressionnante de stars reconnues dont Jack Nicholson, Glenn Close, Pierce Brosnan, Annette Bening, Danny DeVito, Michael J. Fox, Natalie Portman, Lukas Haas, Sarah Jessica Parker et Tom Jones…).
Le film, qui sort en 1996, est cependant très mal accueilli par une Amérique souvent trop patriotique et pudique, tandis qu’il connaît un assez grand succès international, en particulier en Europe où la critique décalée du réalisateur à l’égard de son propre pays amuse beaucoup.

Comble du hasard, Independance Day sort quasiment au même moment, avec une vision tout à fait… différente du problème.

E) Superman Lives: Un projet avorté

La Warner contacte Burton en 1997 pour réaliser un cinquième volet de sa série Superman, Superman Lives (Superman est toujours vivant) d’après un scénario de Kevin Smith et avec Nicolas Cage dans la peau de l’homme au costume moulant.
Burton démarre au quart de tour et la phase de développement du film démarre, avec Elfman pressenti pour la musique.

Sa première décision artistique est de se débarasser du script de Smith, qu’il juge trop complexe, et de le confier à Wesley Strick, scénariste qui avait participé à l’écriture de Batman Returns.
En travers de la route de Clark Kent, c’est semble-t-il Jack Nicholson qui aurait été pressenti pour le rôle de Lex Luthor.

Après un an de développement (dont les frais sont estimés à 20 millions de dollars), la construction des décors débute en Pennsylvanie, sous la direction artistique de Rick Heinrich.
Il ne faudra pas six semaines à Terry Sernel, président adjoint de la Warner, pour virer le nouveau scénariste et interrompre la pré-production.
Le studio cherche à limiter le budget du film et à ré-imposer Smith en tant que scénariste, avant d’en changer une nouvelle fois pour Dan Gilroy.

Entre temps, Danny Elfman quitte le projet et la Warner pousse Nicolas Cage à en faire de même (il aurait reçu 17 millions de dollars pour « claquer » la porte).

Octobre 1998. Les tensions entre la Warner, Jon Peters (le producteur au caractère autocratique avec lequel Burton avait déjà dû composer sur Batman) et Tim Burton sont trop fortes.
Sur Internet, les esprits des fans s’échauffent. Tim Burton est remercié, tandis que Nicolas Cage est rappelé.
La Warner continue à faire défiler les candidats aux divers postes du film, avant que le projet soit définitivement abandonné après le départ de Cage en 2000.

Burton sort du projet dévasté, dégouté par les studios et sans aucun entrain pour se lancer dans de nouveaux projets solides. Ce n’est que grâce à deux créations concrète qu’il parvient à exorciser l’échec cuisant que fut pour lui Superman Lives.

VII. Tim Burton Lives: la renaissance

A) The Melancholy Death of Oyster Boy and Other Stories

a. Un recueil de poèmes

En 1997, Tim Burton sort un recueil de poésie surprenant : The Melancholy Death of Oyster Boy and Other Stories (La Triste Fin du Petit Enfant Huître et Autres Histoires), qu’il dédie à Lisa Marie.

Le réalisateur y accouche d’une famille d’enfants solitaires, étranges, différents: le garçon avec des clous dans les yeux, la reine tête d’épingle, Ludovic l’enfant toxique et bien d’autres y vivent des histoires bizarres, emmenés par le petit enfant huître comme chef de file.

L’un des personnages résonne étrangement avec le dernier projet avorté de Tim Burton : Stain Boy -l’enfant tache-, qui salit tout ce qu’il touche, malgré le fait qu’il arbore fièrement un S sur sa cape…

Stain Boy est un de mes personnages préférés, et, d’une certaine manière, il était représentatif de tout l’épisode Superman. Si quelqu’un souhaite avoir une idée de ce que j’ai ressenti durant l’année Superman, il suffit de lire ces deux nouvelles pour en avoir une parfaite description. Heureusement que je rédigeais ce recueil à ce moment-là ; il m’a servi d’exutoire13.

Le livre sort en France aux éditions 10/18 dans un format bilingue anglais-français, pour fêter le 3000ème livre de la maison d’édition.
Depuis quelques années, un merchandising important (les Tragic Toys) basé sur les personnages du recueil, a fait son apparition.

b. Stainboy salit la toile !

En 2000, l’une des premières séries de courts-métrages en flash fait son apparition sur le web : Stainboy, qui met en scène l’enfant tache (orthographié dans le livre Stain Boy) dans 6 petits courts-métrages (que vous pouvez visionner dans la rubrique concernée du site).

Tim Burton sort les grands moyens, ce qui était encore inédit dans les films web de l’époque : la musique est en effet signée Danny Elfman, et le casting voix n’a rien à envier au cinéma : Lisa Marie et Glenn Shadix sont en effet de la partie.

La réalisation est confiée au studio Flinch qui tente de surmonter les obstacles techniques pour respecter le style graphique particulier de Burton.

A l’époque, on pouvait lire dans un article de la Libre Belgique : « Quand l’Internet permet des choses aussi abouties, on a envie de croire en ses possibilités et en son avenir. »
Prémonitoire ?

B) Sleepy Hollow

1998. Les producteurs Scott Rudin et Adam Schroeder viennent trouver Tim Burton avec un script d’Andrew Kevin Walker, Sleepy Hollow, tiré de la nouvelle éponyme de Washington Irving.

Fraîchement débouté de Superman Lives, celui-ci accueille le projet comme une bouffée d’air frais, motivé en plus par le fait qu’il n’avait encore jamais réalisé de films d’épouvante, le genre qu’il affectionne pourtant le plus. Là encore, le film est vécu comme un véritable exutoire pour Burton. Les victimes du cavalier représentant les producteurs que Burton rêvait de décapiter suite à l’échec de Superman.

Après avoir cherché plusieurs endroits dans lesquels le tournage pourrait avoir lieu, son équipe en arrive à la conclusion que l’idéal serait de construire tous les décors, pratique qui était d’ailleurs la plus répandue chez les réalisateurs de films d’horreur que Burton affectionnait tant enfant (Roger Corman, Mario Bava, les films de la Hammer).
99 % des scènes du film sont donc tournées dans des décors construits (dans les studios de Pinewood, en Angleterre), ce qui permet à Burton et aux décorateurs, dirigés par le fidèle Rick Heinrichs, de façonner les moindres détails visuels comme ils l’avaient imaginé. Cela contribua à donner à l’atmosphère visuelle du film une teinte très particulière, empreinte d’expressionnisme et d’étrangeté, entre monde réel et fantasmagorie.

Côté technique, le réalisateur tente de réaliser le maximum d’effets possibles directement sur le plateau, une démarche aux antipodes de Mars Attacks! : il utilise par exemple beaucoup la perspective forcée, un effet optique régulièrement utilisé dans les vieux films et particulièrement remis au goût du jour dans le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. Il l’utilisera également pour les scènes du géant dans Big Fish.
Il rappelle également bon nombre de ses fidèles dont Chris Lebenzon (montage), Rick Heinrich (direction artistique), et bien sûr Danny Elfman (musique), pour une partition inquiétante.

Pour le casting, il retrouve son acteur fétiche Johnny Depp pour le rôle principal d’Ichabod Crane, ainsi que Christopher Walken (le Max Shreck de Batman) pour endosser la cape du cavalier sans tête, Jeffrey Jones (Beetlejuice, Ed Wood) et Martin Landau (Ed Wood). La petite nouvelle n’est autre que Christina Ricci (La Famille Addams, Buffalo ’66), que Burton s’amuse beaucoup à teindre en blonde pour le rôle de Katrina Van Tassel.

Le film reçoit un très bon accueil général et semble ramener Tim Burton au “top”.

VIII. Les années 2000 : un nouveau Tim Burton ?

A) La Planète des Singes, le retour dans l’enfer des studios

En mars 2000, Tim Burton se met pour la première fois de sa carrière professionnelle aux commandes d’une publicité pour la marque de montre Timex. Il tourne à cette occasion deux courts spots qui sont diffusés dans les cinémas. Cependant, bien que ces publicités soient plutôt réussies, Burton en garde un souvenir plutôt amer, comparant la place du produit à la supervision d’un studio14.

Le projet suivant de Burton est cependant bien plus ambitieux que de simples publicités ! Il s’agit en effet de mettre sur les rails un remake du film culte de 1968 La Planète des Singes. Le film était en projet par la Fox depuis près de dix ans avant que Burton ne soit directement impliqué.A peine Burton a-t-il signé, en 2000, que le responsable de la Fox programme une sortie pour l’été 2001.

C’est le début pour Burton de la production d’un film difficile. Tout d’abord, le projet en lui-même n’était pas sans enjeu. Plus encore que pour Batman, la comparaison avec une œuvre préexistante avait sa place, rendant chaque décision délicate. De plus, autre point commun avec Batman, le scénario initial se révèle bien trop cher à mettre en scène et un nouveau scénario doit être écrit alors même que les décors ont déjà été construits.

Burton garde une grande amertume de la manière dont les studios supervisaient le film : chacun de ses actes était scruté de près afin qu’il ne dépasse pas le budget établi. Pire encore, de nombreuses concessions durent être faites afin de pouvoir faire des économies. Burton, l’esprit pris par les nécessités matérielles ne parvient pas à s’impliquer totalement dans le film et effectue le tournage de manière assez mécanique, sans vraiment y prendre part.

Pourtant, Burton tire de ce tournage un maximum de positif. Point important, il s’agit là de sa première collaboration avec le producteur Richard D. Zanuck, lequel est particulièrement apprécié par Burton et est appelé à travailler de manière récurrente avec lui. De plus, Burton profite d’un casting qu’il juge particulièrement formidable. Il réalise notamment son vieux rêve de tourner avec Charlton Heston, le héros du film original.

Le film est un succès au box-office, mais les retours critiques sont de manière générale assez mauvais, surtout chez ceux qui jusqu’ici appréciaient le travail de Burton. Le film est jugé désincarné et impersonnel. Pourtant, a posteriori, bien qu’il concède que le film n’est pas ce qu’il aurait voulu qu’il soit faute de budget, Burton garde une tendresse forte pour La Planète des Singes, projet qu’il avait pris particulièrement à cœur et dans lequel il n’a pas vraiment réussi à s’investir.

Ca fait un moment que je ne l’ai pas revu, mais j’imagine que d’ici quelques années, quand je le reverrai, il y aura quelques éléments auxquels je serai très attaché et que je trouverai très intéressants. Si je me replonge émotionnellement dedans, je peux dire que je ressens pour lui un sentiment aussi fort que pour n’importe quoi d’autre que j’ai pu faire15.

B) Une nouvelle muse : Helena Bonham Carter

Peu après le tournage, Burton rompt avec Lisa Marie, sa muse de longue date et quitte l’Amérique pour s’installer à Londres, ville qui l’attire fortement depuis qu’il y a tourné Batman. Il se remet cependant rapidement en couple avec l’actrice Helena Bonham-Carter, rencontrée sur le tournage de La Planète des Singes.

Peu à peu, Helena Bonham-Carter prend une place de plus en plus importante dans sa vie. D’un point de vue personnel tout d’abord, puisqu’il emménage avec elle à Londres (dans deux maisons séparées et reliées par un long couloir, ce qui fait les choux gras des tabloïds soucieux d’entretenir la réputation d’étrangeté de Tim Burton) et qu’ils ont ensemble deux enfants.

Mais surtout, Burton intègre de manière forte sa compagne à son travail de réalisateur. Elle figure ainsi au casting de la quasi-totalité de ses films à partir de Big Fish, devenant ainsi une figure incontournable du répertoire burtonien auquel elle est désormais associée de manière forte.

C) Big Fish, paternité et filiation en question

Lorsqu’en 2003 sort Big Fish, il se révèle être l’un des films les plus personnels de Burton. En effet, il interroge de manière forte des évènements que le réalisateur vient de vivre et les approche d’une manière assez peu commune pour le réalisateur, flirtant par moment avec un certain naturalisme. Le film est centré autour de la relation entre un père mourant et son fils qui ne voit en celui-ci qu’un bonimenteur. Le hasard serait trop gros : de tous les films de Burton, celui où la question de la relation père-fils est la plus importante, se plaçant au centre du récit, est réalisé alors même que Burton vient de perdre son père et de lui-même devenir père. C’est dès lors toute la question de la relation du cinéaste à la mort et à la paternité qui est posée.

En ressort un film qui est pour beaucoup l’une des oeuvres les plus matures de Burton. Si ce point de vue est discutable, il est en revanche certain que Big Fish se construit autour des interrogations de Burton sur son nouveau rôle. Lui-même, conteur d’histoires, saurait-il être autre chose qu’un raconteur ? Quelle est la fonction paternelle, entre garant du confort matériel, image héroïque fantasmée et tendresse bien réelle ? Si le film peut déconcerter, c’est en raison de la rupture tonale vis à vis des autres réalisations de Burton. Mais pas seulement. Nombre de personnes soulignent que Big Fish, sous des dehors gentiment excentriques, révèle une vision conservatrice du monde et de la famille. Burton est à un moment clef de sa vie, un moment de remise en question et d’interrogations sur son rôle. A ce titre, le film n’a donc pas de ligne directrice très claire et est le reflet d’un homme peut-être encore perdu dans sa nouvelle tâche. Quoi qu’il en soit, Big Fish est bien la marque d’une rupture : Burton est devenu père, sa vision du cinéma s’en trouve modifiée de manière sensible.

D) Charlie et la Chocolaterie, pamphlet sur l’éducation

Cette affirmation ne peut qu’être confirmée par la réalisation en 2005 de Charlie et la Chocolaterie. Adaptation d’un livre pour enfants de Roald Dahl, le sujet central de l’oeuvre est avant tout l’éducation. Burton nouveau père ne peut donc y être que sensible. En mettant en scène les enfants terribles gâtés par une éducation moderne, Burton traduit ses inquiétudes… Et confirme une vision assez traditionnelle de la cellule familiale comme base solide de l’épanouissement. Il est bien loin le temps de Mars Attacks ! où la famille était l’objet d’une désillusion douce-amère. Burton, enfin plus posé sentimentalement, une femme aimante et un enfant, se fait moralisateur.

Le personnage de Charlie et sa famille unie et solidaire se retrouve ainsi opposé de manière forte aux enfants détruits par ce que la modernité peut faire de pire : gâtés, à qui on ne dit pas non, gavés de chocolat, de télévision et de trophées, les enfants se font détruire un à un dans un joyeux jeu de massacre musical. La préoccupation de Burton pour la question familiale est telle qu’il ajoute une histoire au personnage de Willy Wonka, faisant de son génie le résultat d’un traumatisme enfantin lié à son père. Et Burton semble fier d’affirmer que, contrairement au chocolatier névrosé, lui n’a plus de problèmes pour prononcer le mot “parents”. En accédant à la paternité, il semble avoir réglé ses comptes. Il en ressort apaisé, certes, mais également révolté face à une certaine vision de l’éducation. Monsieur Burton ne serait-il pas devenu quelque peu conservateur et moralisateur ?

E) Le retour à l’animation : Les Noces Funèbres

IX. Où va Tim Burton ?

A) Horreur chantante et Grand-Guignol : Sweeney Todd

B) Un retour sur une carrière méconnue d’artiste complet : l’exposition Tim Burton

C) L’essai de nouvelles techniques : Alice au Pays des Merveilles

D) Dark Shadows, le retour au gothique ?

E) Le film d’une vie : Frankenweenie

 

  1. SALISBURY Mark, Burton on Burton, Londres, Faber and Faber, 2006 (1ere ed.1995), p. 5 []
  2. SALISBURY Mark, op. cit., p. 10 []
  3. SALISBURY Mark, op. cit., p. 9 []
  4. SALISBURY Mark, op. cit., p. 10 []
  5. SALISBURY Mark, op. cit., p. 12 []
  6. SALISBURY Mark, op. cit., p. 24 []
  7. SALISBURY Mark, op. cit., p. 48 []
  8. SALISBURY Mark, op. cit., p. 43 []
  9. SALISBURY Mark, op. cit., p. 51 []
  10. SALISBURY Mark, op. cit., p. 155 []
  11. SALISBURY Mark, op. cit., p. 154 []
  12. SALISBURY Mark, op. cit., p. 156 []
  13. SALISBURY Mark, op. cit., p. 158 []
  14. SALISBURY Mark, op. cit., p. 184 []
  15. SALISBURY Mark, op. cit., p. 201 []

Corpse Bride

Corpse Bride Logo

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Corpse Bride poster

 

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1. Synopsis

Le jeune Victor Van Dort est un garçon timide et maladroit dont les parents, marchants de poissons arrivistes, viennent d’arranger un mariage avec Victoria Everglot, fille d’une famille aisée secrètement sans le sou.
Très attiré par Victoria et après avoir été humilier par le prêtre, Victor tâche de répéter ses vœux en s’isolant dans les bois. Il y réveillera par erreur le cadavre d’une jeune mariée, la pétillante Emily, bien décidée à emmener son nouveau « mari » dans le monde des morts pour l’éternité. Les ennuis commencent pour Victor, tiraillé entre son amour pour Victoria et ce macabre malentendu.

Bande-annonce :

2. Fiche Technique

  • Titre original : Tim Burton’s Corpse Bride
  • Titre français : Les Noces Funèbres
  • Année : 2005
  • Date de sortie : 23 septembre 2005 (USA), 19 octobre (France)
  • Durée : 76 minutes
  • Genre : Animation, fantastique, romance, comédie musicale
  • Réalisation : Tim Burton & Mike Johnson
  • Scénario : John August, Pamela Pettler & Caroline Thompson
  • Basé sur : un conte Russe
  • Musique : Danny Elfman
  • Producteurs : Tim Burton & Allison Abbate
  • Sociétés de production : Warner Bros. Pictures, Tim Burton Animation Co., Laika Entertainment & Will Vinton Studios
  • Sociétés de distribution : Warner Bros
  • Directeur de la photographie : Pete Kozachik
  • Direction artistique : Nelson Lowry
  • Création des décors : Alex McDowell
  • Décorateur de plateau : Colin Batty
  • Chef animateur : Anthony Scott
  • Montage : Chris Lebenzon & Jonathan Lucas
  • Casting : Michelle Guish
  • Producteurs associés : Tracy Shaw & Derek Frey
  • Producteurs exécutifs : Jeffrey Auerbach & Joe Ranft
  • Lieux de tournage : Angleterre : 3 Mills Studio, Londres – États-Unis : Portland, Oregon
  • Pays d’origine : États-Unis & Royaume-uni
  • Langue : Anglais
  • Format : couleurs – 1,85:1 – DTS-ES / Dolby EX 6.1 / SDDS – 35 mm
  • Public : PG
  • Budget : 40 000 000 $
  • Recettes : USA – 117 195 061 $ / France – 1 401 244 entrées

3. Casting

Voix originales :

  • Victor Van Dort : Johnny Depp
  • Emily, la mariée défunte : Helena Bonham Carter
  • Victoria Everglot : Emily Watson
  • Nell Van Dort / Hildegarde : Tracey Ullman
  • William Van Dort / Mayhew / Paul le serveur : Paul Whitehouse
  • Maudeline Everglot : Joanna Lumley
  • Finis Everglot : Albert Finney
  • Barkis Bittern : Richard E. Grant
  • Le pasteur Galswell : Christopher Lee
  • Elder Gutknecht : Michael Gough
  • La Veuve noire / Mme Plum : Jane Harrocks
  • L’asticot / Le crieur public : Enn Reitel
  • Bonaparte : Deep Roy
  • Bonejangles : Danny Elfman
  • Emil : Stephen Ballantyne
  • Le jeune villageois solennel : Lisa Kay

Voix françaises :

  • Victor Van Dort : Bruno Choël
  • Emily, la mariée défunte : Laurence Bréheret
  • Victoria Everglot : Céline Mauge
  • Nell Van Dort : Brigitte Virtudes
  • Hildegarde : Lily Baron
  • William Van Dort : Patrice Dozier
  • Mayhew : Michel Fortin
  • Paul le serveur : Bruno Magne
  • Maudeline Everglot : Frédérique Tirmont
  • Finis Everglot : Georges Claisse
  • Barkis Bittern : Gabriel Le Doze
  • Le pasteur Galswell : Pierre Hatet
  • Elder Gutknecht : Jacques Ciron
  • La Veuve noire : Claire Guyit
  • Mme Plum : Michelle Bardollet
  • L’asticot : Serge Faliu
  • Le crieur public : Jean-Loup Horwitz
  • Bonejangles : Jean-François Pistorio
  • Emil : Jean-Claude Donda
  • Chœurs : Olivier Constantin, Daniel Beretta, Patrice Schreider, Claudie Chauvet, Johanna Michel & Alain Legros.

4. Analyse

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5. Critique

Articles de Presse

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6. Anecdotes

La marque du piano des Everglot est Harryhausen, en hommage au père de l’animation image par image Ray Harryhausen qui a inspiré les plus grands réalisateurs contemporains tels que James Cameron, Peter Jackson, Steven Spielberg et bien sûr Tim Burton.

Le film est dédié à Joe Ranft, artiste storyboardeur chez Disney puis Pixar et producteur du film, mort avant la fin du tournage.

Outre le fait que certains plans ressemblent beaucoup au film Expressionniste Le Cabinet du Docteur Caligari, Tim Burton a créé le visage de l’asticot selon les traits de l’acteur Peter Lorre, notamment connu pour son rôle dans M le Maudit.

Comme pour The Nightmare Before Christmas, le compositeur Danny Elfman prête sa voix à un des personnages (Bonejangles)pour pousser la chansonnette.

Plusieurs célébrités font leur apparition dans le monde des morts : Ray Charles, Bonnaparte etc…

7. Citations

8. Nominations & Récompenses

  • Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films 2006 : Meilleur film d’animation
  • Oscars 2006 : Meilleur film d’animation
  • Nomination à Deauville 2005
  • Mostra de Venise 2005 : Future Film Festival Digital Award
  • Satellite Awards 2005 : Nomination au prix du meilleur film d’animation et de la meilleure bande originale de film

9. Liens Externes

  • Corpse Bride sur IMDb (En)
  • Corpse Bride sur Wikipedia (En|Fr)
  • Corpse Bride sur Allociné (Fr)
  • Site officiel (En)
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Charlie and the Chocolate Factory

Charlie and the Chocolate Factory Logo

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1. Synopsis

Petit garçon pauvre vivant avec ses parents et ses quatre grand parents, Charlie Bucket est un garçon tout ce qu’il y a de plus ordinaire, ni riche, ni talentueux. Mais il a grand cœur et est très rêveur. Son rêve serait de rencontrer le légendaire chocolatier Willy Wonka dont l’immense et mystérieuse chocolaterie, fermée depuis des années, surplombe le quartier où vivent les Bucket. Un jour, un grand concours est lancé par Willy Wonka en personne. Cinq ticket d’or sont disséminés dans des barres chocolatées Wonka et ceux qui les trouveront pourront visiter la chocolaterie et repartir avec un prix spécial défiant leurs rêves les plus fous. Sur un incroyable coup du sort, Charlie se retrouve possesseur de l’un des tickets et part avec son grand père Joe à la rencontre de l’excentrique Willy Wonka.

Bande-annonce :

2. Fiche Technique

  • Titre original : Charlie and the Chocolate Factory
  • Titre français : Charlie et la Chocolaterie
  • Année : 2005
  • Date de sortie : 13 juillet 2005 ( France), 15 juillet 2005 (USA)
  • Durée : 116 minutes
  • Genre : Comédie, fantastique, famille
  • Réalisation : Tim Burton
  • Scénario : John August
  • Basé sur : le livre de Roald Dahl
  • Musique : Danny Elfman
  • Producteurs : Richard D. Zanuck & Brad Grey
  • Sociétés de production : Plan B. Entertainement, Warner Bros, Village Roadshow Pictures, The Zanuck Company
  • Sociétés de distribution : Warner Bros
  • Directeur de la photographie : Philippe Rousselot
  • Direction artistique : David Allday, François Audouy, Matthew Gray, Sean Haworth, James Lewis, Andy Nicholson, Kevin Phipps & Stuart Rose
  • Création des décors : Alex McDowell
  • Décorateur de plateau : Peter Young
  • Costumes : Gabriella Pescucci
  • Montage : Chris Lebenzon
  • Casting : Susie Figgis
  • Co-productreur : Katterli Frauenfelder
  • Producteur associé : Derek Frey
  • Producteurs exécutifs : Bruce Berman, Graham Burke, Liccy Dahl, Patrick McCormick & Michael Siegel
  • Lieux de tournage : USA : Buford (Georgie) – Angleterre : High Wycombe (Buckinghamshire), Pinewood Studios (Buckinghamshire), Londres, York (North Yorkshire) – Allemagne : Gengenbach (Baden-Württemberg)
  • Pays d’origine : États-Unis & Royaume-uni
  • Langue : Anglais
  • Format : couleurs – 1,85:1 – DTS / Dolby Digital / SDDS – 35 mm
  • Public : PG-13
  • Budget : 150 000 000 $
  • Recettes : USA – 474 968 763 $ / France – 4 339 367 entrées

3. Casting

  • Willy Wonka : Johnny Depp
  • Charlie Bucket : Freddie Highmore
  • Grandpa Joe : David Kelly
  • Narrateur : Geoffrey Holder
  • Mrs. Bucket : Helena Bonham Carter
  • Mr. Bucket : Noah Taylor
  • Mr. Teavee : Adam Godley
  • Mr. Salt : James Fox
  • Les Oompa-Loompas : Deep Roy
  • Dr. Wilbur Wonka : Christopher Lee
  • Mrs. Beauregarde : Missi Pyle
  • Mrs. Gloop : Franziska Troegner
  • Mike Teavee : Jordan Fry
  • Veruca Salt : Julia Winter
  • Violet Beauregarde : Anna Sophia Robb
  • Augustus Gloop : Philip Wiegratz
  • Willy Wonka (jeune) : Blair Dunlop
  • Grandma Josephine : Eileen Essell
  • Grandpa George : David Morris
  • Grandma Georgina : Liz Smith

4. Analyse

Véritable classique de la littérature dite « de jeunesse », Charlie et la Chocolaterie possède la toile de fond idéale pour créer un film à nul autre pareil. A l’instar de son adaptation d’Alice au Pays des Merveilles – adapté de Lewis Carroll – qu’il tournera dix ans plus tard, Tim Burton puise ici dans le chef-d’œuvre de Roal Dahl (1964) de quoi se forger un nouveau bac à sable et renforcer une identité visuelle déjà prégnante et fortement renouvelée, sans oublier d’y insuffler certaines de ses thématiques les plus personnelles.

D’un enfant à un autre

Si l’on a tendance à rapprocher le monde instauré par Tim Burton à celui de l’enfance, c’est aussi oublier la relative violence du propos de Charlie et la Chocolaterie, livre orienté pour les plus jeunes mais dont le ton sarcastique et l’humour noir n’aura certainement pas manqué de plaire au réalisateur qui citera souvent Dahl comme une des influences qui marqua le plus sa propre jeunesse. Volontiers cabotin avec les enfants, l’auteur américain répudiera la première adaptation de son livre par le réalisateur Mel Stuart (1971) avec l’acteur Gene Wilder ( Frankenstein Junior ) dans le rôle de l’excentrique Willy Wonka. Sorti posthumément à la mort de l’écrivain, la version de Tim Burton obtiendra tout le soutien de ses héritiers avec lesquels le réalisateur star entretiendra de longues discussions avant d’être choisi – d’autres artisans tels que Gary Ross ( le premier Hunger Games) ou Rob Minkoff ( le Roi Lion) se casseront les dents sur le projet.

Retrouver son public

Après une discutable adaptation de la Planète des Singes (2001) et un film brillant mais trop personnel pour le grand public avec Big Fish (2003), ce nouveau projet est aussi l’occasion pour Burton de renouer avec le succès populaire et critique qui l’a propulsé vers les sommets du box-office – Batman en tête. La comparaison avec les aventures de l’homme chauve-souris tournées en 1989 n’est pas fortuite, puisque les extérieurs de Charlie et la Chocolaterie seront filmés aux studios Pinewood de Londres. Les mêmes plateaux qui avaient accueilli la somptueuse Gotham City expressionniste de Burton. De plus, ce dernier expliquera que le processus de pré-production du métrage sera le plus houleux de sa carrière avec celui du premier Batman. Mais le réalisateur phare a-t-il désavoué sa vision et son univers au prétexte d’un film en apparence orienté pour les enfants ?

Willy Wonka et la solitude Burtonnienne

En choisissant Johnny Depp pour incarner le personnage pivot de l’histoire, Burton s’assure la fidélité des studios ( le succès récent des Pirates des Caraïbes conforte les exécutifs dans la capacité de l’acteur à rentabiliser une affiche sur son seul nom) mais aussi une liberté de ton à laquelle il tient par-dessus tout. Plus qu’un simple excentrique, Willy Wonka, le fondateur de la fameuse chocolaterie, a tout à fait sa place dans la galerie des superbes marginaux de l’œuvre Burtonnienne. Artiste visionnaire à la folie prononcée, Wonka est un anti-héros solitaire et misanthrope, mis à l’écart du monde par une humanité uniforme, opportuniste et à l’automatisation perpétuelle. Le renvoi de Monsieur Bucket, père du jeune Charlie dans le film, remplacé à l’usine par une machine, rappelle l’écrasante victoire du monde postmoderne sur tous les personnages de l’histoire, poussant l’anti-social Wonka à fermer sa chocolaterie et à disparaître dans sa forteresse de solitude, à l’instar du jeune homme d’Edward aux Mains d’Argent (1990) ou du taciturne Bruce Wayne (le diptyque Batman).

De la morale à la paternité

Volontairement moraliste, l’histoire de Charlie et la Chocolaterie présente une solution radicale à la mauvaise éducation, chaque enfant pénétrant dans la chocolaterie Wonka finissant puni à hauteur de son excès. Fidèle au livre dont il s’inspire, Burton présente une galerie de personnages hors normes et excessifs, digne d’un conte, présenté par le scénario de John August (qui avait déjà écrit Big Fish pour le cinéaste). Initialement prévu pour être une figure paternelle pour le jeune Charlie, le Willy Wonka incarné par Johnny Depp est davantage présenté comme un adulescent troublé par une enfance difficile. En cause, un père dentiste autoritaire ayant bridé la créativité de son fils. Wilbur Wonka est un personnage entièrement absent du livre, crée sur mesure par August et Burton à l’usage du vénérable Sir Christopher Lee. L’acteur livre ici une performance aussi discrète que marquante, hommage appuyé du cinéaste à son père récemment disparu et aux rapports tendus qu’il entretenait avec lui – de là à voir dans le film un exutoire à la récente paternité du réalisateur, père depuis deux ans au moment de la sortie du film, il n’y a qu’un pas.
Plus présente encore, l’importance des grands-parents du jeune Charlie et de leur bienveillance à l’égard de leur petit fils modèle, thème déjà esquissé par le réalisateur dans Mars Attacks (1996) où une grand-mère gâteuse sauve malgré elle l’humanité d’une invasion extra-terrestre. L’œuvre de Burton fourmille de personnages âgés, prodiguant conseils et moralité aux personnages centraux (citons entre autre Alfred dans les Batman, Bela Lugosi dans Ed Wood ou encore Juno, vénérable conseillère de l’au-delà dans Beetlejuice).

Esthétique de l’indigestion…

Si Burton n’avait jusqu’ici que timidement fait appel aux fonds verts et effets visuels, Charlie et la Chocolaterie marque l’entrée du réalisateur de pleins pieds dans une esthétique numérique préfigurant les débordements d’Alice au Pays des Merveilles. Le film demeure toutefois très riche visuellement via plusieurs maquettes et de nombreux décors « en dur ». Ainsi, de multiples variétés de « chocolat » ont été utilisées afin d’obtenir les chutes de la chocolaterie et l’herbe mangée par les enfants dès leur entrée a été conçue par les équipes afin d’être comestible. Malgré un trop plein de décors entièrement composés d’images de synthèse comme lors de la descente des tunnels en drakkar rose bonbon ou les pièces visitées par l’ascenseur de verre, le film propose une véritable prouesse technique : celle de multiplier l’acteur Deep Roy à l’infini afin qu’il incarne les Oompas-Loompas, main d’œuvre de Wonka, mise en scène dans des numéros musicaux ultra référencés.
Cependant, cette débauche de couleurs et de recours à l’image de synthèse a été l’une des principales critiques portées à l’encontre du métrage, le rendant difficilement identifiable à un auteur pourtant si porté sur l’art de la maquette et du travail fait main. Mais avec le recul, il est possible d’assimiler les tons roses bonbons et l’aspect « chewing-gum » de son esthétique à une volonté d’écœurer le spectateur, visuellement aussi gavé que les horribles enfants visitant l’antre de Willy Wonka. D’autant que le film pose les bases de sa narration sur la pauvreté de la famille Bucket et de leur maison tordue et terne, inspirée à Burton par le propre atelier d’écriture de Roal Dahl. Une maison qui finira elle-même à l’intérieur de la chocolaterie, en l’état, signant le partenariat entre le chocolatier et son jeune apprenti, redémarrant une entreprise sur des bases de saine créativité et en famille – prouvant que ni l’une ni l’autre partie n’a à complètement se renier pour être heureux.

Musique en suc gastrique

Pour souligner la folie du microcosme – voire du microclimat, selon les pièces – que représente la chocolaterie, Tim Burton fait appel à Danny Elfman, son ami de toujours, afin de composer la bande originale du film. Si le score symphonique et bariolé du musicien demeure dans la plus pure tradition de ses œuvres précédentes, les chansons écrites pour le film sont l’occasion de laisser s’exprimer encore davantage l’alchimie et le sens de l’absurde qui rapproche les deux créateurs. Sur les cinq titres chantés, on retrouve des références appuyées à la musique des années 70, allant du funk, à la comédie musicale en passant par le rock de Queen et les expérimentations de Frank Zappa. Sans totalement s’intégrer au film lui-même, ces véritables sketches permettent aux deux amis de briser le quatrième mur et faire dire tout haut ce que Willy Wonka peine à exprimer lui-même à propos des enfants dont il n’est pas spécialement un fervent défenseur. Le scénario offre ainsi l’occasion à Danny Elfman de faire effectuer aux spectateurs un véritable voyage sonore (l’artiste assurera lui-même toutes les parties vocales, lui qui avait déjà assuré la voix du squelette Jack Skellington dans l’Étrange Noël de Monsieur Jack) et d’offrir par là même un parti pris cinématographique inédit à Tim Burton. Sur les cinq thèmes proposés, il est intéressant de noter que seul le héros éponyme, Charlie, n’a pas de thème musical attitré…Symptôme extra-diégétique de sa normalité dans un monde en roue-libre dont Wonka est le maître (le thème musical de ce personnage ouvre d’ailleurs la bande originale en lieu et place du Main Theme habituel d’un film de cinéma).

La cerise sur le gâteau

Loti d’un budget de 150 millions de dollars, Charlie et la Chocolaterie rapportera près de 480 millions de recettes à l’internationale. Un véritable succès qui confirme la mainmise de Tim Burton sur le divertissement à grande échelle. Les critiques sont généralement très positives à son égard et le film demeure une des pépites les plus originales de sa filmographie déjà fort riche à l’époque de la sortie du film en été 2005. Toutefois, le film n’a pas fait l’unanimité dans le cercle de ses admirateurs, jugeant le film un peu trop enfantin par certains aspects et trop chargé en effets numériques. Mais même des années après sa sortie, Charlie et la Chocolaterie conserve une certaine force évocatrice intemporelle et irrévérencieuse, certes plus sage que la plupart des œuvres du réalisateur mais encore loin des nombreux écueils que les années 2000 réserveront à sa créativité.
Charlie et la Chocolaterie est un des ovnis les plus fabuleux de son auteur et s’il ponce quelques peu les velléités gothiques qui ont fait son succès, Burton se donne à cœur joie d’offrir au public le plus large une histoire touchante, folle et rondement ficelée qui fera très certainement office d’adaptation définitive du classique de Roal Dahl dont l’oeuvre continue encore d’être enseignée dans les classes.

5. Critique

Articles de Presse
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6. Anecdotes

Le film de Tim Burton est la deuxième adaptation cinématographie du roman de Roald Dahl. Le premier film réalisé par Mel Stuart date de 1971.

C’est Johnny Depp qui a insisté pour que l’acteur Freddie Highmore joue le rôle de Charlie, après qu’ils aient tous les deux joué dans Neverland.

Avant d’être confiée à Tim Burton, la réalisation du film avait été proposée à Martin Scorsese.

Deep Roy joue tous les Oompas Loompas. Ces derniers n’ont pas été rajoutés numériquement mais bien interprétés un par un par l’acteur qui a du, pour l’occasion, apprendre plusieurs instruments de musique.

Danny Elfman, le compositeur fétiche de Burton, a également fait les voix de tous les Oompas Loompas dans toutes les chansons du film.

La fontaine de chocolat du film a été réalisée en studios avec plus de 120 000 litres de vrai chocolat. Au bout de quelques jours de tournage, l’odeur du chocolat était devenue insupportable.

Le film comporte beaucoup de références à d’autres films tels que 2001 : L’Odyssée de l’Espace, Men In Black, Le Magicien d’Oz, La Famille Addams, Les Beattles etc…

7. Citations

C. L. : En quoi vous sentez-vous proche de Roald Dahl?
T. B. : Nous partageons la même affection pour le patin à glace et la natation synchronisée.

— Tim Burton, Ciné Live n°92, été 2005

CL : Vous avez un rêve en commun ? 
Johnny et moi aimerions remporter le concours de Miss Amérique, un jour.
CL : Quelle part obscure vous réunit tous les deux ? 
Johnny et moi savons que l’un de nous doit perdre pour que l’autre gagne le concours de Miss Amérique.

— Tim Burton au sujet de Roald Dahl, Ciné Live, juillet 2005

CL: Qu’est-ce qui distingue Johnny Depp de Marilyn Manson, le musicien un temps envisagé dans le rôle de Willy Wonka?
Il n’y a absolument aucune différence entre eux. (est-ce que vous les avez déjà vus dans une même pièce en même temps?)

— Tim Burton, Ciné Live n°92, été 2005, p. 80

Mais des enfants horribles, il y en a plein ! Je n’aime pas ce que notre monde fait des enfants. Il y a trop d’information, trop d’images, trop d’amour, trop de cadeaux, trop de bouffe, trop de performances, et nous ne savons plus les protéger. Au contraire, nous les soumettons sans cesse à cette concurrence-là… Et c’est à la fois une démission et du cynisme, une manière de les gâter et d’avoir la paix.

— Tim Burton, Conversation avec l’auteur, 4 juillet 2005

Nous dînions ensemble et il m’a dit :
« Il y a un truc dont je voudrais te parler… Tu connais l’histoire de Charlie et la Chocolaterie ? Eh bien, je vais réaliser le film et je me demandais si ça te dirait d’interpréter le rôle… »
Je n’ai pas attendu qu’il termine sa phrase, je lui ai sauté dessus et lui ai répondu :
« Évidemment, je suis à fond dedans… »
Il n’y avait pour moi aucun doute possible : j’étais Willy Wonka.

— Johnny Depp, Dossier de presse de Charlie et la Chocolaterie

Charlie vit autrefois, mais il vit aujourd’hui aussi, il a des sentiments de tous les temps, et sa manière d’être est un pamphlet qui parle de notre monde actuel : il porte un espoir, tout n’est pas définitivement perdu. Encore que je sois, par nature, très pessimiste…

— Tim Burton, Dossier de presse de Charlie et la Chocolaterie

La première fois que Tim m’en a parlé il m’a dit: “Il n’y aura qu’un seul Oompa-Loompa et ce sera toi. Nous allons en créer des dizaines à partir de toi.” Il semblait penser que je pourrais en interpréter cinq en gros plan et que le reste serait ajouté ensuite. Mais quand je l’ai revu quelques semaines plus tard, on était passé de cinq à dix-neuf, puis à une trentaine ensuite! Au bout du compte, peu m’importe, car on s’est vraiment marré!

— Deep Roy, “Tim Burton” par Antoine de Baecque, édition Cahiers du Cinéma, 2005, p. 177

8. Nominations & Récompenses

  • Oscars 2006 : Meilleurs costumes (Gabriella Pescucci)
  • Golden Globes 2006 : Meilleur acteur dans une comédie ou une comédie musicale (Johnny Depp)
  • Grammy Awards 2006 : Meilleure chanson écrite pour un média visuel (Danny Elfman et John August pour Wonka’s Welcome Song)
  • Broadcast Film Critics Association Awards 2006 : Meilleur acteur débutant (Freddie Highmore)
  • Empire Awards [Angleterre] 2006: Meilleur acteur (Johnny Depp)
  • IFTA Awards 2005: Meilleur film international
  • Italian National Syndicate of Film Journalists [Italie] 2006: Special Silver Ribbon pour Gabriella Pescucci
  • People’s Choice Awards 2006: Meilleur film familial
  • Teen Choice Awards 2006: Meilleur acteur (Johnny Depp)
  • Young Artist Awards 2006: Meilleure comédie ou comédie musicale

9. Liens Externes

  • Charlie and the Chocolate Factory sur IMDb (En)
  • Charlie and the Chocolate Factory sur Wikipedia (En|Fr)
  • Charlie and the Chocolate Factory sur Allociné (Fr)
  • Site officiel du film (Fr)
  • Le site officiel de Roald Dahl (En)
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Big Fish

big fish logo

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big fish poster

 

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1. Synopsis

Edward Bloom est un conteur. Un homme aux histoires aussi extraordinaires qu’incroyables. Ces contes et anecdotes qu’il ne cesse de raconter forment l’histoire de sa vie. Mais aujourd’hui, Edward Bloom est mourrant, et son fils, William, revient à son foyer où il lui demande de lui raconter la vérité cachée derrière toutes ces histoires abracadabrantes.
Mais Edward Bloom n’en démord pas.
Tout a commencé le jour où il a pêché un énorme poisson…

Bande-annonce :

2. Fiche Technique

  • Titre original : Big Fish
  • Titre français : Big Fish
  • Année : 2003
  • Date de sortie : 10 décembre 2003 (USA), 3 mars 2004 (France)
  • Durée : 125 minutes
  • Genre : Comédie-dramatique, aventure
  • Réalisation : Tim Burton
  • Scénario : John August
  • Basé sur : la nouvelle de Daniel Wallace
  • Musique : Danny Elfman
  • Producteurs : Richard D. Zanuck, Bruce Cohen & Dan Jinks
  • Sociétés de production : Columbia Pictures, Jinks/Cohen Company, Zanuck Company
  • Sociétés de distribution : Columbia Pictures (USA), Columbia TriStar Films (France)
  • Directeur de la photographie : Philippe Rousselot
  • Direction artistique : Roy Barnes, Jean-Michel Ducourty, Robert Fechtman, Jack Johnson & Richard L. Johnson
  • Création des décors : Dennis Gassner
  • Décorateur de plateau : Nancy Haigh
  • Costumes : Colleen Atwood & Donna O’Neal
  • Montage : Chris Lebenzon & Joel Negron
  • Casting : Denise Chamian
  • Producteur exécutif : Arne L. Schmidt
  • Lieux de tournage : Atlanta – Georgie, Los Angeles – Californie, Montgomery – Alabama, Tallassee – Alabama, Wetumpka – Alabama, Tallahassee – Floride (USA), Paris (France)
  • Pays d’origine : États-Unis & Royaume-uni
  • Langue : Anglais
  • Format : 1,85:1 – DTS / Dolby Digital / SDDS – 35 mm
  • Public : PG-13
  • Budget : 70 000 000 $
  • Recettes : USA – 122 919 055 $ / France – 1 155 095 entrées

3. Casting

  • Ed Bloom jeune : Ewan McGregor
  • Ed Bloom âgé : Albert Finney
  • Will Bloom : Billy Crudup
  • Sandra Bloom âgée : Jessica Lange
  • Jenny / la sorcière : Helena Bonham Carter
  • Sandra Bloom jeune : Alison Lohman
  • Joséphine : Marion Cotillard
  • Amos Calloway : Danny DeVito
  • Norther Winslow : Steve Buscemi
  • Dr Bennett âgé : Robert Guillaume
  • Karl le géant : Matthew McGrory
  • Don Price (entre 18 et 22 ans) : David Denman
  • Beamen : Loudon Wainwright III
  • Mildred : Missi Pyle
  • Ping : Ada Tai
  • Jing : Arlene Tai
  • M. Soggybottom : Deep Roy
  • Ruthie : Miley Cyrus

4. Analyse

5. Critique

Articles de Presse

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6. Anecdotes

Big fish a longtemps été un projet de Steven Spielberg, qui souhaitait donner le rôle principal à Jack Nicholson. Lorsque le réalisateur a préféré se lancer dans le tournage d’ Arrête-moi si tu peux, l’adaptation du livre de Daniel Wallace a été confiée à Tim Burton.

Big fish marque la première expérience hollywoodienne de l’actrice française Marion Cotillard, qui incarne dans le long-métrage la compagne de Billy Crudup.

Matthew McGrory, qui incarne le géant Karl dans Big fish, possède véritablement les singularités physiques visibles à l’écran. Mesurant 2,29m, il est listé dans le Livre Guiness des records comme étant l’homme ayant les plus grands pieds du monde (il chausse du 62 !).

Tim Burton ayant perdu son père pendant le tournage de Planet of the Apes et sa mère en 2002, l’histoire de Big Fish lui tenait particulièrement à cœur.

7. Citations

8. Nominations & Récompenses

  • Golden Globes 2004
    • Meilleure comédie ou comédie musicale
    • Meilleur second rôle masculin (Albert Finney)
    • Meilleure bande originale (Danny Elfman)
    • Meilleure chanson (Man Of The Hour)
  • Grammy Awards 2004 : Meilleure bande originale pour un média visuel (Danny Elfman)
  • Oscars 2004 : Meilleure musique (Danny Elfman)

9. Liens Externes

  • Big Fish sur IMDb (En)
  • Big Fish sur Wikipedia (En|Fr)
  • Big Fish sur Allociné (Fr)
  • Site officiel (En)
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Planet of the Apes

planet of the apes logo

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apes_poster_b

 

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1. Synopsis

Année 2029. L’astronaute Leo Davidson travaille sur la station orbitale Obéron, destinée à entraîner des singes capables de voyager dans l’espace à la place de l’Homme. Lors d’un incident technique, la navette du singe de Leo disparaît dans une tempête stellaire. Ce dernier, très attaché à lui, part le chercher mais échoue sur une planète inconnue, sur laquelle il sera capturé par un peuple de singes surdéveloppés ayant supplanté la race humaine, réduite en esclavage.
Avec l’aide d’Ari, une chimpanzé sympathisante de la cause humaine, Leo va tenter de renverser le règne du tyrannique Général Thade.

Bande-annonce :

2. Fiche Technique

  • Titre original : Planet of the Apes
  • Titre français : La Planète des Singes
  • Année : 2001
  • Date de sortie : 27 juillet 2001 (USA), 22 août 2001 (France)
  • Durée : 119 minutes
  • Genre : Science-fiction
  • Réalisation : Tim Burton
  • Scénario : William Broyles Jr., Lawrence Konner, Mark Rosenthal
  • Basé sur : la nouvelle de Pierre Boulle
  • Musique : Danny Elfman
  • Producteurs : Richard D. Zanuck & David Britten Prior
  • Société de production : 20th Century Fox
  • Société de distribution : UFD – UGC Fox Distribution
  • Directeur de la photographie : Philippe Rousselot
  • Direction artistique : Sean Haworth & Philip Toolin
  • Création des décors : Rick Heinrichs
  • Décorateur de plateau : Peter Young
  • Costumes : Colleen Atwood & Donna O’Neal
  • Création des maquillages : Rick Baker
  • Montage : Chris Lebenzon & Joel Negron
  • Casting : Denise Chamian
  • Producteurs associés : Ross Fanger & Katterli Frauenfelder
  • Producteur exécutif : Ralph Winter
  • Lieux de tournage : Arizona, Los Angeles & Trona Pinnacles – Californie (USA); Sydney, Nouvelle-Zélande (Australie); Hawaii
  • Pays d’origine : États-Unis & Royaume-uni
  • Langue : Anglais
  • Format : couleurs, 2.35 – 35mm
  • Public : PG-13
  • Budget : 100 000 000 $
  • Recettes : USA – 180 011 740 $ / France – 3 854 020 entrées

3. Casting

  • Le capitaine Léo Davidson : Mark Wahlberg
  • Le général Thade : Tim Roth
  • Ari : Helena Bonham Carter
  • Le colonel Attar : Michael Clarke Duncan
  • Limbo : Paul Giamatti
  • Daena : Estella Warren
  • Krull : Cary-Hiroyuki Tagawa
  • Le sénateur Sandar : David Warner
  • Karubi : Kris Kristofferson
  • Tival : Erick Avari
  • Gunnar : Evan Parke
  • Birn : Luke Eberl
  • Le sénateur Nado :  Glenn Shadix
  • Nova : Lisa Marie
  • Leeta : Eileen Weisinger
  • Grace Alexander : Anne Ramsay
  • La femme dans le chariot : Linda Harrison
  • Le sénateur Zaïus, père de Thade : Charlton Heston

4. Analyse

Au sein de la filmographie prolixe de Tim Burton, La Planète des Singes fait figure de véritable ovni. Un comble pour un film de science-fiction, genre qu’il révère. Pure commande des studios de la FOX, ce projet est passé entre les mains les plus expertes avant d’atterrir dans le giron de Tim Burton : Oliver Stone, Chris Colombus James Cameron ou encore Peter Jackson avaient tous une vision précise du projet et une manière innovante de présenter ce remake du classique de 1968, lui-même très cher à Burton, qui décide d’en proposer quelque chose de totalement différent, condition sine qua non à sa participation au projet.

Pratique encore peu répandue au sein d’Hollywood, le principe du remake est alors loin d’être une mode ou un moyen de revigorer l’économie d’un studio, ce qui permet à ce film, décrié entre tous, de prendre pourtant de nombreuses libertés vis-à-vis de son modèle d’origine.
Car si le film , surtout après le succès de Sleepy Hollow deux ans plus tôt, n’a obtenu qu’un succès critique très mitigé (malgré un très bon succès commercial), il possède une grammaire cinématographique très précise, certes assez éloignée en surface de films tels qu’Edward aux Mains d’Argent ou Batman, mais dont le fond est très pertinent et pas si inattendu que cela chez Tim Burton, qui, à défaut d’offrir un grand film faute de liberté artistique, propose ici un bon divertissement chargé de symbolisme.

Du scientisme à l’humanisme :

S’il est un thème marquant au sein de cette version de La Planète des Singes, conte philosophique de science-fiction écrit par Pierre Boule en 1963, c’est l’omniprésence de l’opposition entre deux représentations religieuses et mythiques. La dualité de caractère est constante chez Burton, quand la psychologie fragmentée de deux personnages s’entrechoquent (comme le Joker, et l’homme chauve-souris dans Batman, 1989) ou qu’un monde en croise un autre (la banlieue colorée et la noirceur physique d’Edward dans Edward aux Mains d’Argent, en 1990, ou le monde des morts et celui des vivants dans Beetlejuice en 1988).
Plus souvent psychologique, cette « guerre » sainte, déjà esquissée dans Sleepy Hollow (la rationalité contre la superstition) prend ici une ampleur supplémentaire principalement via le choc des cultures religieuses. Burton évite l’écueil de la moquerie ironique, comme cela a été le cas avec le personnage d’Esméralda dans Edward, en posant dans La Planète des Singes un vrai débat de fond sur l’importance des religions et mythes, qu’ils soit vrais ou fantasmés. Pas de réelle fantaisie dans La Planète des Singes, la science et l’ésotérisme primaires sont tous deux les prismes déformants des personnages qui s’affrontent à coups d’idéaux dans le film.

Ainsi, les humains de La Planète des Singes sont issus d’un parti idéologique sans qu’ils en aient conscience. À aucun moment, les rares humains entraperçus en début de métrage ne font référence à une quelconque puissance supérieure leur dictant leurs actes, purement imposés par la Science. La station orbitale dans laquelle ils évoluent porte le nom d’Obdron, roi des fées dans la pièce de William Shakespeare, Songe d’une Nuit d’Eté, un personnage mystique vénéré par son peuple et « jouant » avec chaque protagoniste via l’intermédiaire de l’elfe Puck. La station Oberon ne « joue » qu’avec des singes, dans le but de faire progresser la science elle-même. Bien que faisant référence à une sorte de race élue (Oberon « domine » l’espace noir de sa blancheur, et les planètes depuis l’espace) ,  les humains, tout de blanc vêtus, tendent plus à sortir de l’obscurantisme en testant les limites de l’espace et de la science.

Que le singe du héros Léo Davidson (Mark Whalberg) se nomme Périclès, d’après un homme politique et stratège Athénien qui vécut au IVe siècle avant J-C, n’est pas un hasard : ce dernier est ainsi l’élément déclencheur des événements du film, alors qu’il est envoyé explorer une tempête électromagnétique qui mènera Léo sur ladite planète des singes, dont on apprendra par la suite que Périclès est un élément fondateur, ayant procédé indirectement à la politisation, c’est-à-dire à l’apprentissage de la vie sociale, des singes.

On apprends en effet au début du film que Périclès est un heureux futur papa, sans que le nom du bébé singe ne soit nommé. C’est au sein d’un prequel sous forme de bande dessinée que l’on apprends que le fils de Périclès se nomme Semos, le singe par qui la rébellion simiesque commença. Semos est une anagramme simiesque de Moses, autrement dit Moïse en français, l’homme qui dans la Bible donna sa liberté au peuple juif. Si Périclès n’avait pas emprunté ce trou de ver pour amener les événements du film, la station Oberon n’aurait pas non plus suivi son chemin pour le retrouver lui et Léo, menant Semos et les singes à la révolte. Si Semos fait sortir la civilisation des singes de l’obscurantisme païen pour une religion monothéiste (suite à sa mort, Semos devient le dieu des singes, amenant même un parallèle avec Jésus grâce à une prophétie de résurrection),  c’est bien Périclès qui débute cette chaîne d’événements. Il en est l’instigateur, comme l’homme dont il porte le nom et dont l ‘époque porte parfois le terme de « siècle de Périclès », tant l’homme était influent. L’historien Thucydide dira même de Périclès qu’il était le « premier citoyen de sa patrie », ce qui est de toute évidence le cas du singe du même nom, qui donne naissance sans le vouloir à la première civilisation de la planète.

N’oublions pas que le singe Périclès porte le nom d’un homme d’Athènes, grande métropole Grecque d’avant Jésus-Christ, où les dieux multiples et les mythes Grecs étaient encore en vigueur. Il s’agit donc d’un personnage charnière, ayant le pied entre deux mondes. C’est également le cas du « maître » de Périclès, Léo Davidson, dont le nom de famille fait référence également à la Bible (fils de David). Il refuse d’ailleurs d’obéir aux consignes (commandements ?) de son chef d’équipage en laissant Périclès dériver dans la tempête à bord de son vaisseau, et part à sa recherche dans la tourmente. Les ponts sont créés, le cadre théologique du film est ainsi posé.

Le monde des singes est quant à lui emprunt de monothéisme. S’ils ont assez évolué pour ne pas tous croire aveuglement à l’histoire de Semos (Ari, jouée par Helena Bonham Carter, ne conçoit pas l’histoire de Semos comme autre chose qu’un conte de fées), l’importance de la religion au sein des puissants de la planète des singes en marque la majeure influence. Le père du général Thade (joué par Charlton Heston, héros du film original de 1968) est ainsi présenté comme un descendant direct de Semos, et Thade (Tim Roth) peut agir en toute impunité du fait de cette influence familiale respectée et arborée. Le plastron de l’armure de Thade, entrevue en détail dans le générique du film, est une référence directe au tableau de Michel-Ange, La Création d’Adam, où le doigt de Dieu transmet l’étincelle de vie au premier homme.
La frappe guerrière de la musique de Danny Elfman sur cette plongée en détail de l’armure de Thade mêle habilement le côté guerre sainte qu’il mène contre la race humaine mêlé à la brutalité inhérente du personnage (la dernière image du générique n’est autre que les yeux cruels et déterminés du général). De même, le bras droit du général, le gorille Attar (Michael Clarke Duncan) n’est pas le personnage le plus bigot par hasard. On le voit à deux reprises prier pour le retour de Semos, alors même que son nom fait référence au mot « Altar », en français un autel. Représenter le singe supposément le plus rude et costaud du bestiaire simiesque dans l’imaginaire collectif et en faire un personnage extrêmement croyant (ce dernier emploie le terme de « blasphème ») et capable de discernement, comme à la fin du film où il se range du côté des humains et concilie les deux espèces, permet de faire évoluer l’opinion et de créer des personnages n’étant jamais coincés dans leur absolue certitude. Léo lui-même, personnage pourtant très monolithique, parviendra à laisser Périclès au soin des singes, oubliant son égoïsme de le garder près de lui pour de mauvaises raisons.

On peut percevoir dans chacun des camps quelque chose de primaire à notre histoire. Les hommes devenus esclaves des singes sont tous représentés comme des hommes des cavernes assez typiques bien que doués de raison et de parole comme n’importe quel être civilisé. Ils ne sont marqué par aucun signe de religiosité forte – celle-ci étant l’apanage des singes – et sont en ce sens précurseurs des membres de l’équipage de l’Oberon. De même, la traque des singes, représentants du pouvoir divin, ramène clairement à l’Inquisition des temps obscurs du Moyen Age, la charrette où ils entassent les humains est une image forte emprunte de cette période, sans compter le dieu le plus obscur pour les deux camps, qu’est la technologie, facilité appliquée dont Léo et Thade feront finalement usage l’un comme l’autre, car perçu comme le pouvoir divin ultime ou blasphématoire selon qui s’en sert.

Un film cyclique : Léo au Pays des Merveilles :

Tout dans La Planète des Singes de Tim Burton est cyclique, un thème qui intéresse le réalisateur au plus haut point. Bien que cela ne soit pas évident au premier abord, Tim Burton emploie dans le film le thème visuel de la spirale (récurrente chez lui) tout simplement en l’accolant à l’idée du vortex, cette tempête temporelle qui amène les personnages à travers le temps et l’espace, deux forces cycliques de l’univers situées au centre des enjeux du film et de son dénouement chaotique. La façon dont le temps et l’espace changent est l’un des défaut scénaristiques le plus reproché au film par la critique.

En effet, bien que flou et capricieuse, la courbe temporelle forme toujours un cycle, au sein duquel voyage Léo, personnage chevaleresque typique des vieux films d’aventures,  assez atypique chez Burton. À l’instar du personnage d’Alice au Pays des Merveilles, il « tombe » dans un trou qui le mène en un temps tout autre que le sien et fait de lui l’intru par excellence, le personnage rejeté si cher à Burton, ici malheureusement à peine esquissé. Léo effectue un voyage aussi bien temporel que moral. Homme civilisé issu d’un futur éloigné (en fait, le propre futur du spectateur), il se retrouve au sein d’une civilisation, certes civilisée mais restée extrêmement limitée technologiquement. De même, le nom de Léo renvoie à « lion », surnommé le « Roi de la jungle » qu’il est appelé à être. Le personnage effectue donc un retour à ses sources, au milieu d’hommes des cavernes, loin de toute technologie, en portant parfois les stigmates du paganisme (le personnage joué par Estella Warren est dénommé Daenna, avatar de Diana, déesse de la chasse dans la mythologie).

Léo reste buté à l’idée de vivre dorénavant dans un monde impossible (tout comme Alice, par ailleurs) et de vouloir à tout prix revenir dans son temps à lui, siècle de lumière technologique. Un paradoxe du personnage qui a évolué dans un siècle toujours en proie à une certaine forme d’obscurantisme scientifique et qui va également créer un paradoxe une fois revenu chez lui à la fin du film, sur une planète Terre également dominée par les singes. Léo est ainsi pris dans une boucle dont la fin ne nous dira jamais s’il peut en sortir ou non.

Léo est également, tout comme Périclès, l’instigateur d’un retour en arrière. Depuis la station Oberon, les navettes employées pour envoyer les singes en mission ont une forme rappelant celle d’un spermatozoïde. Le vaisseau de Périclès, lorsqu’il est envoyé au creux de la tempête électromagnétique, semble « pénétrer un orifice » pour féconder la future planète des singes, depuis longtemps en l’état quand Léo y parvient. Alors que nous n’avons plus de nouvelles de Périclès jusqu’à la fin du film (on peut donc supposé qu’il a réussi à se poser), Léo atterrit en catastrophe sur la planète. Il rate par la même toute fécondation « humaine » de la planète colonisée par les singes à la place. Toutefois, Léo sort des débris du « vaisseau spermatozoïde » immergé comme d’une sorte de placenta. Un homme nouveau est né, ce qui s’accentue par le fait qu’il se débarrasse immédiatement du haut de son uniforme comme d’une peau de mue. Un homme jeune au savoir relatif dans une nouvelle civilisation qu’il ne comprend guère. D’ailleurs notons qu’à la fin du film, lorsque Périclès arrive à bord de son vaisseau en pleine bataille entre humains et singes, Léo lui dira qu’il a « mieux atterri que lui », aveu indirect de l’impuissance de Léo face aux singes, en termes de combat comme de fertilité, puisque c’est plus la présence théologique de Périclès qui fera tourner le vent de la bataille, poussant Attar à prendre parti pour le camp de Léo et à trahir Thade. La théologie simiesque l’emporte sur la raison humaine.

La Planète des Singes est avant tout l’odyssée de Léo, lequel porte quelque chose de biblique et d’initiatique en lui. Tel Spartacus, Léo passe d’esclave à meneur de tout un peuple face au pouvoir. Ari lui dira « qu’ils sont tous en vie grâce à lui », ce qui est en un sens très vrai, puis ce que sans son intervention dans le sauvetage de Periclès, les évènements cycliques du temps et autres paradoxes, ne se seraient pas mis en branle.
Si les singes sont le moteur du film (en termes de jeu comme d’enjeux),  Léo en est l’essence. Burton ne questionne pas plus l’animalité de l’homme que l’humanité profonde des singes. L’homme peut agir en singe, mais surtout les singes agissent sans cesse en hommes, bien qu’il s’en défendent. En ce sens, tout le côté transgressif du film de 1968 est oublié, particulièrement en ce qui concerne un des amis de Charlton Heston, tout simplement lobotomisé pour n’agir plus que comme une bête. Le gros de l’intrigue se repose sur un discours de sourd, entre la bêtise des militaires de Thade et les aspirations pro-humaines d’Ari, partisane de la cause humaine. Quant à la science, supposée trancher la question de l’infériorité des hommes par rapports aux singes, elle n’est qu’à peine évoquée lors d’une scène de repas chez le père d’Ari, des scientifiques travaillant apparemment sur des spécimens. Mais sûrement que pour éviter la redite par rapport au film de 1968, Burton laissa cela de côté, tout en permettant que tout ce qui a trait à la science demeure du domaine de l’obscurantisme pour les Singes. Ou pour le spectateur.

Le général Thade, en revanche, est un véritable rouage du cycle burtonnien. Si l’animalité est bien plus présente chez lui que chez d’autres singes du film, ce n’est pas que du fait de sa position militaire, forcément ralliée à une certaine dureté. Il est en quelque sorte assujetti au cycle familial et « hérite » des péchés du père. Lui-même perpétue la haine qu’éprouve sa famille envers les humains (le vieux père mourant de Thade agonise en maudissant la race humaine). On éprouve d’ailleurs beaucoup d’empathie pour Thade au moment du trépas de son père, où il semble retrouver toute ses gimmicks de chimpanzé blessé et curieux (air blessé alors que son père meurt et air curieux vis à vis de l’arme à feu que ce dernier lui lègue).
Le cycle dominé et dominant occupe une part importante dans les relations qui unissent les personnages. Celui qui détient la fameuse arme à feu détient le pouvoir d’asservir et de réduire l’autre à l’état d’animal. Leo Davidson tient ainsi Limbo en joue et s’apprête à l’éliminer, encouragé par Daenna et les autres humains, redevenus ainsi de pures « bêtes » assoiffées de meurtre et de vengeance en laissant parler leur côté animal. Thade lui-même redeviendra un animal apeuré à la fin du film lorsque les rayons de l’arme se retournent contre lui en rebondissant sur les parois des ruines de l’Obéron, le ramenant au même état que les singes domestiques des astronautes.

Quelle que soit la situation, l’empathie du spectateur va au plus démuni, et jamais à celui qui s’avère être sans arrêt plus sûr de lui. Par exemple, dans L’Étrange Noël de Monsieur Jack, on sait , entre autre via le regard objectif du personnage de Sally, que Jack commet une erreur en tentant de fêter Noel lui-même avec toute la confiance qui le caractérise.

La « patte » de Burton : références et motifs :

Si le film a sobrement dérouté les fans de Tim Burton, pouvant trouver le sujet de La Planète des Singes un brin trop exotique pour lui, il n’en reste pas moins que le film possède bon nombre de références typiques de ce qui influence Burton en temps normal. Bien que moins pertinent, les hommages à des métrages qui ont marqué le réalisateur durant sa jeunesse sont bien présents dans plusieurs recoins du film.

Par exemple, on retrouve dans la séquence d’ouverture du film, un hommage plastique appuyé à 2001 : L’odyssée de l’Espace, film contemporain au premier film de La Planète des Singes. Les diverses armures de granit noir des singes ramènent au monolithe étrange qui éveille la conscience et la temporalité cyclique des personnages du film de Stanley Kubrick. De même, ce sont des singes qui dans le film découvrent en premier le monolithe, leur permettant ainsi de s’approcher plus vite de l’être humain via des comportements propres à nos sociétés actuelles, principalement par la violence et ô surprise, la béatitude religieuse face à Dieu et la technologie, les deux étant parfois intimement liés. Une référence au monolithe de 2001 sera de nouveau faite quatre ans plus tard dans Charlie et la Chocolaterie (2005).

Les hommes de La Planète des Singes devenant amis avec Léo sont un écho direct à Un Million d’Années avant J-C (Don Chaffey, 1966),  principalement via le personnage de Daenna campé par Estella Warren, beauté blonde un peu trop belle justement dans un cadre préhistorique, comme l’était Raquel Welch dans le film de Chaffey. Occasion aussi pour Burton de citer à nouveau l’un de ses maîtres, Ray Harryhausen, en charge des effets spéciaux du même film.

La première apparition des singes au cœur de la forêt, sautant dans tous les coins sur des humains tentant de s’enfuir, est un hommage direct au Magicien d’Oz (1939), lorsque des singes volants de la méchante sorcière agissent de même. Cette scène marquante de la jeunesse de Burton tient autant de l’hommage et de l’envie de rendre les singes effrayants que de la peur relative que ce dernier éprouve pour eux dans la vie. Le tournage n’a pas du être aisé pour lui…

Mais plus que de la simple référence de fan pur et dur, Burton n’oublie pas non plus de s’auto-citer de façon plus mature que dans bien des métrages qui ont fait suite à La Planète des Singes. Pour en revenir à la scène du dîner chez le Sénateur Sandar (David Warner), séquence citant Les Chiens Jouant au Poker (série de tableaux de C. M. Coolidge), Burton revient à l’un des travers préférés de la vie de banlieue qu’il aime tant attaquer à l’occasion. Lors de ce dîner, les militaires, politiques et activistes ne semblent pas écouter les arguments des uns et des autres concernant le « problème humain ». Un dialogue de sourd que l’on retrouve aussi bien dans Beetlejuice, Edward aux Mains d’Argent, Frankenweenie ou même Batman lorsque Bruce Wayne et Vicky Vale ne peuvent s’entendre, séparés par une table immense.

Peu avant cela, remarquons le plan où Léo est emmené avec d’autres esclaves humains à bord d’une charrette vers la cité des singes. Le plan rappelle ouvertement la carriole d’Ichabod Crane roulant vers l’inconnu et l’ésotérisme peu conventionnel du village de Sleepy Hollow. On retrouve donc cette idée de voyage vers l’inconnu, du moins pour ce qui est de Léo Davidson.
Par là même, une fois arrivé au sein de cette grande cité, une myriade de populations et de couleurs peut être observée .On se retrouve dans un environnement où chaque couche de la société se marche dessus avec beaucoup de variété : singes religieux, voisinages proches sans fenêtres, gamins qui jouent au basket tout en caillassent les êtres humains si différents d’eux, encouragés par leurs parents à la maison… En d’autres termes, la banlieue, hostile, hypocrite et pourtant chamarrée que Burton a si bien connu à Burbank et si souvent illustrée dans ses films. Ce n’est pas non plus par hasard si le chariot emmène les humains vers Limbo (Paul Giammati)  un esclavagiste. Au contraire, l’ironie n’en est que plus forte.

Et à toute banlieue, toute foule, lorsque Léo et ses amis tentent de s’échapper d’un camp de singes, ils sont pourchassés par ses derniers, torches à la main, rappelant les villageois en colère des vieux films d’épouvante d’Universal, à la poursuite d’un monstre (ici les humains eux-mêmes). Une foule en colère assez aveuglée par la haine pour tenter de tuer au passage Limbo, pris en otage par Léo, qui finira du coup par se ranger de son côté, écœuré par l’attitude des siens.

Entre l’homme et l’animal, l’artistique et l’artificiel :

Bien que le film fût amputé par les studios de bien des idées innovatrices (assouplissements très sexualisés des relations qui unissent Léo et Ari, par exemple), Burton a réussi à pondre son produit sans rechigner à la tâche, parvenant à engranger un bon succès de box-office durant l’été 2001. Les critiques furent acerbes, incapables de prendre le film pour ce qu’il est sans le comparer à son illustre modèle dont il ne reprend presque aucune idée fondatrice. La part animal de l’homme, déjà abordée dans Batman Returns (1992), n’a pas tant sa place ici, laissant imaginer que Burton passe à côté de son sujet sans maîtriser les aspects les plus techniques d’un film de science-fiction réussi.

Mais au sein d’un sujet qui ne lui parle que peu, Burton parvient à créer un film qui à défaut de lui être très personnel confine son art à l’efficacité la plus élémentaire. Les décors entièrement « en dur » pondu par Rick Heinrichs sont presque des témoins d’un artisanat des singes face au fond vert qui limite la station Oberon et l’espace dans lequel elle évolue. Toutes les courbes « arty » de la technologie humaine contrastent avec la déco vivante et proche de la nature de la civilisation des singes. Singes qui sont la plus grande réussite du film, campés par des acteurs de génie et maquillés par l’oscarisé Rick Baker, qui permettent à Burton d’effectuer l’un de ses meilleurs travail de direction d’acteurs depuis des lustres, sans jamais négliger le potentiel comique de son film.

Le film ne permettra toutefois pas à Burton d’avoir les coudées franches, les producteurs etant bien decidés à proposer un blockbuster calibré pour remplir les salles en été. Ainsi, le montage filmique et musical, de même que le casting (une belle blonde et un adolescent capricieux manifestement imposés) portent les stigmates de compromis insolvables entre les aspirations de Burton ( un bien grand mot au regard du côté commandé du film) et celle de la Fox. Toutefois, à l’instar de son premier Batman, Burton parvient à rester assez intégre vis à vis de certaines de ces idées, certes, pas aussi evidemment citées et comprises que dans la première partie de sa filmographie personnelle.

Bien que la fin laissa pantois de frustration bon nombre de spectateurs, Burton prends le parti de laisser son analyse de côté et d’accorder à ses derniers la réflexion la plus libre qui soit, à l’instar de Kubrick avec sa propre fin de 2001 : l’Odyssée de l’Espace. Mais si le paradoxe du finale du film ne laisse que peu de place à l’interprétation, on pourrait songer que Leo Davidson a effectuer un voyage plus moral que réellement temporel. La Terre où il se trouve à la fin du film ne serait donc pas vraiment habitée par les singes, mais ne seraient en fait que le reflet que Leo se fait désormais de l’humanité, qu’il ne voit plus comme dominante mais comme profondément animale, jusque dans les fondements de sa civilisation moderne ( la statue de Thade en lieu et place de celle d’Abraham Lincoln) , un peu comme la voit le héros de L’Ile du Docteur Moreau, lorsqu’il quitte une île habitée par un peuple d’hommes animaux génétiquement crées.

5. Critique

La critique qui suit dévoile de nombreux éléments du film qui pourraient en gâcher la vision !

La controverse. Une chose est sûre : cette Planète des Singes, version Burton ne laisse pas indifférent. Véritablement reniée par une bonne partie des fans, décevante pour le grand public et la presse mais également encensée par quelques critiques et spectateurs, ce film marque une rupture dans l’œuvre burtonienne à bien des niveaux. Peut-être même un moment clé ; l’avenir nous le dira.
C’est que les rumeurs autour du tournage furent, dès le départ, aussi nombreuses que contradictoires : cinq fins auraient été tournées, Burton se serait vu interdit le tournage d’une scène zoophile entre Ari et Leo, Elfman dut également réenregistrer certaines sessions pour les rendre plus «héroïques».

La plupart de ces informations, très vite démenties par les principaux intéressés, provenaient d’Internet, source intarissable du tout et du n’importe quoi. Mais toutes ces affirmations donneront tout de même au tournage l’étiquette de “difficile”.

Et il le fut sans doute, cela va sans dire. Car, comme jamais auparavant, Burton fut soumis à une pression très intense des studios. «Plus de ceci, moins de ça» : on connaît les désirs et les demandes (souvent infondés) des producteurs. Malgré cet environnement peu propice à l’expression artistique, le génie de Burbank nous offre un film percutant, nous allons le voir. Celui-ci pousse l’appropriation qu’il avait su effectuer sur le premier Batman encore plus loin. Malheureusement c’est peut-être moins clair et il faut davantage de visions pour trouver les enjeux de l’œuvre.

Burton a longtemps été réticent à l’idée de revisiter un tel classique de la science-fiction. Il considérait (et considère toujours) la pratique comme une hérésie. Mais qu’est-ce qui l’a alors poussé dans une telle entreprise ?

C’est que sa version de la Planète des Singes n’a rien à voir avec celle de Schaffner (1968). Elle part bien évidemment de l’illustre idée de base de Pierre Boulle, l’auteur du film qui a inspiré la saga au grand écran : un astronaute échoue sur une planète inconnue où les singes, doués de raison et de la parole, dominent les êtres humains réduits à l’esclavage. Mais les similitudes s’arrêtent là : une toute nouvelle histoire, des nouveaux personnages et surtout une nouvelle fin, tel est le pari du film. La référence sera le livre de Boulle et non la première adaptation cinématographique.

Ce qui a principalement déçu, c’est le manque de cohérence de l’histoire et de la thématique. Dans le premier cas, la critique est bien infondée : on sait très bien à quel point Burton est incapable de raconter une histoire «correctement» (et il ne s’en cache pas). Dans le deuxième cas – et c’est ce qui va nous occuper principalement -, ce manque de clarté vient sans doute du fait que jamais Burton n’a jonglé avec autant de sujets et de points de vue.

La religion, la bestialité humaine, l’humanité bestiale, l’individualisme, la tyrannie, le choix amoureux, la violence, etc. Voici quelques sujets abordés dans cette nouvelle mouture ; ils sont donc nombreux et Burton a parfois du mal à bien gérer l’entreprise. C’est qu’il s’agit de sa première oeuvre ouvertement politique (Mars Attacks! jouait la carte du nihilisme jouissif bien qu’utopique à de nombreuses reprises) et on ne peut, dès lors, que lui pardonner son manque de maîtrise par endroits.
Commençons par le commencement, c’est-à-dire le générique. C’est peut-être le «Main Title» le plus brillant de Burton car il est autant esthétiquement beau que narrativement exemplaire. On retrouve en effet tous les éléments clés de l’histoire condensés en seulement 3 minutes : l’ouverture sur le champ d’étoiles, la relique contenant l’arme, le regard du tyran, etc. C’est en revoyant le film qu’on s’en rend véritablement compte et on verra que cela vaut pour d’autres aspects du film.
La séquence d’ouverture se situe en 2029, sur une station orbitale, l’Oberon. On ne peut s’empêcher de noter l’hommage à 2001, l’odyssée de l’espace de Kubrick et ce, que ce soit visuellement (la blancheur étincelante de l’environnement) ou thématiquement : l’homme est devenu une simple machine, au service d’un grand projet dont il ne sait rien et dont il n’est même plus l’acteur (ici, le singe, génétiquement modifié, remplace HAL, le superordinateur du film de Kubrick). Ces séquences sont donc peuplées d’automates dont fait partie Leo Davidson, le «héros du film». Celui-ci se distancie vite des autres par son esprit rebelle : il refuse sa situation de pantin, qui réduit son ego (et aussi sa fierté). Voilà pourquoi, lorsque son singe Périclès (les noms des personnages ne sont pas innocents) se perd dans l’orage électromagnétique, il n’hésite pas à partir à son secours, bien que ses supérieurs le lui aient interdit formellement. Par amour pour son singe ? Peut-être. Pour prouver sa bravoure et ses capacités à ses supérieurs ? Sans doute. Ses motivations sont floues et le seront jusqu’à la fin du film. Leo est un américain moderne : individualiste et égoïste, ne réfléchissant pas vraiment à la portée de ses actes. Il se dégage de sa personne une antipathie profonde qui en a rebuté plus d’un. Il nous est impossible de s’identifier à ce personnage qui devrait pourtant être notre guide.

Son arrivée sur cette nouvelle planète, après s’être perdu à son tour dans les tempêtes électromagnétiques, va signifier pour lui comme une nouvelle naissance. D’ailleurs, on peut le comprendre au travers des 3 phases : son vaisseau ressemble à un oeuf dont il s’extirpe ; il s’extrait ensuite de l’eau (le liquide amniotique) ; enfin, il se défait de sa veste telle une mue. Mais sa transformation n’a pas déjà eu lieu pour autant (il en faudrait plus pour le déstabiliser).
Le voilà donc jeté dans un monde duquel il ne pensera d’abord qu’à fuir au plus tôt. Peu importe qu’il y sème le trouble, que ses «semblables» le considèrent comme le messie ou qu’il soit l’ennemi juré des autres ! Dans des scènes du tournage, on peut entendre Wahlberg répondre «Don’t know. Don’t care.» (Je ne sais pas. Je m’en fous). Cela résume bien les ambitions de son personnage.

Mais parlons un peu de cette planète. Dans le commentaire audio du dvd, un adjectif revient souvent à la bouche de Burton : fragmenté. A l’instar de notre monde, cette planète est cosmopolite et complexe: divisée en deux races, les humains et les singes, eux-mêmes scindés en différents groupes ethniques et sociaux. Politiquement instable, elle permet au groupe minoritaire, les singes, de vivre dans la richesse, laissant aux humains le choix entre la vie sauvage ou l’esclavage. La religion et les mythes y tiennent un rôle important : les humains se languissent de leur messie qui viendra les délivrer (et qu’ils voient en Leo) et les singes ont basé leur civilisation autour de Semos, le premier des singes selon la fable. Toute innovation intellectuelle est considérée comme un danger et celui qui l’emporte est celui qui crie le plus fort ou qui emploie la force avec le plus de violence. A de nombreuses reprises, on pense à la vie politique et militaire romaine (on peut d’ailleurs par endroits rapprocher le film du péplum et plus précisément de Spartacus, un autre film de Kubrick) même s’il s’agit aussi d’une société très moderne (notamment et, peut-être surtout, le modèle américain).
Dans cette société, on trouve : un chimpanzé tyran, Thade, assoiffé de gloire et de pouvoir, une guenon humaniste, Ari, à l’esprit rebelle (mais bien différent de Léo : elle se révolte pour son prochain, là où Leo se révolte pour lui-même), une jeune femme fougueuse, Daena ou encore un orang-outang, Limbo dont les seules questions sont d’ordre financier, etc.

Une belle brochette de personnages, auxquels Burton porte un intérêt variable. Son film tourne en fait beaucoup autour de Thade, Léo et Ari, délaissant un peu (trop) ses rôles secondaires (la relation qui lie Attar et Krull est vraiment anecdotique, Daena, la belle blonde, n’est que l’antithèse de Ari et le jeune adolescent semble avoir été créé par les producteurs mêmes). Il n’en reste pas moins que le petit groupe de «fuyards» qui va se constituer pendant le film nous offre, au fil des répliques, des situations très évocatrices et d’un symbolisme fort (depuis Ed Wood, Burton semble attiré par le principe, presque carpenterien comme le souligne les Cahiers du Cinéma, du groupe amené à combattre côte à côte).

Je prendrai pour exemple, la somptueuse scène de la fuite à travers la forêt. Elle figure même parmi les plus belles du cinéaste.
Leo, accompagné de quelques humains ainsi que de Ari et son protecteur Krull, s’échappe de la ville simiesque par la dense forêt qui l’entoure. L’inversion des rôles qui fut l’une des motivations principales de Burton pour le projet va ici prendre tout son sens.
Disposant à nouveau de son arme, Leo est désormais en position de force et le sait bien. Très vite, il tient une proie en joue : Limbo, l’orang-outang marchand d’hommes. Conscients de leur nouvelle supériorité sur les singes, les humains s’attroupent autour de celui-ci et lancent à Leo un “Tue-le ” aussi froid qu’instinctif, faisant fi des supplications du singe, terrorisé. Le plan est magistral : des humains, aux pulsions animales, forment une meute autour d’un animal, à genoux devant eux, suppliant de toute son humanité – un moment fort, un instant de «bizarrerie» comme seul Burton peut nous en offrir. Pour mettre fin à cette tension, Ari vient s’intercaler entre l’arme et la victime.
Ari, un autre animal-humain mais aussi le personnage le plus humain du film; en quelque sorte, notre garde-fou tout au long de ce périple, unique détentrice d’une certaine morale. Elle est, bien évidemment, le personnage le plus burtonien du film, contenant cette dualité que le cinéaste affectionne tant, et qu’il rend physiquement (son visage surtout) très humaine, au point qu’elle en devient belle, en grande partie grâce à sa personnalité, et presque séduisante (soulignons au passage le travail d’orfèvre effectué par Rick Baker et son équipe, donnant une véritable personnalité et mobilité à chaque singe).
Son regard rêveur trahit son altruisme naïf et sa sensibilité la rend autant fébrile que très décidée (l’interprétation parfaite de Helena Bonham Carter en fait la reine du casting, devant Tim Roth).

Elle met donc fin à cette situation périlleuse par la parole, le dialogue, dont sont incapables les deux camps, où règne uniquement la loi du plus fort. Ainsi, alors que longtemps la réclusion, l’isolement étaient au centre du cinéma de Burton, c’est aujourd’hui l’ouverture d’esprit qui le préoccupe – celui qui s’ouvre à l’autre est celui qui survit. Comme Mad Movies le précisait fort justement : depuis Mars Attacks!, «Burton ne fait plus des films sur Tim (Vincent et les autres…) mais bel et bien des films de Tim».

Nous arrivons maintenant à la transformation qui va s’opérer chez Leo.
Il découvre finalement qu’il est le créateur de son cauchemar. Si cette planète et ce monde existent, c’est par sa faute : son équipage s’est à son tour engouffré dans les orages pour tenter de le sauver, après avoir perdu sa trace. Arrivée des centaines d’années plus tôt que leur pilote dans cet environnement hostile, l’équipe a, peu à peu, perdu sa suprématie sur les singes, génétiquement modifiés, qui se sont établis comme nouveaux maîtres…
Pour la première fois du film, Leo est pensif. Il semble enfin comprendre que ses actes ont une portée : il est l’unique cause de sa perte. A ses côtés, Ari lui souffle alors ces mots : «nous sommes vivants grâce à toi». Une réplique digne de Daniel Waters (scénariste de Batman Returns) et qui va résonner dans la tête de Leo. Ce dernier s’isole de la foule qui l’oppresse, refusant encore une fois son rôle de sauveur; mais désormais, il doute. Son arrogance, son ton hautain ont disparu et ont cédé la place à l’introspection. Il n’est plus cette machine, enchaînant les actions sans chercher à en savoir plus; le voilà devenu humain. Ari est donc la seule à pouvoir l’approcher et à le comprendre. Mais voilà maintenant que c’est Leo qui fait preuve d’optimisme, refusant de céder à la tyrannie de Thade. Il endosse enfin son habit de messie et décide de lutter pour la libération des humains. Le changement est radical mais bien amené. Malheureusement, alors qu’il eût fallu peut-être disserter plus longtemps sur cette humanisation, Burton se voit rappeler par les studios qu’il s’agit d’un film d’action et qu’il faut nécessairement une grande bataille finale. C’est bien regrettable car le film y aurait gagné beaucoup. Mais Burton n’en reste pas là et garde le meilleur pour la fin.

Nous y voilà donc. Cette fameuse fin qui a fait couler tant d’encre (beaucoup y voyant l’assurance que le film est un échec). Cependant, si vous m’avez suivi jusqu’ici, vous en aurez déjà compris le sens…
Thade enfermé dans sa cage (symbole d’une violence que l’on croit sous contrôle, voire révolue – raison pour laquelle le jeu de Tim Roth est si peu nuancé : Thade, c’est la violence brute et sanglante qui se tapit en chacun de nous et que l’on arrive à refouler, du moins relativement), Leo pense avoir mené à bien son intervention sur cette planète qui lui a appris à aimer (ses sourires et la tendresse destinés à Ari) et se décide donc à partir (oserait-on le parallélisme avec l’attitude de l’armée américaine lors de la guerre du Golfe notamment ?). L’ennemi maté, on peut s’en retourner auprès de sa patrie, y retrouver la chaleur de son foyer et ses points de repères. Mais, à son retour, c’est une autre Amérique qui accueille Leo…

Ne vous méprenez pas : il s’agit bien de la même planète Terre, identique à celle qu’il a connue et que nous connaissons. Rien n’a changé. Sauf Leo lui-même : son humanisation lui a ouvert les yeux. Il peut désormais voir à l’intérieur de ses compatriotes et les découvre tels qu’ils sont : des animaux, des descendants de Thade.
Thade justement, qui remplace Lincoln, emblème national du «Grand Homme» aux Etats-Unis pour nous montrer la face intrinsèquement barbare de l’Amérique (et de l’Occident aussi). Leo a beau ne plus comprendre ce monde qui l’entoure, il devra vivre avec. Comme nous tous…
En conclusion reprenons les termes de Cadrage.net : «Là est le style même de Burton, une esthétique de l’éthique poétique». Il s’agit là d’une excellente définition du cinéma du réalisateur, qui s’est affirmé depuis Mars Attacks!, même si certains ne voient toujours en lui qu’un faiseur de belles images (et qui n’en attendent que cela).
La Planète des Singes est une œuvre de transition (avec ses qualités et ses défauts) d’un cinéaste qui est en pleine maturation. Une maturation socio-politique, inutile de le préciser…

Articles de Presse

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6. Anecdotes

Deux acteurs du film original de 1967 apparaissent dans le film de Tim Burton : Charlton Heston en père de Thade et Linda Harrison qui fait une brève apparition parmi les fugitifs humains capturés par les singes.

Certaines scènes du film ont été tournées au Lac Powell dans l’Utah, lieu de tournage du premier film original.

Planet of the Apes n’est pas un remake du premier film mais une ré-interprétation de la nouvelle de Pierre Boulle.

C’est sur le plateau de tournage que Tim Burton va faire la rencontre d’Helena Bonham Carter, qu’il va épouser et qui deviendra la mère de ses deux enfants. Il y avait également Lisa Marie, son ex-compagne. Les deux femmes ont partagé plusieurs scènes à l’écran où l’une essaye de garder le pouvoir sur l’autre…

7. Citations

8. Nominations & Récompenses

  • Grammy Awards 2002 : Meilleure bande originale (Danny Elfman)
  • MTV Movie Awards 2002
    • Meilleur caméo (Charlton Heston)
    • Meilleur méchant (Tim Roth)
  • BMI Film & TV Awards 2002: BMI Film Music Award pour Danny Elfman
  • Bogey Awards [Germany] 2002
  • Hollywood Makeup Artist and Hair Stylist Guild Awards 2002 : Meilleur maquillage (Rick Baker, Kazuhiro Tsuji, Toni G)
  • Las Vegas Film Critics Society Awards 2002 : Rick Baker pour le maquillage
  • Razzie Awards 2002
    • Pire suite ou remake
    • Pire acteur secondaire (Charlton Heston)
    • Pire actrice secondaire (Estella Warren)

9. Liens Externes

    • Planet of the Apes sur IMDb (En)
    • Planet of the Apes sur Wikipedia (En|Fr)
    • Planet of the Apes sur Allociné (Fr)
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Sleepy Hollow

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1. Synopsis

New York 1799. Ichabod Crane, enquêteur de la brigade criminelle, tente d’imposer tant bien que mal de nouvelles méthodes d’investigations scientifiques au sein de la police. Afin de lui permettre de les expérimenter, il est envoyé dans un petit village de campagne du nom de Sleepy Hollow pour y enquêter sur une série de meurtres par décapitation. Dans cette bourgade brumeuse et solitaire, les habitants sont persuadés que les meurtres sont l’œuvre du Cavalier Sans Tête, fantôme hantant la région depuis deux décennies.
D’abord sceptique, Ichabod Crane va voir son assurance flancher après avoir constater que le Cavalier Sans Tête est bien réel et qu’une terrible machination entoure ses meurtres.

Bande-annonce :

2. Fiche Technique

  • Titre original : Sleepy Hollow
  • Titre français : Sleepy Hollow : La Légende du Cavalier Sans Tête
  • Année : 1999
  • Date de sortie : 19 novembre 1999 (USA), 9 février 2000 (France)
  • Durée : 105 minutes
  • Genre : Fantastique, épouvante-horreur, thriller
  • Réalisation : Tim Burton
  • Scénario : Kevin Yagher et Andrew Kevin Walker
  • Basé sur : la nouvelle de Washington Irving
  • Musique : Danny Elfman
  • Producteurs : Scott Rudin, Adam Schroeder
  • Société de production : Paramount Pictures
  • Société de distribution : Paramount Pictures (USA), Pathé Distribution (France)
    • Directeur de la photographie : Emmanuel Lubezki
    • Direction artistique : Ken Court, John Dexter & Andy Nicholson
    • Création des décors : Rick Heinrichs
    • Décorateur de plateau : Peter Young
    • Costumes : Colleen Atwood
    • Montage : Chris Lebenzon & Joel Negron
    • Casting : Susie Figgis, Ilene Starger
    • Co-producteurs : Kevin Yagher & Andrew Kevin Walker
    • Producteur associé : Mark Roybal
    • Producteurs exécutifs : Francis Ford Coppola & Larry J. Franco
    • Lieux de tournage : Hertfordshire, Londres, Oxfordshire, Surrey (Angleterre)
    • Pays d’origine : États-Unis & Royaume-uni
    • Langue : Anglais
    • Format : couleurs – Panavision, 35 mm, 1,85:1 (couleurs, son DTS et Dolby numérique)
    • Public : R
    • Budget : 70 000 000 $
    • Recettes : USA – 101 068 340 $ / France – 2 548 961 entrées

3. Casting

  • Ichabod Crane : Johnny Depp
  • Katrina Van Tassel : Christina Ricci
  • Lady Mary Van Tassel / la sorcière des bois :  Miranda Richardson
  • Baltus Van Tassel : Michael Gambon
  • Le « Cavalier sans tête » : Christopher Walken
  • Le « Cavalier sans tête » (cascades et scène de combats) : Ray Park
  • Le jeune Masbath : Marc Pickering
  • Brom Van Brunt : Casper Van Dien
  • Le révérend Steenwick : Jeffrey Jones
  • Le juge Samuel Philipse : Richard Griffiths
  • Le docteur Thomas Lancaster : Ian McDiarmid
  • Le notaire James Hardenbrook : Michael Gough
  • Killian : Steven Waddington
  • Le bourgmestre : Christopher Lee
  • Lady Crane : Lisa Marie
  • Peter Van Garrett : Martin Landau

4. Analyse

5. Critique

Sleepy Hollow est tout d’abord un jouet dans les mains de Burton. Après tous ses essais infructueux pour ramener Superman à l’écran, il a dû voir le projet de Sleepy Hollow comme un don du ciel, une sorte d’exutoire face à son échec.

Ce que ça a donné ? Plutôt quelque chose de beau que bon. Je ne dis pas que le film n’est pas efficace, mais plutôt que son argument principal est sa beauté impressionnante et non son scénario. La légende de Sleepy Hollow, écrite par Washington Irving, bien qu’excellente, n’était pas nouvelle et Burton ne pouvait sûrement pas compter sur l’histoire comme élément principal, se tournant dès lors vers l’esthétique.

Cependant, l’intrigue est très bien ficelée. Durant tout le film, Burton nous trimbale d’un côté à l’autre sans pourtant résoudre l’énigme et surtout sans nous perdre. L’histoire nous fait découvrir de fond en comble le petit village de Sleepy Hollow. Tous les personnages (magnifiques dans leurs costumes conçus par Colleen Atwood) sont explorés.
Le scénario d’Andrew Kevin Walker explore pleinement le côté sombre de l’esprit humain. Durant son enquête, Crane doit changer complètement sa vision des choses et devra accepter l’inexplicable. Lui qui avait enfoui en lui l’épisode de sa vie qui le fît devenir aussi incrédule et “rationnel”, sera mis face à son passé durant sa lutte pour découvrir le meurtrier.

Le « méchant » n’est pas directement le cavalier fantôme mais plutôt un humain, la sorcière Archer, prouvant ainsi donc que ces meurtres ne sont pas un fruit du mal absolu mais de celui qui l’utilise. Le cavalier sans tête fait même pitié à le voir être manipulé par cette femme aveuglée par la vengeance. On peut faire un lien avec Frankenstein ici, le monstre touchant qui ne contrôle pas ses gestes. Un mélange de détails qui ont certainement tous été pris en compte par Burton qui orchestre tout cela de main de maître.

L’esthétique, quant à elle, sort tout droit du cerveau de notre Burton adoré, sûr et certain. Allant fouiller dans les profondeurs de son enfance (comme d’habitude, mais c’est tellement efficace !) pour peindre ce chef-d’œuvre d’atmosphère.
Fasciné par les films de la Hammer [les Frankenstein et autres Dracula] dans sa jeunesse, il se fit le plus grand des plaisirs de tordre arbres et bâtiments. Quand on voit Ichabod arriver à Sleepy Hollow, on s’aperçoit déjà que ce qui décime le petit village n’est pas une simple histoire. Cette histoire semble beaucoup plus compliquée et quand les premiers personnages entrent en scène, on s’aperçoit aussi qu’ils sont aussi tordus que leur environnement, voire plus. Mais si ce village et ses alentours sont froids et inquiétants, ils sont aussi extrêmement beaux.
Burton travaille sur des éléments d’horreur classiques, celle qui est plus inquiétante et plus belle qu’étonnante ou effrayante.

On y ajoute une brochette d’acteurs tous aussi talentueux que Johnny Depp et Christopher Walken, tout deux des habitués de Burton. Une fois de plus, Depp démontre son talent avec son interprétation, qu’on pourrait qualifier de parfaite, dans le rôle d’Ichabod Crane. À ses côtés, Christina Ricci, Miranda Richardson, Jeffrey Jones (un autre habitué), Michael Gough et plusieurs autres donnent vie aux personnages de Sleepy Hollow de manière très convaincante.

Pour couronner le tout, Danny Elfman se charge de la musique et a su adhérer au film en créant une trame sonore tout à fait envoûtante. Une histoire tordue, un décor tordu… une musique tordue.
Tordue comme Elfman sait si bien le faire. La musique sombre, lugubre et inquiétante et les décors embrumés et gothiques créent une atmosphère tout à fait unique et propre au duo Burton/Elfman. Une harmonie particulière qui fait que le film glisse facilement dans notre esprit.

Alors, ce film est-il une réussite ?
Je dirais qu’il ne passe que comme un souvenir. Il n’est pas vraiment marquant.
On peut en retirer quelque chose mais vraiment si on cherche en profondeur. Néanmoins, ce plongeon dans le passé est très intéressant et encore plus quand on s’intéresse au travail de Burton.
Un très bon film donc mais pas totalement apprécié par tout le monde.
C’est un film à l’écart des autres, un “hors-série”. Différent des autres films et différents des films de Tim Burton. On y découvre un Burton beaucoup plus direct, moins poétique mais toujours aussi efficace.
Sleepy Hollow, c’est un cadeau pour Burton et non pas par Burton.
Personnellement, je vous conseille absolument Sleepy Hollow.

Excellent comme un tableau qu’on admire avant de passer à l’autre.

Il l’a dit :

That’s the type of movie I use to like to watch all the time and it actually made me want to make movies.

C’est le genre de film que j’aimais regarder sans arrêt et qui m’a incité à faire des films.

That’s probably the strongest appeal to the story for me is that you always want to have two good adversaries.

L’attrait le plus fort pour moi dans une histoire est celui de toujours avoir deux bons adversaires.

Ichabod, he’s character that lives basically inside of his head, versus a character with no head!

Ichabod, c’est un personnage qui vit dans sa tête à la base, face à un personnage qui n’a pas de tête!

There’s a certain sort of ambiguiness about the characters that’s kind of great and there’s a lot about these people that you don’t know which is kind of interesting.

Il y a une sorte d’ambiguïté intéressante chez les personnages et il y a aussi une grande part d’eux-mêmes dont on ne sait pas ce qui y est intéressant.

They (the cast) just create an interesting combination.

Ils (la distribution) créent une combinaison intéressante.

My only image of windmills is like from the original Frankenstein the sense where it’s somewhere a symbolical of your mind. Somehow, I’m not quite sure how or why but maybe this sort of spinning quality that represents my mind.

Ma seule image de moulin à vent provient de Frankenstein, dans le sens où elle est quelque part symbolique dans ton esprit. D’une certaine façon, je ne suis pas sûr comment ou pourquoi, mais c’est peut-être cette rotation du moulin à vent qui représente mon esprit.

I think that’s the power of horror movies is that they hit you on an emotional level.

Je crois que le pouvoir des films d’horreur c’est qu’ils te frappent au niveau émotionnel.

Articles de Presse :

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6. Anecdotes

Le rôle du Cavalier Sans Tête est joué par Christopher Walken mais il est doublé par Ray Park lorsque celui-ci n’a pas de tête et par Rob Inch lorsque que Christopher Walken devait monter à cheval. Ray Park a entre autres, joué dans Star War : Épisode I et X-Men.

Johnny Depp, qui adore se grimer pour entrer dans un personnage, voulait mettre des prothèses pour allonger ses doigts, ses oreilles et son nez pour correspondre au Ichabod Crane de la nouvelle Washington Irving. Finalement il n’aura rien de tout ça dans Sleepy Hollow mais dans Dark Shadows, il arborera ses fameux doigts crochus et oreilles pointues pour le rôle du vampire Barnabas Collins.

Tim Burton a voulu rendre hommage avec ce film, aux Studios de la Hammer qu’il adorait tant étant petit et qui a récemment reprit du service en produisant La Dame en Noir de James Watkins.

Francis Ford Coppola, grand maître de l’épouvante, a été producteur exécutif du film.

La musique de Sleepy Hollow est en réalité composée de la même mélodie (d’une dizaine de secondes) répétée 196 fois environ. Le spectateur ne s’en aperçoit pas à la première écoute, la mélodie pouvant être jouée par plusieurs instruments différents.

Le cheval du personnage d’Ichabod Crane, nommé Poudre à Canon (ou Gunpowder en version originale) dans le film, était destiné âgé et destiné à l’abattoir après le tournage. De son vrai nom Goldeneye, il fut finalement adopté par Johnny Depp, qui refusait de voir mourir son partenaire à l’écran.

7. Citations

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8. Nominations & Récompenses

  • Oscars 2000
    • Meilleurs décors (Rick Heinrichs, Peter Young)
    • Meilleurs costumes (Colleen Atwood)
    • Meilleure photographie (Emmanuel Lubezki)
  • Satellite Awards 2000
    • Meilleure direction artistique (Rick Heinrichs, Ken Court, John Dexter, Andy Nicholson, Leslie Tomkins)
    • Meilleure photographie (Emmanuel Lubezki)
    • Meilleurs costumes (Colleen Atwood)
    • Meilleure bande originale (Danny Elfman)
    • Meilleur son (Gary Alper, Skip Lievsay)
    • Meilleur montage (Chris Lebenzon )
    • Meilleure performance dans une comédie ou une comédie musicale (Johnny Depp)
    • Meilleurs effets spéciaux (Jim Mitchell, Joss Williams)
  • Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films 2000
    • Meilleure actrice (Christina Ricci)
    • Meilleure musique (Danny Elfman)
  • Art Directors Guild 2000 : Prix d’excellence pour la direction artistique (Rick Heinrichs et les directeurs artistiques)
  • BAFTA Awards 2000
    • Meilleurs costumes (Colleen Atwood)
    • Meilleure direction artistique (Rick Heinrichs)
    • Meilleurs effets spéciaux (Jim Mitchell, Kevin Yagher, Joss Williams, Paddy Eason)
  • BMI Film & TV Awards 2000 : BMI Film Music Award pour Danny Elfman
  • Blockbuster Entertainment Awards
    • Meilleur acteur dans un film d’horreur (Johnny Depp)
    • Meilleure actrice dans un film d’horreur (Christina Ricci)
    • Meilleure actrice secondaire dans un film d’horreur (Miranda Richardson)
  • Boston Society Of Film Critics Awards 1999 : Meilleure photographie (Emmanuel Lubezki)
  • Costume Designers Guild Awards 2000 : Prix d’excellence pour les costumes – film d’époque/fantastique (Colleen Atwood)
  • Hollywood Makeup Artist and Hair Stylist Guild Awards 2000 : Meilleur maquillage (Kevin Yagher, Peter Owen, Liz Tagg, Paul Gooch )
  • Las Vegas Film Critics Society Awards 2000 : Meilleure direction artistique (Rick Heinrichs)
  • Los Angeles Film Critics Association Awards 2000 : Meilleure direction artistique (Rick Heinrichs)
  • Online Film Critics Society Awards 2000 : Meilleure photographie (Emmanuel Lubezki)
  • Santa Fe Film Critics Circle Awards 2000 : Meilleure photographie (Emmanuel Lubezki)

9. Liens Externes

  • Sleepy Hollow sur IMDb (En)
  • Sleepy Hollow sur Wikipedia (En|Fr)
  • Sleepy Hollow sur Allociné (Fr)
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Mars Attacks !

Mars Attacks logo

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936full-mars-attacks!-poster

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1. Synopsis

Un peu partout sur la Terre, des soucoupes volantes arrivées de la planète Mars survolent les plus grandes villes du monde. Le président des Etats-Unis, ainsi que ses conseillers militaires, scientifiques et médiatiques décident d’entrer en communication avec ces êtres venus d’ailleurs et dont les intentions leur sont encore inconnues. Mais suite à un malentendu, les martiens attaquent et déciment la population à coup de pistolets lasers. Des citoyens ordinaires, tous différents les uns des autres, vont faire face à leur façon à ces troupes de petits envahisseurs verdâtres clairement pas dénués d’humour.

Bande-annonce :

2. Fiche Technique

  • Titre original : Mars Attacks !
  • Titre français : Mars Attacks !
  • Année : 1996
  • Date de sortie : 13 décembre 1996 (USA), 26 février 1997 (France)
  • Durée : 106 minutes
  • Genre : Fantastique, comédie, science-fiction
  • Réalisation : Tim Burton
  • Scénario : Jonathan Gems
  • Basé sur : les cartes à collectionner Mars Attacks ! et Dinosaur Attacks ! commercialisées par Bubbles Inc.
  • Musique : Danny Elfman
  • Producteurs : Tim Burton, Laurie Parker & Larry J. Franco
  • Société de production : Warner Bros
  • Société de distribution : Warner Bros
  • Directeur de la photographie : Peter Suschitzky
  • Direction artistique : John Dexter
  • Création des décors : Wynn Thomas
  • Décorateur de plateau : Nancy Haigh
  • Effets spéciaux : Michael Lantieri & David Andrews
  • Costumes : Colleen Atwood
  • Montage : Chris Lebenzon
  • Casting : Matthew Barry, Jeanne McCarthy et Victoria Thomas
  • Producteurs associés : Paul Deason, Mark S. Miller et Mary Ann Marino
  • Lieux de tournage : USA : Burns, Kansas – Dolan Springs, Arizona – Kingman, Arizona – Las Vegas, Nevada – Lawrence, Kansas – Washington DC – Wichita, Kansas; Argentine : Buenos Aires, Federal District
  • Pays d’origine : États-Unis
  • Langue : Anglais
  • Format : Couleur (Technicolor) – DTS / Dolby Digital / SDDS – 35 mm
  • Public : PG-13
  • Budget : 70 000 000 $
  • Recettes : USA – 37 771 017 $ / France – 2 148 502 entrées

3. Casting

  • Le Président américain James Dale / Art Land : Jack Nicholson
  • Marsha Dale, la femme du président : Glenn Close
  • Barbara Land : Annette Bening
  • Le Professeur Donald Kessler : Pierce Brosnan
  • Le joueur malpoli : Danny DeVito
  • L’attaché de presse Jerry Ross : Martin Short
  • Nathalie Lake : Sarah Jessica Parker
  • Jason Stone : Michael J. Fox
  • Le Général Decker : Rod Steiger
  • Tom Jones : Lui-même
  • Richie Norris : Lukas Haas
  • Taffy Dale, la fille du président : Natalie Portman
  • Byron Williams : Jim Brown
  • La Femme Martienne : Lisa Marie
  • Grand Mère Norris : Sylvia Sidney
  • Général Casey : Paul Winfield
  • Louise Williams : Pam Grier
  • Billy Glenn Norris : Jack Black
  • Glenn Norris : Joe Don Baker
  • Sue Norris : O-Lan Jones
  • Sharona : Christina Applegate
  • Mitch : Brian Haley
  • Docteur Zeigler : Jerzy Skolomowski
  • Maurice, le président de la République Française : Barbet Schroeder

4. Analyse

5. Critiques

Le jeu de mot est facile mais il a le mérite de convenir parfaitement : Mars Attacks! est un OVNI dans la filmographie de Tim Burton. A bien des niveaux, le film semble échapper à ce qui avait fait la marque de fabrique du cinéma burtonien jusque là : un style visuel fort coloré, une cruauté impitoyable ou encore des personnages se présentant comme des archétypes déjantés ; on est en droit de se demander dans un premier temps où se trouve le cinéaste nuancé et délicat qui nous a tant enchantés dans ses précédentes œuvres.
Il est bien là pourtant et même plus présent que jamais. Avec Mars Attacks! Burton nous présente un des aspects de sa personnalité que l’on connaît peut-être moins mais qui n’a cessé d’être travaillé en filigrane dans son œuvre jusque là : un sens de l’observation imparable de ses compatriotes et plus largement de ses congénères dont il essaie à chaque film de comprendre le comportement. Cette lecture sociologique, elle était déjà présente dans ses personnages de reclus, rejetés par les « autres », autres en tant que voisinage bourgeois (Beetlejuice, Edward aux mains d’argent), qu’homme politique arriviste (Batman le défi) ou qu’adultes apeurés (The Nightmare before Christmas). Mais dans Mars Attacks! cette question devient centrale et définit la structure même du propos. Constitué de brèves saynètes mettant en scène un caractère précis du genre humain, le film se présente finalement comme l’humanité telle que Burton la voit et telle qu’il voudrait qu’elle soit.

Afin de s’amuser à sa guise, Burton part d’une idée simple qui lui est inspirée par des cartes en vente aux Etats-Unis : les Martiens arrivent sur la Terre et la mettent à feu et à sang. L’agressivité intrinsèque des extra-terrestres n’a d’égale que leur cynisme décapant. Aucune entente possible : les êtres humains devront y passer.
A partir de cette idée classique, mais traitée ici avec une perspicacité et un humour tout burtonien, le cinéaste se déchaîne et nous offre une galerie impressionnante de personnages : le président des Etats-Unis, la première dame, leur fille, un général belliqueux, un homme d’affaire peu scrupuleux, sa femme alcoolique, un scientifique à l’optimisme niais, un avocat allumé, un ancien boxeur noir converti à l’Islam, un ado un peu simple d’esprit et sa grand-mère sénile, etc. C’est toute la société américaine qui y passe (dans les deux sens de l’expression) ! Chacun de ces protagonistes réagira différemment à l’arrivée des Martiens et au carnage qui s’ensuivra : indifférence, dégoût, hargne, incompréhension, encore une fois, Burton chercher à brasser le plus possible de sentiments, transformant son film en une succession effrénée d’émotions, quitte à être légèrement brouillon de temps à autre. L’intérêt ne se trouve pas dans l’intrigue, qui est ici un prétexte, mais dans les situations qu’elle génère.

Mars Attacks! c’est donc aussi un règlement de comptes : au final, l’humanité se voit purgée de tous ceux qui essaient de l’abuser ou d’en profiter. Hommes politiques, militaires, journalistes, avocats ; il ne reste plus que les simples gens, ceux à qui on ne demande jamais leur avis. Il ne faut pas croire cependant que Burton se laisse aller à une écriture aussi simple (notons que s’il n’est pas crédité au générique, le cinéaste peut être considéré comme co-scénariste du film aux dires de l’auteur du scénario, Jonathan Gems). En effet, si ces personnages peu recommandables sont désintégrés par les Martiens, ils le sont avant tout par eux-mêmes, par leur comportement détestable et pernicieux. Il s’agit donc moins d’une revanche voire d’une vengeance que d’un dénouement inévitable pour les « malheureux » (ces opportunistes deviennent rapidement attachants, un sentiment dont joue beaucoup Burton pendant le film, et qui prend dans ce cas la tournure d’une énième manipulation par leur soin). Les morts imaginées sont toutes plus hilarantes les unes des autres et résument de façon très lucide, les vies qui s’achèvent net devant nos yeux : le président meurt dans un dernier accès d’égocentrisme et démagogie, l’avocat est pulvérisé alors qu’il tentait encore une fois de marchander et le jeune militaire écervelé découvre trop tard l’écart entre son entraînement (ou endoctrinement) et la réalité de la guerre. En une image, Burton fait mouche, comme à son habitude.

Le réalisateur est cependant conscient que même les personnages censés représenter les « héros » du film, en fait ceux qui survivent, ont également leurs limites : le pacifisme de la femme de l’entrepreneur avide de dollars frise le ridicule, l’adolescent discret et maladroit n’a pas grand-chose à dire et l’optimisme du scientifique est d’une incroyable naïveté. Seulement voilà, ces êtres humains ont foi en ce qu’ils font ; ils le font peut-être mal mais ils croient réellement en la valeur juste de leur acte ou de leur propos. Ils sont à côté de la plaque, oui ; cependant, leur ténacité et leur volonté leur permettent d’échapper au triste sort de leurs compatriotes (et si le professeur disparaît dans les flots, c’est en embrassant la femme dont il est amoureux, dernier acte purement irrationnel qui fait éclater tout son savoir et ses croyances scientifiques). On retrouve ici une approche qu’avait déjà effectuée Burton pour ses personnages de Ed Wood.
Finalement, le seul vrai héros du film c’est le boxeur noir, musulman et séparé de sa femme (plutôt inhabituel comme héros, loin des conventions hollywoodiennes). Pourquoi lui ? Pourquoi pas? Un homme qui veut simplement rentrer chez lui, pour retrouver son épouse et ses enfants, pour oublier son boulot, et qui est prêt à tout pour ça, quoi de plus simple ? C’est la lutte de chaque père de famille qui travaille pour permettre à sa famille de subsister. En faisant de cet archétype simple et dont on ne se rend même plus compte, le héros de son histoire, Burton cherche clairement à installer une autre hiérarchie des valeurs ; il quitte les chemins traditionnels (gloire, argent, célébrité – c’est plutôt la mamie sénile qui va sauver le monde grâce à ses disques country) pour emprunter ceux dont on ne parle jamais (ou en multipliant les lieux communs) et qui sont pourtant essentiels à nos sociétés. Ce sont ces gens, quel que soit leur milieu, qui à la fin du film reçoivent la responsabilité de la Terre. Que vont-ils en faire ? On n’en sait rien et finalement ça n’a pas d’importance. Simplement, pour une fois, c’est à eux qu’on a décerné une médaille.
Final utopique mais loin d’être candide et qui ouvre la porte à de nombreuses pistes de réflexion. Il ne se présente pas comme une solution aux problèmes de l’humanité mais plus comme une tentative, un essai d’autre chose qui pourrait peut-être marcher. On reconnaît là l’une des qualités principales de Tim Burton : une modestie et une honnêteté qui l’empêche de présenter sa façon de voir comme l’unique et seule acceptable, ce que beaucoup de cinéastes ont tendance à faire. A travers ce film, c’est donc aussi une leçon d’humilité que nous livre Burton.

Le casting du film est impressionnant et c’est un euphémisme. Qui plus est, chaque acteur est dirigé avec une précision exemplaire, le moindre geste, la moindre mimique, l’affirmant dans son rôle. Il faut voir Jack Nicholson en Président dans son discours qui suit le premier massacre, Pierce Brosnan assénant ses formules ampoulées entre deux bouffées de pipe ou encore Danny DeVito qui jubile pour un rien. Et les seconds rôles et apparitions éclairs sont innombrables : Pam Grier, Natalie Portman, Glenn Close, Michael J. Fox, Lisa Marie mais aussi Tom Jones qui trouve sans doute là le rôle de sa vie ! Le plus étonnant c’est que chaque acteur semble exactement à sa place, aucun ne se réservant la plus grosse part du gâteau, aucun ne dépréciant la qualité d’une scène. Et plus que tout, ils créent un ensemble cohérent et relevé, Ce qui était pourtant loin d’être une tâche aisée ; le film réussit sans doute là où les films catastrophes des années 70 (dont Mars Attacks! s’inspire ostensiblement) échouaient.

Au niveau visuel, Burton s’est encore une fois surpassé, mais aussi démarqué. A la trappe ses influences gothiques et expressionnistes, ses teintes sombres et inquiétantes et ses animations image par image. Ici tout est couleurs chaudes, voire criardes (Mars Attacks! est un summum du kitsch), recyclage d’images clés de la culture américaine (le fermier sur son tracteur, les shows télé, les limousines, la country, il y a presque autant d’exemples que de plans !) mais aussi images de synthèse puisque tous les petits Martiens et leurs soucoupes volantes sont entièrement réalisés en numérique (et d’ailleurs sacrément réussis). Il n’en reste pas moins que visuellement, cela reste burtonien en diable, bourré à craquer d’idées et marqué par une véritable esthétique développée au fil du film.
Pour son grand retour dans l’univers de Burton (ils s’étaient disputés au début de la production de Ed Wood), Danny Elfman compose une partition au diapason du film : remplie d’influences diverses – le rock, les partitions de science-fiction de Bernard Herrmann, les morceaux lounge, etc. -, quelque part entre la marche militaire autoritaire et le burlesque. L’utilisation des fameux Theremin et Ondes Martenot, ces instruments aux sonorités particulières donnent à la musique un cachet volontairement rétro et nostalgique. L’association de la musique aux images est dès le départ époustouflante dans un générique d’ouverture qui restera dans les annales : les vaisseaux, de plus en plus nombreux, se dirigeant vers la Terre accompagnés par le thème principal du film repris à l’unisson par un orchestre déchaîné, c’est peut-être l’un des sommets de la collaboration Burton/Elfman.
Et puis difficile de ne pas évoquer « Indian Love Call », le tube country dont l’utilisation dans le film est loin de lui rendre hommage, puisque c’est la voix haut perchée insupportable de son chanteur qui vient à bout des Martiens. Néanmoins, il est sans doute impossible de la dissocier du film désormais tant la chanson semble avoir été écrite pour lui.

Échec commercial et critique aux USA, qui avait fait cette année-là de Indenpendance Day le succès de l’été (tout un symbole), le film fait toujours aussi peu l’unanimité dans son pays, même s’il a ses fans. En Europe, l’accueil a été autrement plus chaleureux sans qu’il s’agisse toutefois du plus gros succès de Tim Burton. Dès lors pour beaucoup, Mars Attacks! constitue un faux pas ou une erreur de parcours ; or on est bien loin, je crois que vous l’avez compris maintenant. Au contraire, il s’agit d’une lecture très personnelle mais brillante des relations humaines et sociales, dans une société qui les a bien souvent perverties. Avec un humour fulgurant, Burton nous dit des choses très sérieuses et prend clairement position, quitte à laisser le champ libre aux critiques. Car quel que soit le film, le cinéaste ne se ment pas à lui-même et s’offre à voir entièrement; à cet égard, Mars Attacks! en est peut-être l’un des exemples les plus frappants.

Articles de presse :

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6. Anecdotes

Annette Bening, qui n’a pas pu jouer le rôle de Catwoman dans Batman Returns à cause du chute à cheval, a été recontactée par Tim Burton pour jouer dans Mars Attacks !, proposition qu’elle a bien sûr accepté.

L’autre série de cartes à collectionner Dinosaurs Attack ! avait été évoquée pour une adaptation cinématographique mais le projet ne s’est pas fait à cause de sa ressemblance avec le film Jurassic Park de Steven Spielberg.

Mars Attacks ! est sorti 5 mois après Independence Day aux Etats-Unis, ce qui lui a valu une incompréhension totale vis-à-vis du public Américain qui n’a pas forcément vu le 2nd degré du film. Pour Tim Burton, Mars Attacks ! n’est pas une critique des Etats-Unis mais plutôt son ressenti en tant qu’incompris lui-même.

7. Citations

Tout le monde pense que je fais référence à Frankenstein dès qu’un personnage est couturé (les cicatrices du chien dansFrankenweenie, celles de Sally dans L’Étrange Noël de Mr Jack, la greffe d’une tête humaine sur un corps de chien dans Mars Attacks! …) Pour moi, ça a plus à voir avec une trace physique, visible, de leur psychologie. Ils sont comme cassés et doivent réunir tous les petits morceaux. Dans Sleepy Hollow, le cavalier sans tête poursuit exactement le même but : quand on n’a plus de tête, il faut la retrouver…

 Tim Burton, L’Événement du Jeudi, 10 au 16 février 2000

Pourquoi les Martiens ne feraient-ils pas “Kaak! kaak” ? Pourquoi ne porteraient-ils pas de slips rouges? C’est ça, le grand plaisir avec les films comme Mars Attacks!: tout est permis.

— Tim Burton, L’Événement du Jeudi, 10 au 16 février 2000

C’est une époque où je regardais l’Amérique de façon étrange, un peu comme un anarchiste, je ne l’aimais plus.
J’avais l’impression que tout s’y détraquait et j’ai trouvé dans ce jeu de cartes et ce scénario de quoi assouvir cette soif d’une certaine causticité.
Du coup, je me sentais assez Martien, avec cette méchanceté sournoise et quasi naïve qui les caractérisent dans ce jeu.

— Tim Burton, Les Inrockuptibles, 14 octobre 1998

Pendant que j’écrivais [Le scénario de Mars Attacks!], Tim dessinait, il parlait uniquement en termes d’images, mais avec des intuitions formidables…

— Jonathan Gems, Livre “Tim Burton par Tim Burton” (Mark Salisbury)

On n’arrête pas de hurler sur ce qui est “incorrect” et, en même temps, regardez comment on vous présente les infos! Pour moi, c’est ce qu’il y a de plus dingue. On s’insurge contre la violence dans les films et, après, on vous présente la guerre comme une minisérie, comme une charmante petite chose.

— Tim Burton, « Les martiens Attakkks », propos recueillis par Jacques-André Bondy. In : Première, Paris, mars 1997, p. 54-59

8. Nominations et Récompenses

  • MTV Movie Awards 1997 : Meilleur combat (entre Jim Brown et un alien)
  • Satellite Awards 1997
    • Meilleur film d’animation ou mélangeant des techniques (Tim Burton)
    • Meilleure performance dans une comédie ou une comédie musicale (Jack Nicholson)
    • Bande originale exceptionnelle (Danny Elfman)
    • Effets spéciaux exceptionnels (Jim Mitchell, Michael L. Fink, David Andrews)
  • Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films 1997 : Meilleure musique (Danny Elfman)

9. Liens Externes

  • Mars Attacks ! sur IMDb (En)
  • Mars Attacks ! sur Wikipedia (En|Fr)
  • Mars Attacks ! sur Allociné (Fr)
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Ed Wood

Ed Wood Logo

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Ed-Wood_poster

 

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1. Synopsis

Apprenti réalisateur enthousiaste, Ed Wood lance ses premiers projets de films alors qu’il n’est que simple coursier à Hollywood. Après avoir produit une pièce de théâtre médiocre et malgré son manque de savoir faire, sa créativité est relancée grâce à sa rencontre avec Bela Lugosi, ancienne légende du cinéma, connue pour avoir incarnée Dracula. Drogué et sans un sou, Lugosi va se prendre d’amitié pour Ed. Ces derniers vont se lancer dans la réalisation de films de science-fiction fauchés et sans intérêt qui permettront toutefois à Ed Wood de passer à la postérité en devenant le plus mauvais réalisateur de tous les temps.

Bande annonce :

2. Fiche Technique

  • Titre original : Ed Wood
  • Titre français : Ed Wood
  • Année : 1994
  • Date de sortie : 28 décembre 1994 (USA), 21 juin 1995 (France)
  • Durée : 127 minutes
  • Genre : Biopic, comédie dramatique, Fantastique
  • Réalisation : Tim Burton
  • Scénario : Scott Alexander et Larry Karaszewski
  • Basé sur : le livre de Rudolph Grey
  • Musique : Howard Shore
  • Producteurs : Tim Burton & Denise Di Novi
  • Société de production : Touchstone Pictures
  • Société de distribution : Buena Vista (USA), GBVI (France)
  • Directeur de la photographie : Stefan Czapsky
  • Direction artistique : Okowita
  • Création des décors : Tom Duffield
  • Décorateur de plateau : Cricket Rowland
  • Costumes : Colleen Atwood
  • Montage : Chris Lebenzon
  • Casting : Victoria Thomas
  • Co-producteur : Michael Flynn
  • Producteur exécutif : Michael Lehmann
  • Lieux de tournage : Californie (USA) : Ambassador Hotel (Los Angeles), Boardner’s of Hollywood (Hollywood, Los Angeles), Hollywood, Los Angeles
  • Pays d’origine : États-Unis
  • Langue : Anglais
  • Format : Noir & Blanc – Dolby Digital – 35 mm
  • Public : R
  • Budget : 18 000 000 $
  • Recettes : USA – 5 887 457 $ / France – 267 630 entrées

3. Casting

  • Ed Wood : Johnny Depp
  • Béla Lugosi : Martin Landau
  • Kathy O’Hara : Patricia Arquette
  • Dolores Fuller : Sarah Jessica Parker
  • Bunny Breckenridge : Bill Murray
  • Criswell : Jeffrey Jones
  • Vampira : Lisa Marie
  • Tor Johnson : George Steele
  • Loretta King : Juliet Landau
  • Georgie Weiss : Mike Starr
  • Conrad Brooks : Brent Hinkley
  • Paul Marco : Max Casella
  • Tom Mason : Ned Bellamy
  • Le Révérend Lemon : G. D. Spradin
  • Ed Reynolds : Clive Rosengren
  • Orson Welles : Vincent D’Onogrio

4. Analyse

Après avoir travaillé au début des années 90 sur deux fronts simultanément avec Batman Returns (Batman, Le Défi) et The Nightmare Before Christmas (l’Etrange Noel de Monsieur Jack), Tim Burton décide, avec sa productrice Denise Di Novi, que leur prochain film sera une œuvre plus modeste et intimiste. Cette chance leur sera donnée par les scénaristes Scott Alexander et Larry Karaszewski, qui leur font parvenir par l’intermédiaire d’un ami commun, un traitement d’une dizaine de pages sur l’histoire d’Edward Wood Jr, cinéaste médiocre devenu culte grâce à son film Plan 9 From Outer Space (1956,  nommé à titre posthume comme l’un des pires films du monde) et dont, bien évidement, Burton est un fan inconditionnel.

Après bien des déboires avec son acquéreur initial qu’est Columbia Pictures, c’est finalement Touchstone (filiale de Disney) qui distribue Ed Wood, un biopic fantasmé et optimiste tourné en noir et blanc et lauréat de deux oscars (meilleur second rôle et meilleurs maquillages) qui n’obtiendra au final qu’un succès public extrêmement mitigé malgré un accueil critique flamboyant.

  • Ed Wood – un épouvantail de carton-pâte

Si le sujet du film se veut clairement moins populaire qu’un Batman, il s’inscrit pourtant dans la ligne directe des autres œuvres de Burton du moins d’un point de vue purement thématique. Artiste indépendant, passionné mais conspué, Ed Wood est un pur produit de la culture d’Hollywood. Fondu de cinéma de genre, son obsession à réaliser envers et contre tous ses propres films comme il l’entend fut une véritable inspiration pour ses proches et ce, bien que les œuvres qu’il réalisa furent toutes plus mauvaises les unes que les autres. Ed Wood était un marginal, se voyant déjà comme un grand de la trempe d’Orson Wells (son idole). C’est ainsi que malgré une médiocrité cinématographique qui saute aux yeux, les films d’Ed Wood ne sont en rien dénués d’âme et ne constituent pas des films bâclés dont le seul but est d’amasser le maximum de recettes (même si cette dimension reste bien présente).

C’est cette passion innée, innocente et aveugle qui séduit Burton, se sentant proche de la personnalité de cet artiste pas comme les autres. Bien que Burton n’ait connu jusqu’alors que des succès, c’est avec une grande force de conviction et contre l’avis général (sa mésaventure sur les Batman en témoigne) qu’il réussit à imposer ses choix, dont, ici, l’usage du noir et blanc, condition sine qua non à l’authenticité du film selon Burton (tous les films d’Ed Wood sont en noir et blanc). Un choix esthétique et artistique assez évident mais qui ne séduit guère les studios, toutefois rassurés par le coût peu élevé du métrage (environ 18 millions de dollars). Car Ed Wood se veut également être une véritable déclaration d’amour au cinéma, en témoignent l’impressionnant soin apporté dans la reconstitution du tournage des scènes des films.

Si le film se tourne relativement facilement, c’est aussi grâce à la passion de ses interprètes, tel Johnny Depp, qui retrouve Burton une seconde fois après Edward Scissorhands (Edward aux mains d’Argent) dans le rôle-titre ou l’oscarisé Martin Landau, qui incarne un Bela Lugosi à nul autre pareil.

  • Bela Lugosi, chronique d’un « à crocs »

Lui aussi véritable épouvantail à succès, Bela Lugosi n’a connu qu’un succès éphémère à la suite de son rôle-fétiche du Comte Dracula en 1931, plongeant dans la drogue et la pauvreté. Sans atteindre le même degré de déchéance que son personnage, Martin Landau a lui aussi connu la galère et avec un CV allant d’Alfred Hitchcock jusqu’à Roger Corman, il est le mieux placé pour incarner le vécu pesant de l’ex-star de l’épouvante, de même que l’affection réciproque qui le lie à Ed Wood lui-même. L’amitié bien réelle qui liait les deux hommes est le parfait miroir de la relation qu’entretenait Burton avec son idole Vincent Price, depuis qu’il lui a rendu hommage dans son premier court-métrage, Vincent, (1982). Ce dernier décède en 1993, alors que Burton vient d’accepter de réaliser Ed Wood. Le film devient une parfaite catharsis et une occasion sans égale de lui rendre un ultime hommage, son documentaire  Conversations With Vincent, n’ayant jamais vu le jour.

Cette relation qui unie Wood et Lugosi est inspirée de celle décrite dans le livre Nightmare of Ecstasy (de Rudolph Grey), sorte de biographie de la vie de Wood vue par ses proches et anciens collaborateurs, dont le scénario du film s’inspire en partie. Elle est au centre du récit, la vie de Wood n’étant contée qu’à partir de sa rencontre avec l’illustre acteur, certainement le moment le plus optimiste dans toute sa vie. Période où il rencontre également sa femme Kathy (jouée par Patricia Arquette dans le film). Le décès de Lugosi est bien évoqué à l’écran, de même que son impact sur Wood, qui est fugacement montré comme se rapprochant inexorablement de la déchéance de son mentor, seul dans un appartement avec ses chats (en fait, ceux du comédien décédé), juste avant d’avoir l’occasion de lancer un projet de la dernière chance, le mythique Plan 9 From Outer Space. La projection en avant-première de ce dernier sert de finale au film de Burton, préférant finir sur une note naïve et optimiste, à l’image d’Ed Wood, avant d’établir le destin de chaque personnage dans un épilogue précédant le générique. Une certaine pudeur entoure donc le destin, en réalité tragique de Wood et de ses proches, galerie de marginaux étranges dont Burton dresse un portrait aussi touchant que légèrement pathétique.

  • Candeur et décadence

Habitué aux personnages extrêmes (de Beetlejuice à Batman en passant par Edward et Pee-Wee), Burton tient à ce que Wood ne soit pas seul dans sa quête de célébrité. Car en réalité, il ne l’était pas dans la vraie vie, et ce malgré une tendance marquée au travestissement. En effet, bien qu’hétérosexuel, Edward Wood Jr passait une bonne partie de son temps (entre autres sur les tournages) habillé avec des vêtements de femme. Cette déviance encore très loin d’être courante et acceptée dans les années 1950 ne fait qu’ajouter au caractère exceptionnel de Wood, à son côté marginal qui a tant plu à Burton et Johnny Depp. Wood alla jusqu’à assurer le rôle principal de son premier vrai film, Glen Or Glenda (1952), étrange ode mal jouée et mal filmée, racontant la vie d’un travesti, très inspirée de son propre vécu.

Il obtint pourtant une documentation très poussée sur le sujet, fréquentant assidûment le petit milieu des transsexuels grâce à son ami John « Bunny » Breckinridge (incarné dans le film par Bill Murray) fils d’un ancien vice-président et homosexuel affirmé, qui lui-même tenta de changer de sexe. Un ami « bizarre » parmi d’autres, qui tous tourneront pour Wood, persuadé de son talent, et certainement de sa capacité à les rendre célèbre au-delà des limites de leur propre vécu artistique. Ainsi, on retrouve autour d’Ed Wood une cour hétéroclite de personnalités diverses et variées, comme le mage Criswell (Jeffrey Jones), faux voyant farfelu, Vampira (Lisa Marie), star de la télé présentant une émission consacrée aux films d’épouvante ou encore Tor Johnson (George « The Animal » Steele), star du catch au physique imposant. Chacun feront des apparitions aussi cocasses qu’anecdotiques dans les films de Wood, dont le remarqué Plan 9.

Bien que Tim Burton affirme avoir certainement donné une personnalité plus acceptable aux personnages de son film (les équipes du film ont pu en rencontrer la plupart), il n’en reste pas moins que l’hommage qu’il rend à cette troupe de paumés et d’exclus s’inscrit, avec un regard plus touchant que pathétique, dans la droite lignée de ce qui lui plaît tellement : la passion et l’inadaptation chronique de gens pas comme les autres, de nombreux personnages de son film étant présentés comme à la limite du monstre de foire, ces freaks pour qui Burton éprouve une affection particulière et via lesquels il rend un vibrant hommage à sa vision du cinéma.

A ce titre, Ed Wood est peut-être le film le plus mature de Burton, le plus adulte. Le fait qu’il traite, une fois n’est pas coutume, d’un sujet réaliste n’est sans doute pas étranger à ce fait et l’ancre dans un quotidien qui le rend d’autant plus poignant. Non pas que Burton traite son sujet de manière naturaliste, loin s’en faut, les excentricités sont nombreuses, à l’image de la galerie de personnage traités. Mais il ressort du film une tendresse profonde, un attachement aux personnages doublée d’une acceptation de l’autre magnifique qui ne peut être que renforcée par le fait que nous soyons face à un biopic.

De même, le film de Burton n’est jamais (ou rarement) conté autrement que via le regard de Ed lui-même. Présente dans chaque plan, sa bonne humeur contagieuse déteint sur un public conscient du côté artisanal mais bel et bien passionné de son auteur, parvenant ainsi à nous faire comprendre son implication émotionnelle et par là même à nous faire apprécier des films d’une grande qualité cinématographique.

En ce sens, la scène du train fantôme dans laquelle Ed Wood confie à sa compagne son goût pour le travestissement constitue l’une des plus belles du cinéma burtonien. Au sein d’une attraction reposant justement sur la peur, cet éternel enfant qu’est Ed Wood avoue timidement son attirance pour Kathy, de même que sa déviance vestimentaire, comme n’importe quel adolescent affronte son premier émoi amoureux, ici entouré de toute la batterie de monstres et artifices de carton-pâte typiques des trains fantômes de foires et qui par extension renvoie au travail et au matériel quotidien de Wood, comme autant de témoins à son acte présent. Sûr de lui au sein de cet univers qui est le sien, le voilà conforté à continuer sa carrière de la même façon qu’il l’a toujours abordé, avec passion et candeur, un peu comme Tim Burton lui-même lorsqu’il débuta ses premières œuvres.

  • L’étrange échec de Tim Burton

Avec moins de 5 millions de dollars de recettes, Ed Wood est un four, le premier jamais essuyé par le réalisateur, qui reste philosophe face à ce revers. Trop personnel et peu commercial, le film est toutefois un succès critique qui lui permet d’obtenir deux récompenses très prisées aux oscars.

Figure célébrée encore de nos jours, Edward Wood Jr et son histoire ne devaient pas avoir assez de potentiel pour être reconnu par le public comme un visage populaire marquant, alors que tant de biopics ampoulés et sans prise de risque obtiennent les faveurs du box-office.

Tout en s’appropriant quelque peu son univers et en y mettant de sa fantaisie si particulière, Burton parvient à apporter un regard neuf sur l’un de ces oubliés du système dont l’aura culte n’est reconnue qu’à titre posthume. Comédie dramatique de haute qualité, Ed Wood parvient maintenant à séduire un nouveau public et à l’instar de celui qui l’a inspiré connaît un véritable regain d’intérêt à posteriori du succès de son auteur, devenu, paradoxalement, un réalisateur au succès qui ne se dément pas mais qui toutefois divise.

Analyse par Sephiroth.

5. Critiques

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6. Anecdotes

Hommage au “plus mauvais réalisateur de tous les temps”, Ed Wood se devait d’afficher son lot de caméos clin d’oeil. Ainsi Conrad Brooks, acteur récurrent de la filmographie d’Ed Wood, apparaît-il en barman lors de la rencontre entre Ed Wood et Orson Welles. Gergory Walcott, l’un des acteurs principaux de Plan 9 From Outer Space, fait lui aussi une apparition, en présentant Ed Wood à Vampira.

Avec Sweeney ToddEd Wood fait parti des deux seuls films de Burton dans lequel ne figure pas Danny Elfman. En effet les deux hommes se sont brouillé juste après avoir fait The Nightmare Before Christmas. Ils se sont retrouvé depuis bien sûr et parlent volontier de cet incident en le comparant à une crise de couple : parfois il faut savoir s’éloigner pour mieux revenir.

7. Citations

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8. Nominations & Récompenses

  • Oscars 1994
    • Meilleur acteur secondaire (Martin Landau)
    • Meilleur maquillage (Rick Baker, Ve Neill, Yolanda Toussieng)
  • Golden Globes 1995
    • Meilleure performance d’acteur secondaire (Martin Landau)
    • Meilleur film, comédie ou comédie musicale
    • Meilleure performance d’acteur dans une comédie ou comédie musicale (Johnny Depp)
  • Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films 1995
    • Meilleur acteur (Martin Landau)
    • Meilleure musique (Howard Shore)
    • Meilleur film de fiction
    • Meilleur scénario (Scott Alexander et Larry Karaszewski)
  • Grammy Awards 1996 : Meilleure composition instrumentale écrite pour le cinéma ou la télévision (Howard Shore, pour le “Main Title”)
  • Satellite Awards 2005 : Meilleur bonus DVD (pour les commentaires)
  • Boston Society of Film Critics Awards 1994
    • Meilleure photo (Stefan Czapsky)
    • Meilleur acteur secondaire (Martin Landau)
  • Los Angeles Film Critics Association Awards 1994
    • Meilleure photo (Stefan Czapsky)
    • Meilleure musique (Howard Shore)
    • Meilleur acteur secondaire (Martin Landau)
  • New York Film Critics Circle Awards 1994
    • Meilleure photo (Stefan Czapsky)
    • Meilleur acteur secondaire (Martin Landau)
  • American Comedy Awards 1995 : Acteur secondaire le plus drôle (Martin Landau)
  • National Society of Film Critics Awards
    • Meilleure photo (Stefan Czapsky)
    • Meilleur acteur secondaire (Martin Landau)
  • Kansas City Film Critics Circle Awards 1995 : Meilleur acteur secondaire (Martin Landau)
  • Screen Actors Guild Awards 1995 : Performance exceptionnelle d’un acteur masculin pour un rôle secondaire (Martin Landau)
  • Southeastern Film Critics Association Awards 1995 : Meilleur acteur secondaire (Martin Landau)
  • Cinema Writers Circle Awards [Espagne] 1996 : Meilleur film étranger
  • London Critics Circle Film Awards (Angleterre) 1996 : Acteur de l’année (Johnny Depp)

9. Liens Externes

  • Ed Wood sur IMDb (En)
  • Ed Wood sur Wikipedia (En|Fr)
  • Ed Wood sur Allociné (Fr)
  • Edward Davis “Ed” Wood Jr sur Wikipedia (En|Fr)
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Batman Returns

Batman Returns Logo

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1. Synopsis

C’est Noël à Gotham City. Les citoyens profitent de la paix que leur apporte la période des fêtes. Paix de courte durée, puisque le gang du Triangle Rouge, dirigé dans l’ombre par l’énigmatique Pingouin, vient semer la peur dans les rues de la ville. Abandonné dans les égouts alors qu’il n’était qu’un bébé, le Pingouin devient la nouvelle coqueluche de Gotham, supporté par l’homme d’affaires véreux Max Shreck. Mais c’est sans compter sur Batman, alias le milliardaire Bruce Wayne, bien décidé à combattre ce nouveau malfaiteur et ce malgré la présence en ville d’une autre criminelle. En effet, la frèle Selina Kyle, ancienne secrétaire tuée par son patron qui n’est autre que Shreck, est ramenée à la vie par des chats, devenant ainsi la féline Catwoman. Un rude combat attend l’homme chauve-souris.

Bande annonce :

2. Fiche Technique

  • Titre original : Batman Returns
  • Titre français : Batman Le Défi
  • Année : 1992
  • Date de sortie : 19 juin 1992 (USA), 18 juillet 1992 (France)
  • Durée : 126 minutes
  • Genre : Fantastique, thriller, action
  • Réalisation : Tim Burton
  • Scénario : Daniel Waters (d’après une histoire de Daniel Waters et Sam Hamm)
  • Basé sur : le comic book de Bob Kane
  • Musique : Danny Elfman, Steven Severin (chanson “Face to Face”)
  • Producteurs : Tim Burton & Denise Di Novi
  • Société de production : Warner Bros
  • Société de distribution : Warner Bros (USA), GBVI (France)
    • Directeur de la photographie : Stefan Czapsky
    • Direction artistique : Rick Heinrichs
    • Création des décors : Bo Welch
    • Décorateur de plateau : Cheryl Carasik
    • Costumes : Bob Ringwood, Mary E. Vogt
    • Montage : Bob Badami, Chris Lebenzon
    • Casting : Marion Dougherty
    • Co-producteur : Larry J. Franco
    • Producteur associé : Ian Bryce
    • Producteur exécutif : Peter Guber, Benjamin Melniker, Jon Peters, Michael E. Uslan
    • Lieux de tournage : USA : Warner Bros Studios (Burbank) – Angleterre : Pinewood Studios, Iver Heath, Buckinghamshire
    • Pays d’origine : États-Unis, Angleterre
    • Langue : Anglais
    • Format : couleur (Technicolor) – Dolby Digital – 35 mm
    • Public : PG-13
    • Budget : 80 000 000 $
    • Recettes : USA – 163 000 000 $ / France – 1 243 471 entrées

3. Casting

    • Bruce Wayne / Batman : Michael Keaton
    • Oswald Cobblepot / Le Pingouin : Danny DeVito
    • Selina Kyle / Catwoman : Michelle Pfeiffer
    • Max Shreck : Christopher Walken
    • Alfred Pennyworth : Michael Gough
    • Le Maire : Michael Murphy
    • Princesse de Glace : Cristi Conaway
    • Charles “Chip” Shreck : Andrew Bryniarski
    • James Gordon : Pat Hingle
    • Organ Grinder : Vincent Shiavelli
    • Josh : Steve Witting
    • Jen : Jan Hooks
    • Avaleur de Sabres : John Strong
    • Homme Tatoué : Rick Zumwalt
    • Femme au Chien : Anna Katarina
    • Voyou Acrobate : Gregory Scott Cummins
    • Lanceuse de Couteaux : Erika Andersch
    • Gros Clown : Travis McKenna
    • Maigre Clown : Doug Jones
    • Clown Terrifiant : Branscombe Richmond
    • Père du Pingouin : Paul Reubens
    • Mère du Pingouin : Diane Salinger
    • Docteur du Pingouin : Stuart Lancaster
    • Homme Heureux : Cal Hoffman
    • Femme Heureuse : Joan Jurige
    • Adorable Petite Fille : Rosie O’Connor
    • Livreur de Journaux : Sean M. Whalen
    • Journaliste Agressif : Erik Oñate
    • Garde du Corps de Shreck : Joey DePinto
    • Habitants de Gotham City : Steven Brill, Neal Lerner, Ashley Tillman & Elizabeth Sanders
    • Voleur : Henry Kingi
    • Victime : Joan Giammarco
    • Bimbo Volontaire : Lisa Coles
    • Agents de Sécurité : Frank DiElsi & Biff Yeager
    • Présentateur Télé : Robert Gossett
    • Homme dans la Foule : Adam Drescher
    • Pingouins Empereurs : Robert N. Bell, Niki Botelho, Susan Rossitto, Margarita Fernandez, Denise Killpack, Felix Silla & Debb Lee Carrington

4. Analyse

Avec Batman Returns  Tim Burton s’attaque à quelque chose à laquelle il n’adhère pas : la séquelle.

Traumatisé par le tournage exténuant du premier Batman entre 1988 et 1989, c’est avec une grande prudence que Burton décide de se pencher à nouveau sur le monde du chevalier noir et de ses adversaires. Batman restant un des succès les plus importants au box-office mondial à l’époque (plus de 400 millions de dollars de recettes pour 35 millions du budget), il n’est pas surprenant de voir la Warner lancer une suite, en y rattachant l’architecte de son succès.

Devant la promesse des studios de laisser à Burton et ses équipes une liberté artistique bien plus conséquente que sur le Batman précédent, le réalisateur se laisse embarquer dans cette suite qui deviendra certainement l’un de ses films les plus personnels.

Gotham Returns – Réinventer la ville de Batman

Une des premières préoccupations de Tim Burton, et ce malgré le fait que les décors du premier Batman soient toujours conservés aux studios Pinewood, à Londres, est de rendre la ville de Gotham City plus « raffinée » et expressionniste qu’écrasante et gargantuesque comme dans le premier film. Ainsi, le tournage eut en grande partie lieu à Los Angeles dans les studios de la Warner. Plus proche de chez lui, Burton retrouve une esthétique et une façon de faire plus artisanale et personnelle qui lui permet de s’immerger totalement dans le nouveau monde qu’il veut mettre en place.

Tout en gardant une logique vis à vis du premier film (par quelques références, on comprend tout à fait que le film se passe après le premier Batman), Batman Returns montre une toute autre facette de la ville de Gotham et ses habitants. Noyée sous la neige en pleine période de Noël (une imagerie dont Burton se sent proche), Gotham est épurée, blanche et chromée, au contraire de la ville sale et rongée par la corruption du premier film. Comme si elle témoignait du passage bénéfique de Batman dans ses rues.

Mais tout comme le premier film imposait une importance des valeurs de hauteurs et de chutes en rapport avec les origines et métamorphoses des personnages, c’est dans l’ombre que Burton instaure les origines putrescentes de ses protagonistes. Gotham créé des monstres dans ses entrailles, avec en premier lieu, les égouts dans lesquels est précipité le Pingouin (Danny De Vito) au début du film. De même, c’est du haut de sa grandeur aristocratique (les tours du businessman Max Shreck, joué par Christopher Walken) que Selina Kyle (Michelle Pfeiffer) est littéralement jetée dans une ruelle avant de revenir à la vie par l’intermédiaire de chats surgissant des poubelles. Les deux personnages connaissent une même révélation identitaire initiée par le motif de la chute, au sens propre.

À l’instar du Pingouin, qui « recycle » ce que la ville, incarnée par Shreck, rejette, Gotham garde une seconde dimension sous sa clarté enneigée, une fine couche de poudre blanche qui ne fait que cacher, tel un masque, les véritables apparences de la ville. Un « secret honteux » , typique des romances gothiques, que chacun des quatre personnages principaux de Batman Returns porte en lui, via un masque ou non.

Batman & Co – les enfants de Gotham

On reproche très souvent au film de privilégier les personnages de « méchants » au détriment de Batman lui-même, pourtant héros fantastique qui prête son nom au titre. Burton ne nie pas, tout en minimisant ce fait. Bruce Wayne nous est connu, nous avons découvert sa psyché et ses troubles dans le premier film. Il est donc presque logique que la part belle soit faite à de nouveaux protagonistes et antagonistes, en particulier à Selina Kyle alias Catwoman, personnage ultra sexualisé, toujours sans égal au sein des films de Tim Burton.

Au départ, les exécutifs de la Warner sont très sceptiques quant à la présence de Catwoman dans le film, les penchants sado-masochistes du personnage ne les séduisant guère, sans compter une éventuelle mauvaise influence sur le plus jeune public potentiel d’une aventure de Batman sur grand écran ! C’est sur cette base que les producteurs souhaitèrent purement et simplement éliminer le personnage du scripte. Burton a néanmoins gain de cause, tout en déclarant que cela en disait plus long sur eux que sur lui.

Toujours considérée par Burton comme étant son interprétation favorite au sein de ses films, la performance de Michelle Pfeiffer est surprenante à plus d’un titre, cette dernière se fondant totalement sous le masque de cuir de son alter ego, entre saut de corde avec un fouet et gobage d’oiseau vivant (Pfeiffer a effectivement réalisé cette performance durant le tournage !). La dualité qui l’oppose à Batman est le parfait contraire de ce qui liait ce dernier au personnage de Vicky Vale dans le premier film. À une amourette simple, Burton préfère une relation de Je T’aime Moi Non Plus, complexe et violente, loin des poncifs manichéens trop souvent présents dans les films de super héros. Burton déclare lui-même qu’il ne voit pas les méchants comme tels, mais plutôt comme des victimes de choses à l’instar de Bruce Wayne lui-même, ce qui explique assez aisément que ce dernier s’efface très légèrement devant pas moins de trois figures de « méchants» complexes aux motivations plus que compréhensibles.

De tous ces vilains, c’est pourtant le plus « humain », Max Shreck, qu’il convient d’appeler « méchant ». Homme d’affaire véreux en duel constant avec Bruce Wayne et les dirigeants de Gotham, cet homme populaire participe au pourrissement secret de la ville, en détournant des fonds au mépris de l’environnement. Opportuniste et calculateur, Max est un être puissant qui n’a besoin que d’un masque de façade face aux citoyens de Gotham pour se faire bien voir, allant même jusqu’à clairement avouer au maire sa volonté de le destituer en coulisse avant de saluer une foule enthousiaste. Tout en essayant de montrer un pouvoir politique totalement impuissant face à une montée inexorable de la violence et de la corruption ( les dirigeants inutiles du premier Batman , les magistrats et notables de Sleepy Hollow ou les instances saugrenues de Mars Attacks ! sont des preuves amusantes du parti pris de Burton à ce sujet), Burton montre un personnage fédérateur de malheurs, puis ce que Max créé Catwoman en tuant Selina Kyle, sa secrétaire, et fait du Pingouin le meurtrier de masse que l’on découvre à la fin du film, après qu’il l’a trahi. Le fait que Max Shreck soit une référence directe à l’interprète du vampire du film Nosferatu, de Murnau (1922) n’est pas un simple hommage : ce dernier ne s’est jamais montré sous son vrai visage sur le tournage, conservant, envers et contre tous, son maquillage de vampire.

Toutefois, même Shreck n’est pas exempt d’humanité. Il va jusqu’à se sacrifier pour permettre à son fils de vivre, et défend ses actions malfaisantes en les présentant comme la prospérité assurée pour sa descendance. De bien des façons, Max Shreck a été un bien meilleur père pour son fils que ne l’ont été les Cobblepott avec leur fils Oswald, le futur Pingouin, à bien des égards, véritable anti-héros du film.

Le Pingouin, un bandit manchot

Aux côtés de Batman et de Catwoman, le choix du Pingouin comme méchant s’est imposé de lui-même à Tim Burton, obsédé par la thématique de la part animale de l’homme. Ce personnage atypique bouclait à merveille un trio aux alter ego animaux. Mais si la dualité qui oppose (autant qu’elle rassemble)  Batman et Catwoman est évidente, que faire d’Oswald Cobblepott, un adversaire certes classique de l’homme chauve-souris mais qui ne possède, en dehors de son physique de demi-portion, aucun trait particulier ?

Encore tout fraîchement salué pour Edward Scissorhands sorti l’année précédente, Tim Burton décide à nouveau d’exploiter son amour des freaks en faisant du Pingouin un véritable monstre physique, élevé dans les égouts de Gotham par des forains et des pingouins. Laissé pour compte par une société trop conformiste, Oswald est un reflet putride d’Edward, mit à l’écart du monde pour sa difformité. Son esprit en deviendra lui-même perverti, nourrissant une haine assez farouche envers le monde du dessus pour devenir le leader d’un gang d’artistes de cirque. Mais également rêveur et nostalgique, le Pingouin n’aura de cesse que de se faire bien voir par les citoyens de Gotham (avec l’appui de Max Shreck) afin de pouvoir retrouver ses racines, comprendre la raison de son abandon et, qui sait, s’adapter à ce monde qui l’a autrefois rejeté.

Tout comme Batman et Catwoman, c’est là un personnage en demi-teinte, jouant sans cesse sur deux tableaux, que nous proposent Burton et Danny De Vito. Désirant retrouver la bonne humeur et la folie de Beetlejuice, Burton voit dans le Pingouin un exutoire à la part d’ombre mais aussi à la part de folie qui habite son monde. Aussi violent que soit le Pingouin, il n’en reste pas moins haut en couleurs avec son langage fleuri et ses manières grossières. L’importance du Pingouin tient dans la cristallisation de toutes les peurs et espoirs de chacun des personnages. Pas étonnant dès lors que Burton lui consacre tout le prologue du film, dans lequel on retrouve d’ailleurs Paul Rubens et Diane Salinger, ses deux stars de Pee Wee’s Big Adventure, dans le rôle des Cobblepott, riches guindés se débarrassant de leur embarrassante progéniture dans les égouts.

Issu d’un monde aristocratique, Oswald est projeté au plus bas, de façon littérale, contrairement à Bruce Wayne, qui s’enferme dans l’obsession de la vengeance et de la justice suite au meurtre de ses parents, eux aussi gens extrêmement aisés. L’un est le reflet de l’autre, Bruce observant Gotham depuis son manoir, dans l’attente de l’activation du bat-signal, symbole de son existence, et le Pingouin observant ses plans se mettre en place depuis les égouts. Comme l’indique Max Shreck à Bruce, lui et Oswald auraient très bien pu être voisin de chambrée en fac, si le sort l’avait voulu autrement.

Pour légitimer davantage la folie du personnage, on en fait un monstre de foire, ayant grandi au sein du Cercle du Triangle Rouge, gang mafieux issu du monde du cirque ( de vrais artistes de cirque sont recrutés spécialement pour le film). Quelque peu théâtral, le Pingouin use donc de multiples accessoires pour permettre à sa folie de resurgir sous forme d’armes (les fameux parapluies) et de véhicules (le canard à moteur), images même de l’enfance pervertie.

L’importance du Pingouin tient dans la cristallisation de toutes les peurs et espoirs de chacun des personnages : Shreck se sert de lui pour accéder au pouvoir, Catwoman de ses ressources pour confondre Batman et Bruce, comme l’indique Alfred, ne tient inconsciement pas à ce qu’un autre « monstre » vienne empiéter sur sa propre monstruosité.

La dernière véritable mort du film est celle d’Oswald, dont la dépouille est menée par un cortège de pingouins éplorés, plus touchants qu’effrayants. La facette tragi-comique du Pingouin, aussi Dickensienne que proche de Poe, tient la narration en équilibre de bout en bout de cette vision si particulière de ce personnage qui deviendra par ailleurs une référence pour le media de base qu’est le comics, instaurant une image persistante du Pingouin dans l’imaginaire collectif.

De grandes espérances

Si l’on se réfère au titre d’origine du film, de quoi revient Batman, exactement ? D’une rude bataille avec les exécutifs des studios ayant à ce point frustré Burton sur le premier opus ? Le « retour » pourtant si symboliques dans le film est pourtant celui des morts, littéralement pour Selina Kyle et de façon plus imagée pour Le Pingouin, ressurgissant de l’endroit où il fût enterré des années auparavant. Batman revient à Gotham, surgissant du Mausolée de Bruce Wayne (pâle figure spectrale enfermée chez lui) pour empêcher les morts de « trop ressurgir ». De ce fait, Batman est bien le véritable antagoniste du film, austère et effrayant, qui empêche toute la vie incarnée par les personnages du Pingouin (si bon vivant) et de Catwoman (dotée, tel un chat, de plusieurs vies) de s’exprimer.

Est-ce que cette image symbolique et synonyme de succès qu’est Batman serait pour Burton l’incarnation de la répression des studios sur sa volonté artistique sur le premier film, et qui expliquerait que, malgré le gros succès de Batman Returns, la Warner ne lui ai finalement pas confié les rennes d’un troisième film ?

Le consensualisme du Batman Forever, de Joel Shcumacher (1995) confirme malheureusement cette volonté de rendre Batman plus accessible et timoré, loin des psychés malades des protagonistes de Tim Burton. Mais toujours est-il qu’avec Batman Returns, il a imposé ses choix et son esthétique pour créer ce qui restera l’une de ses œuvres les plus éloquentes.

5. Critiques

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6. Anecdotes

Le tournage du premier Batman ayant été une souffrance pour Tim Burton, ce dernier ne souhaitait pas réaliser une suite. C’est en lui laissant une liberté totale et en supprimant le personnage de Robin que les producteurs ont réussi à le convaincre.

Annette Bening devait à l’origine jouer le double personnage de Selina Kyle / Catwoman mais celle-ci tomba enceinte quelques semaines avant le début du tournage. C’est donc Michelle Pfeiffer qui la remplaça au pied levé.

Le rôle de Christopher Walken est une référence directe à l’Expressionnisme Allemand puisque son personnage s’appelle Max Shreck comme l’acteur Allemand Max Schreck qui a joué le premier vampire au cinéma en 1921 dans Nosferatu, eine Symphonie des Grauens.

Les manchots (auks en anglais et non penguins)du personnage du Pingouin sont joués par de vrais manchots, des acteurs en costumes et des animatroniques.

7. Citations

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8. Nominations & Récompenses

  • Oscars 1993
    • Meilleurs effets spéciaux (Michael L. Fink, Craig Barron, John Bruno, Dennis Skotak)
    • Meilleur maquillage (Ve Neill, Ronnie Specter, Stan Winston)
  • Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films 1993
    • Meilleur maquillage (Ve Neill, Stan Winston)
    • Meilleurs costumes (Bob Ringwood, Mary E. Vogt, Vin Burnham)
    • Meilleur réalisateur (Tim Burton)
    • Meilleur film de fiction
    • Meilleur acteur secondaire (Danny DeVito)
  • MTV Movie Awards 1993
    • Meilleur baiser (Michelle Pfeiffer, Michael Keaton)
    • Meilleur méchant (Danny DeVito)
    • Femme la plus désirable (Michelle Pfeiffer)
  • BMI Film & TV Awards 1993: Meilleure musique: (Danny Elfman)

9. Liens Externes

  • Batman Returns sur IMDB (En)
  • Batman Returns sur Wikipedia (En|Fr)
  • Batman Returns sur Allociné (Fr)
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