8 jan 2010
Une fois n’est pas coutume, la Belgique accueille en sa capitale (ben oui ! Bruxelles !) une rĂ©trospective consacrĂ©e Ă Tim Burton.
Une bonne partie de sa filmographie sera diffusée au centre culturel Jacques Franck, du 7 au 31 janvier.
Plus d’infos sur le site du Jacques Franck !
29 mar 2009
Tout part d’une idĂ©e excellente d’Eledhwen sur le forum. Puisque Alice aux Pays des Merveilles, version Tim Burton, sort sur nos Ă©crans dans tout pile un an (5 mars aux USA, 24 mars en France), pourquoi ne pas profiter du compte Ă rebours pour se repasser toute sa filmographie jusqu’Ă la sortie du film ?
Le dĂ©fi parfait pour voir ou revoir chacun d’entre eux en attendant l’arrivĂ©e du Lapin Blanc…
Chaque mois, un nouveau film de Tim Burton sera ainsi mis Ă l’honneur. L’occasion de voir ou revoir ce film, de le resituer dans la filmographie de son auteur, mais aussi d’en reparler sur le forum. Un topic spĂ©cifique dĂ©diĂ© Ă ce film sera ouvert pour pouvoir accueillir vos rĂ©actions.
Et on continue comme ça jusqu’Ă la sortie d’Alice !
Chacun de ces topics restera par la suite Ă©pinglĂ© dans le forum, formant une sorte de journal de bord de ce dĂ©fi…
Une prise de température de la filmographie de Tim Burton vue sur cette période définie !
Une bonne occasion Ă©galement de relire chaque dossier dĂ©diĂ© du site, et d’y laisser des commentaires concernant des inexactitudes ou mĂŞme de les complĂ©ter.
Allez… 3… 2… 1… Partez !
30 juil 2008
Il grandit dans la maison familiale de Burbank, une petite ville Californienne situĂ©e aux alentours de Los Angeles qui avait pour particularitĂ© d’accueillir bon nombre de studios de cinĂ©ma très renommĂ©s tels Columbia, Warner Bros. et surtout Disney.
Bien que Burbank puisse sembler ĂŞtre un endroit particulièrement excitant pour le futur rĂ©alisateur que sera Tim Burton; il n’en garde que le souvenir d’une ville plutĂ´t paisible mais sans âme, peuplĂ©e de gens Ă la normalitĂ© dĂ©concertante et Ă l’ouverture d’esprit toute relative, figure d’une certaine AmĂ©rique qu’il s’essaiera plusieurs fois Ă dĂ©noncer dans son travail ultĂ©rieur.
Introverti et Ă©prouvant des difficultĂ©s autant Ă la maison qu’Ă l’Ă©cole, il passe le plus clair de ses temps libres Ă regarder des films de monstres et d’horreur, Ă la tĂ©lĂ© ou au cinĂ©ma. Il y dĂ©couvre donc un certain cinĂ©ma qui aura une influence cruciale sur sa carrière Ă venir, Ă travers les films de la Hammer (un studio anglais qui produisit des films d’horreurs « gothiques » depuis la fin des annĂ©es 50 aux annĂ©es 70), l’emblĂ©matique acteur Vincent Price (auquel il rendra plus tard hommage et qui deviendra son ami) ou l’excentricitĂ© du rĂ©alisateur Ed Wood (au sujet duquel il fera Ă©galement un film).
Quand tu es plus jeune, tu crĂ©es ta propre mythologie et tu dĂ©termines ce qui te touche. Et ces films, leur poĂ©sie, ces personnages plus grands que nature qui traversaient tant de tourments – la plupart imaginaires – m’interpelaient comme d’autres enfants ont pu ĂŞtre interpelĂ©s par les films de Gary Cooper ou John Wayne.»
A part cela, il est un enfant comme les autres, qui aime dessiner, jouer ou regarder passer les avions dĂ©collant et atterrissant de l’aĂ©roport tout proche.
Quelques faits anecdotiques marquent tout de mĂŞme son enfance, comme le fait de terroriser son petit voisin en lui faisant croire Ă l’invasion imminente des martiens; ou encore le fait que ses parents aient murĂ©, pour une raison inconnue, la fenĂŞtre de sa chambre donnant vue sur le jardin. Il se voyait alors obligĂ© d’escalader son bureau pour pouvoir apercevoir l’extĂ©rieur, Ă©vĂ©nement qu’il associa « Ă la nouvelle d’Edgar Allan Poe oĂą un homme est emmurĂ© vivant et brĂ»lĂ© vif. VoilĂ le genre de sentiments que j’Ă©prouvais Ă l’Ă©gard de mon monde. Burbank, cet endroit mystĂ©rieux!« .
S’entendant apparemment peu avec sa famille, il quitte la maison familiale Ă 12 ans, et s’en va vivre chez sa grand-mère, qui lui louera ensuite un petit studio Ă ses 16 ans.
En 1976, alors âgĂ© de 18 ans, Tim et son talent très prĂ©coce sont repĂ©rĂ©s par des chasseurs de tĂŞtes travaillant pour Disney et il obtient une bourse pour intĂ©grer CalArts (California Institute for the Arts), une Ă©cole fondĂ©e par le studio pour constituer un « rĂ©servoir » de talents dont beaucoup travailleront ensuite au sein de la cĂ©lèbre entreprise.
Il y rencontrera certaines pointures actuelles (John « Pixar » Lasseter, Brad Bird, John Musker, Glen Keane…) et quelques uns de ses futurs collaborateurs, dont Rick Heinrichs ou encore Henry Selick (rĂ©alisateur de l’Étrange NoĂ«l de Mr Jack) qu’il cĂ´toiera au cours d’animation expĂ©rimentale enseignĂ© par Jules Engel.
S’il supporte mal l’enseignement « militaire » de l’Ă©tablissement, il y rĂ©alise Stalk of The Celery Monster par lequel il se fera remarquer avant d’ĂŞtre embauchĂ© comme animateur dans le studio.
Il y passera trois annĂ©es difficiles, incapable d’intĂ©grer les « codes » formatĂ©s du studio et faisant preuve d’une tĂ©nacitĂ© Ă toute Ă©preuve en refusant de faire des concessions sur ses opinions artistiques, et comprenant mal qu’on exige de lui et de ses collègues d’ĂŞtre « Ă la fois un artiste et un zombie oeuvrant sans personnalitĂ©. Il faut ĂŞtre quelqu’un d’unique pour pouvoir faire coexister ces deux Ă©tats dans un mĂŞme cerveau. »
Il y travaillera entre autres sur Tron (non crĂ©ditĂ©, en tant qu’animateur), The Lords of The Rings (non crĂ©ditĂ©, en tant qu’intervalliste), ainsi que sur Rox et Rouky (en tant qu’animateur) :
Je n’arrivais mĂŞme pas Ă imiter le style Disney. Les miens [renards] ressemblaient Ă une route dĂ©foncĂ©e.(…) J’avais l’impression de subir le supplice de la goutte d’eau. (…) Je n’avais pas la force d’endurer cela, c’Ă©tait au-dessus de mes forces.
Il adapte son comportement en consĂ©quence, dormant souvent entre 8 et 10 heures par jour, auxquelles il faut ajouter jusqu’Ă parfois 4 heures de sommeil supplĂ©mentaires pendant ses heures de travail, les yeux clos mais bien assis derrière sa planche Ă dessin, le crayon Ă la main, prĂŞt Ă gribouiller Ă la moindre entrĂ©e inattendue dans son bureau…
Je me comportais de manière Ă©trange (…). Je m’installais frĂ©quemment au fond d’une armoire dont je ne sortais pas, ou je m’asseyais sur mon bureau – ou en-dessous –, ou je faisais des trucs Ă©tranges comme me faire arracher une dent de sagesse et inonder de sang les couloirs. Mais je suis arrivĂ© Ă dĂ©passer ce stade. Je ne m’enferme plus dans une armoire. J’Ă©tais gardĂ© Ă distance respectable, mais j’avais la paix.
Ensuite, il accède avec un bonheur relatif Ă un poste d’artiste-concepteur sur Taram et le Chaudron Magique, ce qui lui permet de jeter librement sur papier ses idĂ©es fantasques, indĂ©pendamment du fait qu’aucune ne sera retenue pour le film. Burton dĂ©marre une petite dĂ©pression.
J’ai Ă©puisĂ©, pendant cette pĂ©riode, mon rĂ©servoir d’idĂ©es pour 10 ans. Lorsqu’au bout de toutes ces annĂ©es, je me suis rendu compte qu’ils n’avaient rien utilisĂ©, ça m’a fait tout bizarre. Je me sentais comme une princesse prisonnière. Je pouvais dessiner tout ce que je voulais, mais j’avais l’impression d’ĂŞtre dans une cellule que la lumière du jour n’Ă©clairait jamais.
Après cette période difficile, il finit pourtant par obtenir le soutien de Julie Hickson et Tom Wilhite, respectivement productrice exécutive et responsable du développement créatif chez Disney.
Ils rĂ©ussiront Ă dĂ©bloquer eux-mĂŞme, de manière plus ou moins subversive, les fonds (60 000 $) qui permettront Ă Tim Burton de rĂ©aliser un petit bijou d’animation basĂ© sur un poème qu’il voulait Ă la base Ă©diter en livre : Vincent.
Ce film en stop-motion met en scène un enfant, Vincent Malloy, partagé entre sa vraie vie de petit garçon (à laquelle lui rappelle à plusieurs reprises sa mère) et son identification à Vincent Price, le héros de Tim Burton.
Une voix off, celle de l’acteur lui-mĂŞme que Burton arrivera Ă associer au projet, rĂ©cite sur les images le poème Ă©crit par Tim sur un ton proche des textes d’Edgar Allan Poe, dont il emprunte une citation, en clĂ´ture le court-mĂ©trage.
Tim Burton deviendra un ami de Vincent Price et lui confiera plusieurs rĂ´les, de mĂŞme qu’il commença un documentaire -jamais terminĂ©- sur lui, Conversations with Vincent.
J’ai toujours gardĂ© contact avec lui [Vincent Price], mĂŞme de façon relâchĂ©e (…) Il faisait partie de cette gĂ©nĂ©ration de gens avec qui on reste toujours connectĂ© mĂŞme s’il arrive qu’on ne se voit pas rĂ©gulièrement. (…) Il Ă©tait très encourageant. J’avais toujours l’impression qu’il comprenait exactement le propos du film, peut-ĂŞtre mĂŞme plus que moi (…). Il en comprenait la psychologie sous-jacente.
Parmi les 3 collaborateurs Ă la rĂ©alisation du film, notons la prĂ©sence de Rick Heinrich qui sera l’un des « fidèles » de Tim Burton tout au long de sa carrière et qui aidera Ă dĂ©finir son style visuel.
Ensuite, toujours pour le compte de Disney et la mĂŞme annĂ©e, il tourne son premier film « live », Frankenweenie, toujours produit par Julie Hickson.
Ce moyen-métrage est une variation du film Frankenstein où un enfant joue les apprentis sorciers en faisant ressusciter son chien après que celui-ci se soit fait renversé par une voiture.
Il dirige Shelley Duvall (Shining) et la toute jeune Sofia Coppola (dans un rĂ´le secondaire).
NĂ©anmoins, ces deux essais -rĂ©ussis-, trop atypiques par rapport Ă la ligne rigide du studio qui se cherche encore peu de temps après la mort de Walt, sont relĂ©guĂ©s au fond des tiroirs de Disney et ne connaĂ®tront qu’une diffusion marginale (Vincent devait initialement ĂŞtre projetĂ© en première partie de Pinocchio), entre autres dans des festivals d’animation dont celui de Bruxelles en 1984.
Burton y recevra un très bon accueil et se dira plus tard redevable à la Belgique à ce titre.
Frankenweenie lui aussi rĂ©compensĂ©, se voit Ă©galement condamnĂ© après avoir Ă©tĂ© classĂ© « PG » (interdit aux moins de 12 ans) par la censure.
Burton ne digérera pas le choc.
Dans la foulĂ©e de Vincent et Frankenweenie, il rĂ©alise Ă©galement avec 166 000$ Hansel & Gretel, adaptation « kung fu » (oĂą les hĂ©ros sont jouĂ©s par deux asiatiques) du conte des frères Grimm qui sera diffusĂ© une nuit d’Halloween sur Disney Channel, remportant un succès mitigĂ©.
C’est Ă©galement chez Disney que Tim Burton jette les premières bases d’une histoire se dĂ©roulant Ă « Halloweenland » et mettant en scène un certain Jack Skellington… Mais ceci est pour plus tard!
Las qu’on lui reconnaisse ouvertement son talent mais qu’on se refuse Ă l’exploiter en raison d’une ligne politique et artistique « trop sage », il claque la porte des studios en 1984 et en garde depuis un souvenir amer.
Ce qui ne l’empĂŞche pas d’entretenir avec eux une relation Ă©troite et ambigĂĽe, sorte de « je t’aime – moi non plus » : comme l’explique très bien Mathieu-Alexandre Jacques dans « L’Ă©nonciation de l’interdit – ou comment Tim Burton a dynamitĂ© de l’intĂ©rieur les formations imaginaires proposĂ©es par Disney« , le rĂ©alisateur intègre en effet très bien le « monde de Disney », qui figure chez lui une prĂ©sence spectrale, sorte d’ombre dont le crĂ©ateur de Batman ne semble pouvoir s’Ă©manciper totalement.
Il connaĂ®t parfaitement la « grammaire » du studio, et partage certaines de ses thĂ©matiques (le merveilleux, par exemple), mais qu’il aborde sous un tout autre angle.
Le manichĂ©isme Disneyien n’existe par contre pas chez Tim Burton, qui prĂ©fère mettre en scène des personnages Ă la psychologie plus complexe, qui ne sont ni tout Ă fait bons, ni tout Ă fait mĂ©chants (sa Catwoman est une incarnation parfaite de cette affirmation).
Vincent et Frankenweenie attirent l’attention de l’industrie du cinĂ©ma, et il est approchĂ© par Griffin Dunne pour rĂ©aliser After Hours.
Martin Scorsese, qui est Ă l’Ă©poque en stand-by alors qu’il essaie de rĂ©unir les fonds pour sa Dernière Tentation du Christ, se montre Ă©galement intĂ©ressĂ© par le projet.
Burton, fair-play, lui cédera le passage.
Peu de temps après, c’est Paul Reubens, animateur d’une Ă©mission tĂ©lĂ© pour enfants, qui vient trouver Burton pour rĂ©aliser une adaptation de son Pee Wee Herman Show.
Tim Burton accepte le pari et s’entoure d’une bonne Ă©quipe technique.
C’est la première fois qu’il a affaire avec un gros studio hollywoodien, en l’occurrence la Warner Bros.
Pour la musique du film, il fait appel au chanteur du groupe Oingo Boingo, Danny Elfman, qu’il avait dĂ©jĂ vu en concert alors qu’il Ă©tait Ă©tudiant.
Bien que peu sĂ»r de lui du fait de son absence de formation musicale « traditionnelle », Elfman se rĂ©vĂ©lera ĂŞtre un compositeur de bandes originales particulièrement prolifique, autant pour Tim Burton que sur d’autres films ou sĂ©ries tĂ©lĂ©.
Warner Bros. Ă©tait prĂŞt Ă prendre des risques sur Pee Wee’s Big Adventure, parce que le budget du film Ă©tait minuscule. Ils ont pariĂ© sur moi. Ils ont pariĂ© sur Danny. (…) Quand je l’ai entendue jouĂ©e [la musique] par un orchestre, ça a Ă©tĂ© un choc. Ça a Ă©tĂ© une des expĂ©riences les plus mĂ©morables de mon existence. C’Ă©tait la première fois que la musique Ă©tait un personnage Ă part entière d’un de mes films.
Il forme avec Elfman l’un de ces grands couples rĂ©alisateur/compositeur tels que Hitchcock/Herrmann, Fellini/Rota ou Spielberg/Williams.
L’Étrange NoĂ«l de Mr Jack est une Ă©tape particulière puisque la participation d’Elfman y est majeure (importance narrative de la musique et des chansons) et endosse le rĂ´le de Jack lors des chansons.
NĂ©anmoins, Burton refuse Ă Elfman le rĂ´le « parlĂ© » de Jack, ce qui sera Ă l’origine d’une dispute qui aboutira Ă une rupture, le temps d’un film (Ed Wood), entre les deux artistes.
C’est en effet Ă Howard Shore que Burton fera appel.
Burton dĂ©clare avoir Ă©tĂ© très en phase avec Pee Wee’s Big Adventure, affectionnant l’univers de Pee Wee l’homme-enfant, son imagerie… et le fait que sa prĂ©occupation majeure ne soit pas de sauver le monde, mais de… retrouver sa bicyclette.
Il arrivera à insuffler dedans sa touche personnelle et à relever des thématiques qui lui sont chères.
Sa complicité avec Paul Reubens fut très importante :
Si Paul et moi n’avions pas eu les mĂŞmes goĂ»ts, ou n’avions pas Ă©tĂ© en osmose, ça aurait Ă©tĂ© un vĂ©ritable cauchemar, d’autant plus qu’Ă cette Ă©poque de ma vie j’avais du mal Ă communiquer. J’aurais mĂŞme Ă©tĂ© virĂ©, car la star c’Ă©tait lui.
Le film ne sera pas un chef-d’Ĺ“uvre, mais fut un succès au box-office (rapportant 40 000 000 $ soit 7 fois son investissement de dĂ©part) et accrĂ©dite Tim Burton en tant que rĂ©alisateur de longs-mĂ©trages, malgrĂ© une critique partagĂ©e et mĂŞme parfois mĂ©chante.
Il y a [dans l'industrie du cinĂ©ma] tellement de forces qui peuvent te dĂ©molir – les critiques, le box-office et le film lui-mĂŞme – que ça t’oblige Ă garder une certaine humilitĂ©, Ă garder les pieds sur terre.
Il dirige par la suite deux petits tĂ©lĂ©films, l’un Ă©tant un remake de The Jar pour l’Ă©mission Alfred Hitchcock Presents, et l’autre, Aladdin and his Wonderful Lamp, adaptation du cĂ©lèbre conte des 1001 nuits pour le Faerie Tale Theatre.
L’hĂ´tesse de ce show n’est autre que Shelley Duvall, qui fut prĂ©cĂ©demment dirigĂ©e par Burton dans Frankenweenie.
Ces deux rĂ©alisations sont assez mineures dans sa filmographie, disposant de faibles budgets et de dĂ©lais assez courts. Tim Burton comprendra, en les rĂ©alisant, qu’il a du mal Ă s’approprier un matĂ©riau duquel il ne se sent pas proche, et cela sera dĂ©sormais un critère primordial dans ses choix de rĂ©alisateur.
Cependant, Aladdin… comporte quelques sĂ©quences oĂą l’empreinte de Tim Burton est clairement visible.
Les deux projets suivant de Tim Burton assoieront le rĂ©alisateur Ă Hollywood, faisant preuve d’une capacitĂ© Ă transformer les projets difficiles en succès mondiaux.
CĂ´tĂ© vie privĂ©e, sa relation avec Julie Hickson, de qui il Ă©tait très proche chez Disney avant que leur relation n’Ă©volue en idylle, prend fin peu après la sortie de Pee Wee. Cela aurait marquĂ© un tournant important dans sa vie (d’après Vanity Fair).
Après avoir refusĂ© une sĂ©rie de mauvais scripts, il tombe sur Beetlejuice, une comĂ©die macabre d’après une histoire de Michael McDowell et Larry Wilson.
Tim Burton y exploite fortement le potentiel comique ainsi que les personnages de Betelgeuse et de Lydia, qui devaient originellement occuper une moindre place.
En effet, le film d’origine devait Ă la base s’appeler The Maitlands et ĂŞtre rĂ©alisĂ© par le maĂ®tre du film d’horreur, Wes Craven (Nightmare on Elm Street, Scream).
Beetlejuice marque Ă©galement la rencontre de Tim Burton avec Michael Keaton (Betelgeuse) et Winona Ryder (Lydia), Ă qui il confiera par la suite d’autres rĂ´les en or.
Il y dirige Ă©galement Catherine O’Hara, Jeffrey Jones et Glenn Shadix, acteurs rĂ©currents de sa filmographie.
En 1979, la Warner avait acquis les droits d’adaptation du comics de Bob Kane, Batman.
Tim Burton, toujours sous contrat dans le studio, incarne Ă leurs yeux la personne qui saura sublimer ce personnage mythique de la culture amĂ©ricaine, passant devant Joe Dante (Gremlins) et d’autres rĂ©alisateurs approchĂ©s dans un premier temps.
Il avait en effet Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© que le projet lui serait cĂ©dĂ© s’il rĂ©pĂ©tait un deuxième succès au box-office après Pee Wee, condition remplie avec la rĂ©ussite de Beetlejuice.
Si Batman sera une rĂ©ussite, c’est le premier film d’une longue sĂ©rie dans laquelle Tim Burton sera confrontĂ© Ă des problèmes de divergences d’opinions face aux studios.
Ici, la Warner, appuyée par des milliers de lettres de fans mécontents, remet en cause le choix de faire endosser le costume de la chauve-souris à Michael Keaton.
L’acteur est en effet Ă l’Ă©poque fichĂ© « comique » et dispose en outre d’un physique assez standard.
Ce dernier aspect est, selon Burton, primordial : pour lui, Batman n’est pas un super-hĂ©ros au sens propre du terme (c’est-Ă -dire possĂ©dant des super-pouvoirs), mais un homme ordinaire (avec un physique ordinaire, donc) qui endosse un costume de justicier.
En outre, Tim Burton s’Ă©loigne fortement du Batman kitsch et lisse des adaptations existantes (la cĂ©lèbre sĂ©rie tĂ©lĂ© des annĂ©es 60 avec Adam West) et propose un personnage très sombre et tourmentĂ©, en cela beaucoup plus proche du comics original et surtout des travaux de Frank Miller et Alan Moore des annĂ©es 80.
Il fallut même, pour calmer les ardeurs des fans, diffuser une première bande-annonce montée à partir des rushes et prouvant la qualité du travail accompli.
En dépit de tout cela, le film fut le seul de toutes les adaptations de Batman à gagner un Oscar, remis à Anton Furst pour les décors.
Les campagnes de marketing et de merchandising associĂ©es Ă la sortie du film furent Ă©galement d’une ampleur encore inĂ©dite Ă l’Ă©poque, et le film rapporta plus de 10 fois son investissement initial de 40 millions de dollars, devenant l’un des plus gros hits de tous les temps au box-office.
Batman eut également une influence importante sur les autres films de super-héros à venir.
Fort de ces Ă©normes succès, Burton entre dans les annĂ©es 90 fraĂ®chement mariĂ© (le 24 fĂ©vrier 1989) avec l’artiste allemande Lena Gieseke et en ayant gagnĂ© la confiance du public et des studios. Il se tourne dès lors vers des films plus personnels et aux budgets moindres; considĂ©rĂ©s par beaucoup comme ses meilleurs.
A commencer par Edward Aux Mains D’Argent, un conte merveilleux (au sens propre du terme) co-Ă©crit avec Caroline Thompson d’après une idĂ©e originale de Tim Burton.
L’histoire, comme la plupart de ses films de l’Ă©poque, comporte une dimension fortement autobiographique.
Les influences principales du scĂ©nario proviennent de Frankenstein, La Belle Et La BĂŞte, Le FantĂ´me De L’OpĂ©ra et enfin de Der Struwwelpeter, un conte allemand du 19ème siècle traitant du fait de bien se comporter et oĂą un enfant refuse, par exemple, de se laver ou… de se couper les ongles.
La Warner, qui avait produit les 3 films prĂ©cĂ©dents de Burton, se montre peu intĂ©ressĂ©e et c’est donc la Fox qui dĂ©cide de l’aider Ă monter son projet.
Pour l’acteur principal, le studio propose un acteur très en vogue Ă l’Ă©poque, Tom Cruise.
Burton, peu emballĂ©, accepte de le rencontrer mais jettera finalement son dĂ©volu sur celui qui, Ă l’Ă©poque, Ă©tait surtout connu pour son rĂ´le de playboy dans la sĂ©rie teenage 21 Jump Street : Johnny Depp.
Leur rencontre, racontée par Depp dans la préface du livre Burton on Burton de Mark Salisbury, provoque des étincelles.
Le beau gosse de la tĂ©lĂ© incarnera un Edward tout en finesse, et deviendra l’ami de Burton, son complice et son alter ego Ă l’Ă©cran; par la mĂŞme occasion qu’il dĂ©marrera au cinĂ©ma la carrière qu’on lui connaĂ®t.
Les costumes, qui ont dans ce film une importance toute particulière, seront réalisés par Colleen Atwood qui deviendra une « régulière » de Tim Burton.
Le film frappe les esprits de par sa poĂ©sie, sa musique et sa beautĂ© visuelle; et est considĂ©rĂ© comme le chef-d’oeuvre de Tim Burton.
1991. La Warner rappelle Burton pour réaliser la suite de Batman.
Après d’âpres discussions, Tim Burton accepte, en Ă©change d’une lourde contrepartie financière et Ă la condition qu’il ait un contrĂ´le total (ce qui est bien sĂ»r relatif) sur le film.
Histoire d’Ă©viter que le studio se mĂŞle de son travail comme il l’avait fait sur le premier Batman, que Burton considère avec du recul comme son film le moins personnel.
Bien que la Warner ait acceptĂ© la condition de Burton, ils ne cessent de lui tirer dans les pattes : son intĂ©rĂŞt pour Batman Returns va en effet de pair avec l’introduction de nouveaux « mĂ©chants » : Selina Kyle alias Catwoman (Michelle Pfeiffer), et Oswald Cobblepot, le formidable pingouin incarnĂ© par Danny DeVito.
Ces deux personnages sont mis, Ă titre d’importance, sur le mĂŞme pied que Batman, voire mĂŞme en avant par rapport au hĂ©ros du film. L’opposition bien/mal est encore moins perceptible, et la moralitĂ© des personnages est toute relative.
En outre, le film est bien plus personnel et encore plus sombre que le premier opus.
Catwoman est affublĂ©e d’un caractère très « sexuel », ce qui dĂ©rangera bon nombre de personnes, qui arguent que le film ne convient pas Ă un public d’enfants.
McDonalds, poussĂ© dans le dos par des associations de parents, va mĂŞme jusqu’Ă annuler son partenariat marketing avec la Warner pour ce film.
VĂ©ritable explosion visuelle, lectures Ă plusieurs niveaux, c’est une rĂ©ussite totale. Certaines scènes sont tout bonnement Ă©poustouflantes, comme la scène de dĂ©fenestration de Catwoman par Max Shreck, sa transformation, ou encore la scène du bal oĂą Batman et Catwoman, les ennemis masquĂ©s, se rendent compte de leur identitĂ© respective alors qu’ils sont en train de danser.
La partition d’Elfman, elle aussi, est un petit bijou.
Batman Returns fut cependant le film le plus dur à tourner pour lui : 24 semaines éprouvantes que Tim Burton qualifiera plus tard de « cauchemar ».
Période qui plus est assombrie par le suicide de son ami Anton Furst (décorateur sur Batman – le premier opus), dont le magazine people Vanity Fair le rend responsable dans un article outrageux.
Le rĂ©alisateur traverse une phase de dĂ©pression, dans laquelle sa remise en cause est totale puisqu’il songe Ă arrĂŞter la rĂ©alisation pour ne plus se consacrer qu’Ă la peinture.
Le film, plus critiquĂ© que le premier, n’est pas un aussi gros succès au box-office mais s’en sort tout de mĂŞme très bien. Ces deux Ă©lĂ©ments verront la Warner s’interroger sur la suite de l’histoire Ă l’Ă©cran de l’homme chauve-souris.
Ils dĂ©cideront d’engager Joel Schumacher pour deux suites, Batman Forever (1995) puis Batman & Robin (1997).
Tim Burton garde un oeil sur Batman Forever (un titre qu’il qualifie de « tatouage que l’on se serait fait sous l’usage de drogues ») puisqu’il reste au gĂ©nĂ©rique en tant que producteur exĂ©cutif.
Peu après Batman Returns, Lena Gieseke et Tim Burton divorceront.
Ă€ partir de la Saint-Valentin ‘92, Il sort avec Lisa Marie, une ancienne mannequin avec qui il a eu un coup de foudre dans un night-club la nuit de nouvel an 1991.
Elle apporta beaucoup de choses Ă Tim Burton, et Henry Selick aurait mĂŞme dĂ©clarĂ© qu’elle lui sauva en quelque sorte la vie.
En effet, selon Wikipedia (qui cite Selick), Burton s’apprĂŞtait à « suivre Anton Furst » (son ami et dĂ©corateur sur Batman qui s’Ă©tait suicidĂ© en novembre 1991).
Tim Burton restera 9 ans avec sa nouvelle compagne. Elle fut pour lui une source d’inspiration, en particulier pour The Melancholy Death of Oyster Boy and Other Stories, qui lui est dĂ©dicacĂ©.
Il y a beaucoup de Lisa Marie dans ces nouvelles. Elle m’apporte beaucoup.
Lisa Marie eut des secondes rôles dans 4 longs-métrages de Tim Burton. Le plus mémorable reste celui de la femme martienne dans Mars Attacks!.
En 1982, alors qu’il Ă©tait chez Disney, Tim Burton avait Ă©crit un poème narrant les (mĂ©s)aventures de Jack Skellington, roi du pays d’Halloween.
Las de semer la terreur, il dĂ©couvrait au hasard d’une promenade le pays merveilleux de NoĂ«l et tentait par la suite de le fĂŞter Ă sa façon…
Inspiré par le style du Dr. Seuss et en particulier de son How the Grinch stole Christmas; le projet est -à nouveau- jugé trop noir par Disney, et Tim Burton manque de moyens pour le lancer. Il restera donc dans dans les cartons.
1990. Maintenant que la donne a changé pour Tim Burton, il décide de monter le projet.
Bien que les droits appartiennent Ă Disney, il arrive Ă les convaincre de financer son film.
Son film ? Pas entièrement, puisque c’est Henry Selick qui le rĂ©alisera.
Tim Burton est en effet trop occupĂ© Ă s’emmĂŞler les pinceaux sur Batman Returns; mais il n’empĂŞche que c’est son projet, avec son histoire, ses personnages et son univers visuel…
Et puis surtout, il rappelle Ă nouveau Danny Elfman pour s’occuper de la musique, qui a ici une importance toute particulière puisque Nightmare Before Christmas prend la tournure d’un film musical.
L’Ă©laboration du long mĂ©trage se fera donc dès l’Ă©criture en Ă©troite collaboration avec le compositeur.
Viendra d’y greffer par la suite Caroline Thompson (la scĂ©nariste d’Edward Scissorhandset co-scĂ©nariste de Corpse Bride), avec qui il montera Skellington Prod (renommĂ© en Twitching Images dès 1994) pour s’occuper de la production du film.
Véritable défi technique, 14 animateurs y travaillent simultanément 12 heures par jour et 6 jours semaine pendant plus de 2 ans.
Ils ne produisent « que » (dans le domaine de l’animation, c’est relatif) 60 secondes d’animation par semaine, jonglant avec plusieurs dizaines de poupĂ©es ayant chacune de nombreuses tĂŞtes interchangeables (180 pour Jack) Ă animer dans des dĂ©cors somptueux traversĂ©s, qui plus est, par des mouvements de camĂ©ra compliquĂ©s calculĂ©s par ordinateur.
Le film n’aura coĂ»tĂ© que 50 millions de dollars et remporte un grand succès, qui sera plus tardif en Belgique et en France.
Il est encore aujourd’hui objet d’un vĂ©ritable culte, et un tas de produits dĂ©rivĂ©s on fait leur apparition.
En 2006, Disney travaille en collaboration avec ILM pour remasteriser le film en relief Ă travers un procĂ©dĂ© assez compliquĂ©. Pour l’occasion, la bande originale est rééditĂ©e, accompagnĂ©e d’un 2ème CD sur lesquel des artistes connus (dont Marilyn Manson) reprennent certains titres d’Elfman.
Dans la foulĂ©e de L’Étrange NoĂ«l, Tim Burton et Denise Di Novi produisent pour Disney le Cabin Boy de Adam Resnick, un hommage bizarre Ă la sĂ©rie des Simbad.
Le film est un Ă©chec critique et public, bien qu’il retrouva un succès modeste lors de sa sortie en VHS, avec lequel il devint l’objet d’un certain culte.
Il enchaîne sur Mary Reilly, une adaptation de Dr Jekyll et Mr Hyde pour laquelle Winona Ryder est pressentie comme actrice principale.
La Columbia met directement la pression sur Tim Burton en essayant de troquer Winona contre Julia Roberts et en le menaçant de ne pas travailler assez vite : « il y a cinq autres réalisateurs qui veulent faire ce film ».
Tim Burton comprend vite que l’entente sera Ă nouveau difficile entre lui et les studios, et abandonne le projet. Ce dernier sera finalement repris par Stephen Frears, avec… Julia Roberts.
Durablement marquĂ© par les films de son enfance, Tim Burton dĂ©cide, en parallèle avec Mary Reilly, de dĂ©velopper un film moins « lourd » que ce qu’il avait fait pour l’instant Ă Hollywood: Ed Wood.
Le film est une biopic, hommage à Edward Davis Wood Jr., souvent qualifié de « pire réalisateur de tous les temps ».
Burton devait dans un premier temps seulement le produire, mais, sĂ©duit, dĂ©cide rapidement d’en assumer la rĂ©alisation d’après un script de Scott Alexander et Larry Karaszewski.
Il exige un contrôle artistique complet sur le film, et plusieurs studios se succèdent pour produire le projet, avant que Disney lui garantisse cet aspect.
Disney ? Le studio essaie en effet de s’impliquer Ă l’Ă©poque dans des projets qui pourraient aider Ă retrouver sa gloire perdue.
Le budget est peu élevé, les acteurs sont payés très modestement, et Tim Burton décide de le tourner en noir et blanc.
Bien que le film soit d’origine biographique, quelques Ă©lĂ©ments inventĂ©s y sont glissĂ©s, comme par exemple la rencontre de Wood avec Orson Welles (rĂ©alisateur de Citizen Kane), surnommĂ© quant Ă lui « le meilleur rĂ©alisateur de tous les temps ».
Ed Wood sera incarnĂ© par Johnny Depp, et c’est Martin Landau qui se glisse dans la peau de Bela Lugosi, l’acteur fĂ©tiche/hĂ©roĂŻnomane de l’excentrique rĂ©alisateur. Il remportera un Oscar du meilleur second rĂ´le pour cette prestation.
Il est très probable que l’intĂ©rĂŞt de Burton pour ce film et sa mise en avant de la relation Wood/Lugosi ait un rapport avec son histoire personnelle avec Vincent Price, mort peu auparavant.
Une fois n’est pas coutume, c’est non pas Danny Elfman (ils s’Ă©taient querellĂ©s sur l’Étrange NoĂ«l) qui compose la musique mais Howard Shore, Ă©crivant une musique assez proche de ce que le compositeur attitrĂ© de Burton aurait pu faire.
Le film offre un aperçu de la polyvalence de Tim Burton que l’on croit souvent -Ă tort- incapable de faire autre chose que des films « gothiques ».
Ce sera un succès critique mais un Ă©chec commercial, seul film de Tim Burton Ă avoir fait un chiffre d’affaire infĂ©rieur Ă son budget de dĂ©part.
Toujours avec Denise Di Novi, Burton produisent Ă nouveau un film ensemble : James and the Giant Peach, sorti en 1996.
Le film est un mĂ©lange de live et d’animation, rĂ©alisĂ© par Henry Selick (l’Étrange NoĂ«l de Mr Jack).
La production de ce film tĂ©moigne de l’intĂ©rĂŞt qu’a Burton pour Roald Dahl (et son illustrateur fĂ©tiche Quentin Blake), intĂ©rĂŞt qui sera renouvelĂ© plus tard avec la rĂ©alisation de Charlie et la Chocolaterie.
Jonathan Gems, qui est un collaborateur régulier de Burton depuis Batman, tomba un jour sur un jeu de cartes collector Mars Attacks! (série de cartes à collectionner que la société Bubbles Inc. avait lancée en 1962 – vous pouvez les voir dans la section dédiée au film) et les présente à Tim Burton.
SĂ©duit par la trouvaille alors qu’il travaille Ă l’Ă©poque sur un film dĂ©diĂ© Ă Catwoman, il rappelle quelques mois plus tard pour lui demander d’Ă©crire un scĂ©nario basĂ© sur l’univers du jeu de cartes.
Burton se pose Ă l’Ă©poque beaucoup de questions sur l’Ă©volution politique du monde et en particulier de l’AmĂ©rique, et aime la dimension critique que le film peut apporter Ă cet Ă©gard.
Ils dĂ©cident de s’inspirer en grande partie de tous les films d’invasions des annĂ©es 50.
Le budget de Gems doit ĂŞtre revu plusieurs fois Ă la baisse (280 millions de dollars au dĂ©part, rĂ©duits Ă environ 75), et les martiens seront animĂ©s en image de synthèse par ILM alors qu’il avait un temps Ă©tĂ© envisagĂ© d’utiliser le stop-motion, trop long Ă mettre en oeuvre et moins indispensable sur ce film.
Le casting comporte une sĂ©rie impressionnante de stars reconnues dont Jack Nicholson, Glenn Close, Pierce Brosnan, Annette Bening, Danny DeVito, Michael J. Fox, Natalie Portman, Lukas Haas, Sarah Jessica Parker et Tom Jones…).
Le film, qui sort en 1996, est cependant très mal accueilli par une AmĂ©rique souvent trop patriotique et pudique, tandis qu’il connaĂ®tra un assez grand succès international, en particulier en Europe ou la critique dĂ©calĂ©e du rĂ©alisateur Ă l’Ă©gard de son propre pays amuse beaucoup.
Comble du hasard, Independance Day sort quasiment au mĂŞme moment, avec une vision tout Ă fait… diffĂ©rente du problème.
La Warner contacte Burton en 1997 pour rĂ©aliser un cinquième volet de sa sĂ©rie Superman, Superman Lives (Superman est toujours vivant) d’après un scĂ©nario de Kevin Smith et avec Nicolas Cage dans la peau de l’homme au costume moulant.
Burton démarre au quart de tour et la phase de développement du film démarre, avec Elfman pressenti pour la musique.
Sa première dĂ©cision artistique est de se dĂ©barasser du script de Smith, qu’il juge trop complexe, et de le confier Ă Wesley Strick, scĂ©nariste qui avait participĂ© Ă l’Ă©criture de Batman Returns.
En travers de la route de Clark Kent, c’est semble-t-il Jack Nicholson qui aurait Ă©tĂ© pressenti pour le rĂ´le de Lex Luthor.
Après un an de développement (dont les frais sont estimés à 20 millions de dollars), la construction des décors débute en Pennsylvanie, sous la direction artistique de Rick Heinrich.
Il ne faudra pas six semaines à Terry Sernel, président adjoint de la Warner, pour virer le nouveau scénariste et interrompre la pré-production.
Le studio cherche Ă limiter le budget du film et Ă rĂ©-imposer Smith en tant que scĂ©nariste, avant d’en changer une nouvelle fois pour Dan Gilroy.
Entre temps, Danny Elfman quitte le projet et la Warner pousse Nicolas Cage à en faire de même (il aurait reçu 17 millions de dollars pour « claquer » la porte).
Octobre 1998. Les tensions entre la Warner, Jon Peters (le producteur au caractère autocratique avec lequel Burton avait déjà dû composer sur Batman) et Tim Burton sont trop fortes.
Sur Internet, les esprits des fans s’Ă©chauffent. Tim Burton est remerciĂ©, tandis que Nicolas Cage est rappelĂ©.
La Warner continue à faire défiler les candidats aux divers postes du film, avant que le projet soit définitivement abandonné après le départ de Cage en 2000.
16 juil 2008
Compositeurs: Danny Elfman (The Nightmare Before Christmas, Corpse Bride, Sleepy Hollow, Batman, Batman Returns, Edward Scissorhands, Charlie And The Chocolate Factory, Beetlejuice, Pee Wee’s Big Adventure, Mars Attacks!), Howard Shore (Ed Wood), Stephen Sondheim (Sweeney Todd)
Chefs d’orchestre: James Fitzpatrick (Sweeney Todd, The Nightmare Before Christmas, Sleepy Hollow, Batman Returns, Charlie And The Chocolate Factory, Ed Wood), Nic Raine (Batman, Edward Scissorhands, Beetlejuice, Mars Attacks!)
Habituellement je n’aime pas les rĂ©enregistrements parce qu’ils sont souvent moins bons que les versions originales, mais lĂ les morceaux sont plutĂ´t bien interprĂ©tĂ©s, et on a en plus droit aux versions instrumentales inĂ©dites de trois chansons de Sweeney Todd.
Track Listing:
7 nov 2006
En 1799, Ichabod Crane est envoyé à Sleepy Hollow, en Nouvelle Angleterre, pour enquêter sur une série de meurtres. Des corps sont retrouvés décapités, les têtes demeurant introuvables.
(Lire la suite…)
5 jan 2006
Reste Ă savoir ce qui accompagnera le film sur la galette…
source - merci Ă Straticasso pour le tuyau !
1 jan 2005
L’ouverture de Sleepy Hollow semble emblĂ©matique du film Ă bien des Ă©gards. Pouvons-nous identifier et expliquer le rĂ´le des instruments employĂ©s par Danny Elfman dans cette introduction ? Que laisse prĂ©sager cette musique d’ouverture pour la suite narrative, esthĂ©tique et thĂ©matique du film ? Cette musique est-elle une simple traduction de l’action Ă l’Ă©cran ou ne dit-elle pas en rĂ©alitĂ© parfois autre chose que l’image ?
(Lire la suite…)
18 déc 2004
Du 22 décembre 2004,
au cinéma le Quartier Latin
9 bis rue Champollion 75005 Paris
Une sélection de films classés art & essai seront programmés !!
Allez-y nombreux ! C’est une bonne occasion de dĂ©couvrir vos films prĂ©fĂ©rĂ©s sur grand Ă©cran…
1 oct 2004
Le schéma traditionnel du film avec un vaillant héros masculin qui parvient à résoudre les problèmes d’une communauté en détresse semble régir la composition scénaristique de Sleepy Hollow de Tim Burton. En effet, la tradition, d’abord littéraire, du jeune audacieux au service de la société est à la base du roman d’aventures, notamment de chevalerie, tout autant que du western. Ichabod Crane, le personnage principal incarné par Johnny Depp, s’inscrit également dans le glorieux lignage des héros de contes, qui doivent faire leurs preuves avant de devenir des adultes susceptibles de se marier et d’avoir beaucoup d’enfants. Pourtant, la jeune beauté, interprétée par Christina Ricci, ne paraît pas vouloir attendre que la vaillance vienne au jeune premier qui l’a séduite pour devenir son insipide et souriante épouse ; bien au contraire, la jeune Katrina Van Tassel n’obtempère pas quand on lui demande de s’effacer et s’élance avec courage vers une forêt maudite quand son cœur le lui conseille. Par conséquent, les apparences sont trompeuses : le conte gothique que propose Tim Burton ébranle les attentes clichéiques d’un ordre où la figure masculine dominerait sans menace. Les valeurs patriarcales, pourtant si présentes dans le petit village du XVIIIe siècle où se joue l’action, sont mises à mal par l’action de plusieurs figures féminines, qui refusent d’être réduites au rôle figuratif de la bonne hôtesse. S’interroger sur l’originalité des rapports entre hommes et femmes dans Sleepy Hollow conduit à se demander quelle redéfinition des rôles sexuels se met en place dans cette œuvre cinématographique. Ainsi, le constat des failles au sein d’une hiérarchie sociale où les mâles sont en passe de ne plus assurer le rôle protecteur conduit à révéler la revendication féministe sous-jacente. Dès lors, une telle sape des conventions patrilinéaires ne peut mener qu’à un nouvel état des relations entre les sexes, dont l’affrontement n’est pas exclu.
I. UN PATRIARCAT EBRANLE
A. Un machisme en perdition
Dans le village de Sleepy Hollow, la petite société paysanne n’a rien de différent de toutes les sociétés occidentales du XVIIIe siècle : le mari et père y est tout puissant et il est le seul à recevoir une véritable reconnaissance sociale. Il détient toutes les fonctions administratives, civiles et religieuses, du guet au juge, du banquier au notaire, du médecin au révérend en passant par l’inspecteur de police qu’est Ichabod Crane. Lorsqu’il est question de problèmes importants et de la sauvegarde des membres de la communauté, tous ceux-ci se réunissent dans des salons fermés d’où les femmes sont priées de sortir, ou bien se retrouvent auprès du corps d’une victime pour établir quelques infructueuses conclusions.
Aussi jeune et nouveau qu’il paraisse, aussi raisonné et marginal qu’il se revendique, l’envoyé de New York, Crane, au début du film n’est en rien différent du pater familias enperruqué qui commande les instances sociales. Tous pensent détenir la vérité – même si les avis divergent – : le coupable est le cavalier sans tête disent les uns, le coupable est un homme objecte l’autre. Et tous d’être dans l’erreur, puisque le véritable coupable est une femme. Ainsi, chacun d’eux mériterait de s’appeler Crane, puisque chacun croit être la tête pensante, alors que dans cette histoire les hommes ont plutôt tendance à la perdre.
Quant au premier étêté de l’histoire, le cavalier sans tête lui-même, il est l’incarnation de l’homme et du père dans toute son exagération ; d’ailleurs, au cours d’un rêve d’Ichabod, la vision de son père se confond avec celle du cavalier noir. Ce qu’accomplit le tueur sorti des entrailles de la terre est assimilable au meurtre ancien et oublié de la mère : l’un en tuant pères, femmes et enfants exige qu’on lui rende sa tête et donc symboliquement son pouvoir, l’autre détruit sa famille (composée d’un père, d’une mère et d’un enfant) en refusant une quelconque influence sur l’héritier mâle autre que paternelle. Les deux assassins incarnent l’intransigeance du règne patriarcal, celui d’un temps passé – dans les deux cas, une vingtaine d’années plus tôt – et peut-être bien révolu.
B. Les femmes ou la femme ?
Les femmes, quant à elles, sont à Sleepy Hollow les mêmes épouses, mères et en réalité domestiques – au sens propre – que toutes les autres femmes du XVIIIe siècle, qu’elles soient du vieux continent ou colons fondateurs du nouveau. Avant de se révéler dans toute l’horreur de son caractère, lady Van Tassel agit comme une hôtesse cordiale et souriante ; l’épouse du docteur Lancaster est réduite au rang de figurante ; et l’épouse du palefrenier, seule femme à occuper un emploi réel, a la charge de sage-femme, titre accessible par le seul fait que la morale judéo-chrétienne verrait d’un mauvais œil certaine auscultation.
Parce que les femmes sont subordonnées à leur mari, leur reconnaissance sociale est complètement dépendante de la place qu’occupe l’époux. Ainsi, les politesses d’Ichabod à l’égard de son hôtesse ne sont pas dues à la qualité des soins qu’elle lui accorde, notamment lorsqu’il est malade, mais uniquement au fait qu’elle est mariée à l’homme le plus riche du village. L’exemple le plus éloquent est celui de la mère de lady Van Tassel, mise hors de sa maison et rejetée par tous les villageois à la mort de son mari. Sa fille n’a jamais pardonné cet ostracisme ; socialement, sans époux, et donc sans ressources, cette femme était considérée comme inexistante.
D’autres femmes sont encore l’objet des haines masculines : dans Sleepy Hollow, les personnages de sorcières sont plus nombreux que de coutume. Si, dans le temps du récit, on trouve deux cas au village, Katrina et sa belle-mère, l’une s’adonnant à la magie blanche l’autre à la magie noire, il faut aussi compter la sœur cachée au fond des bois, ainsi que les trois mères mortes d’Ichabod, de Katrina et des jumelles. Six sorcières, cela fait beaucoup pour une même histoire, d’autant que quatre d’entre elles occupent les rôles féminins principaux du film. Le possible rapprochement de ces femmes assure une grande cohésion du groupe des femmes, d’autant plus si on y ajoute la sage-femme, qui maîtrise, comme ses consœurs, des savoirs ignorés des hommes. Même la très appréciée Katrina doit se cacher pour lire les livres spécialisés de sa mère. Pour les hommes, toutes leurs connaissances sont insignifiantes ou répréhensibles ; les mâles lectures sont scientifiques ou bibliques ; la femme n’a d’autres lectures que démoniaques.
C. L’espoir des héritiers
S’il y a des pères et des mères, il y a par conséquent des héritiers, et, quoi que fassent les hommes, aussi des héritières. Dans un système patrilinéaire, la progéniture a la responsabilité d’assurer la continuité, comprenons transmettre le nom et le patrimoine, charge que les filles ne peuvent remplir au mieux qu’à moitié. Toute l’intrigue de Sleepy Hollow repose sur un problème de succession et tous les crimes s’organisent afin d’éliminer les héritiers gênants : dès l’ouverture du film, le père et le fils Van Garrett sont éliminés, puis l’épouse secrète et l’enfant qu’elle porte, quant aux Van Tassel, l’épouse a autrefois été éliminée, le mari est assassiné au cours du récit et l’héritière Katrina manque de peu de perdre la tête. À ceux-ci s’ajoutent tous les témoins, jusqu’à l’innocente tête blonde du fils de la sage-femme. Les massacres du cavalier sans tête sont organisés pour rompre la continuité des lignages et ainsi porter atteinte à la suprématie des pères détenteurs de la puissance matérielle.
Pourtant, les héritiers sont les porteurs de l’espoir : ils sont encore détenteurs d’une innocence première que l’âge adulte risque de corroder. Comme cela apparaît dans les rêves d’Ichabod, l’enfance est le lieu où brillent encore les couleurs du paradis terrestre, cocon verdoyant et protecteur où les mères tournent à s’envoler dans des clairières printanières ; le monde des adultes devient par la suite une forêt sinistre et labyrinthique où les mères, toutes décédées, sont remplacées par des arbres aux morts engendrant des cavaliers infernaux. Ainsi, le jeune Masbath, à la mort de son père, risque d’être projeté dans le monde cruel des adultes qui refusent ses services, comme l’avait vécu vingt ans plus tôt, la mère des jumelles. L’inspecteur Crane lui-même est sur le point de prendre le mauvais pli de l’intransigeance bornée de la loi paternelle ; il lui faut retrouver son enfance, par l’illusion onirique, pour échapper à la grisaille ambiante qui semble frapper le monde. Seule Katrina, en s’attachant à ses certitudes de fille – elle entretient le souvenir de sa mère et défend l’innocence de son père –, échappe à l’attraction des préjugés, où la projette pourtant un moment un Ichabod aveuglé par ses déductions logiques.
En effet, malgré ses sentiments, le jeune inspecteur croit celle qu’il aime responsable des meurtres. Pourtant, la vérité lui a été révélée par la bouche d’un enfant : le jeune Masbath, sans preuve aucune, sait Katrina innocente et le dit. Mais qui écoute un enfant ? Certainement pas un homme, puisque les hommes savent. C’est en acceptant de remettre en cause ses certitudes qu’Ichabod comprend ses erreurs de déductions. Il lui faut redevenir aussi sincère qu’un enfant pour accéder à la vérité : il y est aidé par un objet de sa propre enfance, le jeu optique qu’il tient de sa mère. Alors seulement, Masbath, Katrina et Ichabod, confirmés dans leur statut d’enfants, sont prêts à affronter le cavalier sans tête, champion de la loi des pères et de la funeste belle-mère.
II. LA REVENDICATION DES FEMMES
A. Un combat pour la succession
Si Sleepy Hollow peut être considéré comme l’histoire d’une femme horrible qui cherche à s’accaparer la fortune d’un homme qu’elle a épousé sans l’aimer, il serait naïf d’en rester là . Une autre lecture du scénario est possible : le comportement de lady Van Tassel, aussi violent soit-il, peut également être interprété comme le combat d’une femme qui veut voir reconnue son existence indépendamment de son mariage. Au nom des autres femmes, elle oblige la communauté des hommes à prendre conscience d’un pouvoir d’opposition à celui des pères. Maîtriser le cavalier sans tête révèle la capacité féminine à inverser la tendance ancestrale et à retourner la force contre ceux qui se considèrent comme les détenteurs naturels de cette force. De plus, l’occasion est bonne pour montrer comment les femmes se représentent la domination masculine : si le cavalier noir est destructeur, il n’est que le reflet de l’énergie dévastatrice des hommes. En détruisant la société des mâles, lady Van Tassel manifeste sa volonté de femme d’être estimée au même titre qu’un homme, ou plutôt comme une alternative, un contrepoids à leur suprématie.
Pour porter à son terme un tel projet tous les procédés sont bons. L’affrontement ne pouvant être frontal, il faut user d’autres moyens : puisque les femmes ont toujours été regardées comme des objets désirables, il est clair que la séduction est une arme profitable. Ainsi, les femmes, si facilement assimilables à des sorcières ou des envoûteuses, n’ont pas d’autre champ de bataille que celui de la fascination érotique. N’est-ce pas le seul moyen pour la bonne Sarah d’échapper à son statut de domestique que d’être la maîtresse du médecin, l’un des notables ? Quant à la veuve Winship, son mariage avec le père Van Garrett est le moyen d’échapper au sort de la mère bannie des jumelles. Lady Van Tassel a bien compris quel était son seul atout pour prendre la place de la mère de Katrina. Parce que la communauté des hommes a cantonné le pouvoir de la féminité à la seule puissance de séduction, la révolte des femmes se fait par cette voie. Ainsi, la guerre de succession qui anime tout le film est moins une histoire d’argent qu’un combat pour la reconnaissance des femmes et de leur autorité.
B. Deux conceptions de l’ordre
Les forces en présence sont donc celles de deux ordres différents. Les hommes revendiquent leur appartenance à l’ordre de la raison, comme cela a déjà été montré, lequel est assuré par la réflexion et mis en place à l’aide d’une solide hiérarchie sociale où chacun trouve une place indéfectible, du moins en apparence. En effet, les exemples montrent le contraire, mais personne ne semble le voir : Baltus Van Tassel est un ancien paysan qui a su s’enrichir et sa si élégante épouse, fille d’une paria, s’est élevée elle-même dans la forêt ; tous deux n’en sont pas moins les plus respectés du village, car les plus riches. L’ordre des mâles aux allures si stables est donc susceptible d’être remis en cause et modifié. La maîtrise absolue n’est qu’un rêve assujetti au principe de réalité.
Pour leur part, les femmes ne sont pas définies par leur désir de dominer et se présentent donc comme aptes à concevoir l’immaîtrisable et l’irrationnel : Katrina rappelle à Ichabod que le premier baiser qu’elle lui a accordé les yeux bandés n’avait pas de raison, mais qu’il n’en était pas moins sincère. Il est dès lors clair que la proximité des femmes et de la sorcellerie n’a rien d’une diabolisation, mais est un moyen, au sein du conte gothique, d’établir le clan féminin du côté de la nature et de ses vertus. La mère d’Ichabod est proche des oiseaux au point de voler dans les rêves de son fils ; comme Katrina, elle sait dessiner des motifs magiques ; comme lady Van Tassel, les simples n’ont pas de secret pour elles ; comme la sorcière de la forêt, leur savoir les conduit à une mort violente. Toutes, à l’inverse des hommes, vivent leur rapport à la nature de manière plus directe et leur savoir paraît être le souvenir d’un passé harmonieux et fusionnel avec le monde.
En outre, la proximité avec la nature peut se comprendre comme celle plus ontologique de la condition incarnée de l’humain. Si les hommes clament leur attachement à l’intellectualité et la spiritualité – la Bible est leur seule lecture –, les femmes n’en sont pas à refuser leur corporéité, d’autant plus que l’on exige d’elles d’être des corps séduisants : comme avec la nature, leur corps et notamment leur désir n’est pas refoulé et nié au profit d’une morale religieuse. Dans les rêves d’Ichabod, sa mère est parée d’une grâce qui ne se défait pas d’un érotisme certain et l’envol au milieu d’une clairière luxuriante sublime le désir du fils, sans le nier. Elle paie de sa vie le refus d’occulter une part de ce qui la définit. L’objet de son supplice explicite l’accusation de sorcellerie, il dénonce l’orgueil masculin qui refuse le désir aux femmes, lesquelles doivent paradoxalement être désirables en même temps que pures et froides : la mère d’Ichabod entre dans l’infini de la mort rhabillée d’une vierge de fer, manifestation significative de la place assignée aux femmes, éternelles mineures, éternelles vierges. La conscience du corps et du désir peut, par conséquent, mener certaines femmes à vouloir s’armer contre les hommes et d’autres à repenser leur relation de manière plus équitable : ainsi se distinguent Katrina et sa belle-mère.
C. Katrina, une héroïne ?
Il est courant que les titres des contes révèlent le nom du héros, afin que, dès le début du récit, la donne soit établie et que les péripéties offrent tout l’attrait de la découverte. Dans Sleepy Hollow, le sous-titre désigne le cavalier sans tête et non Ichabod Crane, comme on pourrait s’y attendre. Cette absence oblige à s’intéresser au statut héroïque du jeune inspecteur. Mérite-t-il le titre de héros ? La fin de l’histoire semble prouver qu’il en est digne, mais faire de lui le personnage éponyme serait galvauder les actes du jeune Masbath et de la vaillante Katrina, qui ont une part active dans la révélation de l’énigme. Ajoutons que Katrina ne se réduit pas à une rencontre heureuse d’adjuvant, elle aide véritablement Ichabod à dépasser les préjugés qui obscurcissent son jugement ; d’ailleurs, sa part active à la progression intellectuelle de l’intrigue ne devrait-elle pas lui accorder la reconnaissance qu’offre un titre d’œuvre ?
De plus, son courage ne se démentit jamais et, parce qu’elle est femme, il lui faut agir seule sans demander d’aide aux hommes ; lady Van Tassel n’agit pas autrement que de son propre chef. Ainsi, lorsqu’Ichabod s’élance vers le mystère de la forêt du Ponant, il quémande de l’aide aux notables, mais seul le jeune Masbath se propose de l’accompagner. De son côté, Katrina n’a d’aide à attendre de personne, elle s’aventure donc seule dans les bois, où un autre exemple, la sorcière, montre qu’une femme peut se assumer seule sa survie. Pour une même quantité de courage, il faut soit les deux hommes les plus courageux du village, soit une femme : le cliché traditionnel de la puissance virile est ici bien malmené.
Enfin, le jeune héros qu’est Ichabod ne peut guère se passer de l’aide de son alliée s’il veut parvenir à la fin de l’histoire, ne serait-ce que vivant. S’il peut se battre au corps à corps avec l’invincible cavalier, il ne peut rien contre un tir de pistolet en plein cœur : pour échapper à une telle attaque, il lui faut porter dans son gilet le livre offert par sa bien-aimée, tendre mais solide cuirasse. Ajoutons que l’humour de Tim Burton malmène le topos du jeune chevalier courageux : le jeune Crane est un arachnophobe craintif, il s’évanouit trois fois au cours du film et reçoit, à la fin, le baiser qui traditionnellement sert à éveiller la princesse des contes, mais qui cette fois-ci est donné par Katrina dans la chaise de poste qui arrive à New York. Autant d’indices amènent à repenser le statut du héros et de l’héroïne. Dans Sleepy Hollow, il semblerait naïf de laisser la première place au seul personnage masculin, tout comme il serait contradictoire de faire de Katrina la grande victorieuse d’un combat contre la masculinité : en éliminant l’opposition de lady Van Tassel, le jeune couple fait disparaître la figure féminité agressive au profit d’une nouvelle égalité où la virilité n’est plus une force monolithique et cérébrale et la féminité une servitude domestique ou une pugnacité vengeresse.
III. UN NOUVEL EQUILIBRE
A. Le risque ultime : le complexe d’Œdipe
Néanmoins, pour que le nouveau modèle de couple fonctionne, il est nécessaire que chacun des membres ait rompu les liens avec les parents pour devenir un adulte autonome et capable de s’engager dans une relation nouvelle. Si pour Katrina la relation à ses parents n’a rien d’envahissant, il n’en est pas de même pour Ichabod, dont les rêves sont le lieu où se manifestent les traumatismes anciens réactivés par des événements analogues et présents. Le conflit archaïque qui réapparaît est celui que Freud, le père de la psychanalyse, a nommé le complexe d’Œdipe et que le petit garçon, entre trois et cinq ans, doit résoudre inconsciemment en refusant à la fois le désir qu’il éprouve pour sa mère et celui de détruire son père. Malheureusement pour Ichabod, l’affaire qui l’amène à Sleepy Hollow l’oppose à une belle-mère sanguinaire, qui est le portrait inversé de la mère idéalisée par le rêve, et un cavalier aussi destructeur que le père assassin.
La belle-mère de Katrina est d’abord un modèle de politesse, mais au cours du film elle se dévoile et montre son vrai visage, celui de toutes les belles-mères de contes : elle accapare le père au détriment de la fille et à son seul profit. Sa disparition finale n’engage aucun regret. Ce n’est finalement pas elle qui risquait de réactiver le complexe œdipien d’Ichabod, mais bien plutôt Katrina elle-même, à cause du fait qu’elle accumule les ressemblances avec la mère défunte. Il n’est guère besoin de revenir sur leurs talents similaires en magie blanche ou de s’attarder sur leurs décolletés avantageux, mais on ne peut nier l’émotion du jeune homme en voyant l’attirante fille Van Tassel tracer dans le sable le même motif spiralé que lui dessinait autrefois sa mère ; de plus, le cardinal, présent sur le jeu d’optique de la mère, est l’oiseau préféré de Katrina. Ce sont les couleurs de vêtements et la teinte des cheveux qui permettent de les distinguer : une certaine obscurité définit la mère, brune habillée de robes bleu marine, tandis que la blonde Katrina se pare toujours de blanc. Symboliquement, la mère doit rester dans l’ombre du passé pour que le fils se dirige vers la clarté d’un jour nouveau, où l’amour sera transféré sur une personne extérieure au cercle familial. Au cours du film, la translation s’accomplit, malgré l’erreur faite par Ichabod sur les motivations de celle qu’il aime : il la croit un moment coupable, confondant pour la dernière fois une figure maternelle (la belle-mère) et celle dont le cœur est à gagner.
Quant au conflit avec la figure paternelle, c’est grâce au cavalier sans tête qu’Ichabod va parvenir à dépasser son complexe d’Œdipe inachevé. Grâce aux rêves, on comprend que le jeune adulte n’a pas encore fait le deuil de sa mère ni réussi à pardonner au père. L’enfant a grandi en s’opposant à la figure paternelle et à toute forme de pouvoir contraignant, d’où ses affrontements avec les représentants de la police et de la justice à New York. Affronter le cavalier noir qui terrorise tout le village offre l’occasion de prendre sa revanche contre le père, dont on ne sait s’il est encore en vie ; qu’importe, puisqu’il ne s’agit pas de se réconcilier avec lui, mais de vivre avec le souvenir de son crime. Alors, puisque les fantômes du passé se relèvent et qu’on ne peut tuer des fantômes, il faut trouver le moyen de s’en défaire. En acceptant de reconnaître le pouvoir des pères et donc de ne pas bouleverser l’ordre générationnel, on calme l’esprit des revenants et on s’assure une place dans la continuité de la généalogie. Ainsi, en rendant sa tête au cavalier, symbole phallique de la puissance, Ichabod reconnaît à ce père symbolique sa place de détenteur de la loi et de la force, afin qu’il retourne reposer en paix et que s’élabore une génération nouvelle, où les rapports seront égaux entre les futurs époux et parents.
B. (Ir)rationalité
Pour que naissent des rapports nouveaux entre homme et femme, il faut également que les membres du couple fassent l’expérience de l’altérité : construire une relation équilibrée avec une autre personne induit la conscience de la différence absolue de l’autre, au-delà de toutes les convergences. Ichabod et Katrina sont tous deux orientés vers le même objectif, qui est de mettre à jour la vérité sur le cavalier sans tête ; cependant, les voies empruntées sont différentes, puisqu’il préfère se fier à des procédés scientifiques et elle à un savoir ancestral et à son intuition. On appréciera l’humour de Tim Burton à l’égard des objets composites et compliqués utilisés par le jeune inspecteur, ce qui est un moyen de ne pas reconnaître la suprématie de la science dans une société occidentale où progrès est synonyme de technicité. Magie blanche et technique scientifique sont ici sur un pied d’égalité, et le mystère ne sera pas résolu sans l’intervention de chacune.
Cette première opposition en cache une autre plus profonde, celle de la masculinité imbue de sa rationalité et de ses certitudes, qui fait front à la féminité porteuse d’irrationalité – et non d’incohérence comme le discours des hommes au fil des siècles l’a tant répété. Sleepy Hollow est aussi l’histoire d’un homme qui prend conscience de son incapacité à saisir l’essence de la féminité : Ichabod ne comprend pas comment Katrina peut être si sûre de l’innocence de son père, alors que l’ensemble des preuves rationnelles l’accusent. Pour sa part, la fille Van Tassel ne peut expliquer avec rigueur d’où lui vient cette certitude, cette vérité. Il faudra que chacun d’eux accepte l’autre point de vue pour que l’énigme soit résolue. La science est rattrapée par l’intuition : Ichabod est sauvé de la mort par le livre de magie qu’il avait hésité à brûler.
En outre, il est également nécessaire à Ichabod de dépasser sa peur primordiale de la femme et d’accepter son désir pour elle, que son état psychologique d’enfant ne peut pas encore satisfaire. Face aux femmes, il demeure impuissant et stupéfait de les découvrir désirantes : n’est-il pas craintif et même retranché derrière le corps d’un enfant lorsqu’il pénètre dans l’antre de la sorcière des bois ? n’oblige-t-il pas le jeune Masbath à demeurer au-dehors et à ne rien faire quoi que soient les bruits qu’il entende ? n’est-il pas encore effrayé au moment où, emportée par la possession, elle se jette sur lui et le couvre de son corps ? Possédée, est-elle vraiment horrible ou seulement épouvantable aux yeux du jeune homme ? Autant de questions qui trouvent de possibles réponses sur la voie de l’érotisme : la dimension désirante de la féminité est inaccessible au jeune homme, elle le dépasse et l’effraie. Ce n’est qu’en acceptant de reconnaître à la femme son désir que l’homme atteint l’au-delà de l’impuissance : Ichabod doit d’abord voir l’adultère de lady Van Tassel, puis la main blessée de Sarah décapitée, pour comprendre le sens des énigmes qui l’aveuglent. Pendant la scène d’amour, lady Van Tassel se tranche la main, obligeant Ichabod à regarder un geste symbolisant la défloration, c’est-à -dire à voir la sexualité entre un homme et une femme comme un viol sanglant. On comprend d’autant mieux sa fuite : il refuse d’être l’agresseur de celle qu’il aime. Néanmoins, la vue de la plaie sur la main de Sarah l’oblige à faire demi-tour. En effet, le transfert d’une main entaillée à l’autre permet de comprendre le parcours inconscient du jeune homme : la plaie, qui symbolise avec décence l’intimité féminine, est vierge de toute hémorragie, ce qui signifie que la scène vue précédemment ne correspond pas à l’objet de ses craintes et que l’érotisme n’est pas lié à la destruction ou la mort. Le renversement de situation rend alors possible l’accomplissement de l’amour pour Katrina. La fin du film donne à voir le nouveau couple à New York et marchant vers leur lieu commun d’habitation, accompagné du jeune Masbath, qui devient dès lors symboliquement leur fils. La scène laisse comprendre qu’“ ils se marièrent et eurent ” … un enfant !
C. “ Sleepy Hollow ” ou le regressus ad uterum
L’étude du titre, outre qu’il est la reprise du nom du village, peut désormais aider à conclure l’analyse du film. En français, l’expression signifie “ creux endormi ” et ne crée guère d’écho, à l’inverse du titre anglais qui peut rappeler Sleeping Beauty, “ la belle endormie ”, plus connue sous le nom de “ la belle au bois dormant ”. La structure narrative de conte permet un tel rapprochement, d’autant plus que nous avons déjà repéré que la fin du film reprenait le schéma inversé de la princesse réveillée d’un baiser. Quant à Hollow, il peut être désormais compris comme une métaphore de la figure féminine et maternelle par allusion au lieu initial qu’est l’utérus pour tout être humain. Le parcours d’Ichabod Crane au cours du récit est de se rendre à Sleepy Hollow et d’en sortir vivant et conscient. L’aventure se comprend comme une descente dans les profondeurs énigmatiques de l’être afin d’y trouver ce qui ouvrira les portes de la conscience adulte.
Les rêves présents au cours du film sont cruciaux, puisqu’ils proposent une voie vers l’abîme qu’est l’enfance oubliée. Suivant le principe psychanalytique, Ichabod utilise ses rêves pour prendre conscience du traumatisme refoulé qui l’empêche de vivre agréablement son passage à l’âge adulte. De rêve en rêve, il passe de l’extérieur à l’intérieur d’une bâtisse, puis progressivement il traverse l’église – dont le tapis rouge garantit la symbolique vaginale – pour accéder à la salle de torture, où le meurtre paternel a été accompli et, enfin, parvenir à la vierge de fer, ultime lieu à reconnaître comme trop étroit pour y survivre. Le regressus ad uterum a touché son but, il faut donc quitter la place, c’est-à -dire accepter de rompre avec la mère retrouvée, et éviter la torture de l’enfermement à laquelle elle est désormais liée. Après le rêve sanglant qui révèle le secret oublié, il n’y aura plus de rêve ; seul reste à transposer dans la réalité le dénouement onirique. Ichabod a donc accepté, par le biais du rêve, le retour à l’origine du mal – et du mâle – et sa réconciliation avec la femme : grâce au souvenir de sa mère, il se défait de toute culpabilité masculine en découvrant qu’il n’est pas l’arme phallique (comme les pointes intérieures de la vierge de fer ou le poignard brandi par lady Van Tassel) qui détruit – et viole – la femme.
Il reste au jeune héros à accomplir correctement son réveil et sa sortie du gouffre, du “ sleepy hollow ”, pour pouvoir envisager sa relation amoureuse de manière équilibrée et heureuse. Plusieurs images rappellent dans le film l’importance de l’extraction hors de la cavité : le cavalier noir semble sorti de sa tombe, les morts sont exhumés pour être autopsiés, les crânes sont dégagés de l’arbre maudit. Pour réussir sa sortie, cependant, il convient d’avoir passé l’épreuve de la conscience : le magistrat Philipse qui tente de fuir le village en est empêché. On ne quitte pas Sleepy Hollow impunément. La fuite de l’utérus est impossible tant que le conflit n’est pas résolu, d’où l’image de l’arbre des morts, obscur vagin tentaculaire qui relie le monde à l’Enfer et ne recrache que des êtres mutilés où assoiffés de sang. Ichabod réconcilie finalement les deux sexes en rompant ses liens – son cordon ombilical – avec sa mère retrouvée d’abord et quittée ensuite pour une autre femme : sans la seconde étape, l’enfant ne devient qu’un adulte amputé qui refuse d’affronter la vie réelle et se réfugie dans le giron mortifère de sa dévorante génitrice.
CONCLUSION
On ne peut refuser au film de Tim Burton une certaine modernité idéologique. S’il assume une culture patriarcale ancestrale, reprise dans le contexte historique et géographique, il fait éclater les schémas traditionnels en repensant les figures du héros et de l’héroïne. Tous deux sont désormais alliés, malgré leurs différences fondamentales qui ne sont pas niées. Le jeune couple ne se constitue cependant pas de manière simple, il leur faut réconcilier leurs deux sexes, ennemis immémoriaux : leur aventure est donc tout autant celle des hommes et des femmes modernes sur le point de se défaire de la tare ancienne des préjugés sexistes. Sleepy Hollow permet également de comprendre que celui des deux actants qui a le plus de chemin à parcourir reste le garçon, qui est enfermé dans le carcan culturel de son illusoire puissance d’homme. La figure féminine l’aide à surpasser les épreuves qu’il ne peut assumer seul. Ainsi, tout en reconnaissant au père son pouvoir et à la mère son affection, le jeune couple rompt avec les préjugés ancestraux pour envisager une relation où chacun d’eux assume à la fois la spécificité de son sexe et la perméabilité des rôles sociaux.
1 oct 2002
Un dossier de 24 pages traitant du film. Personnages & acteurs principaux, découpage et analyse du récit, questions de méthodes, mise en scène, langage du film, etc etc.
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